L'épisode en détail
Femmes en Mouvement : la mobilité pensée pour les femmes
En 2015, Marie-Xavière Wauquiez, ingénieure de formation devenue experte en mobilité, constate que les conférences du secteur ne donnent la parole qu'à des hommes. Elle décide d'organiser une journée entière avec 26 intervenantes. En préparant le programme, l'équipe réalise que les femmes ne se déplacent pas comme les hommes et que les systèmes de transport sont conçus sans prendre en compte cette réalité. C'est la naissance de Femmes en Mouvement, association qui porte un double objectif : rendre visible la mobilité spécifique des femmes et augmenter la présence des femmes dans les métiers de la mobilité.
« Quand vous êtes un homme et que vous ne réfléchissez pas au vécu des femmes, vous concevez des systèmes qui marchent bien pour les hommes. Les femmes, elles, doivent s'adapter. »
Du vélo hollandais ramené dans le Thalys au Véligo
Marie-Xavière pratique le vélotaf depuis ses années d'étudiante à Compiègne. En 2002, elle ramène un vélo hollandais dans le Thalys (en payant trois billets supplémentaires pour le vélo). Ce vélo, baptisé Maxima du nom de la princesse des Pays-Bas, l'accompagne partout dans Paris pendant des années. Puis elle découvre le Véligo de la région Île-de-France. L'assistance électrique change la donne : le vent de face sur les bords de Seine et les distances longues deviennent gérables. Elle pratique aussi l'intermodalité sans dogme : vélo jusqu'au RER, voiture électrique quand c'est plus pertinent.
« Le Véligo de la région Île-de-France, quel bonheur, quel plaisir. Il marche trop bien, ce vélo. »
Infrastructure cyclable : ce qui manque au-delà des pistes
Marie-Xavière identifie des carences que les décideurs ignorent. La signalisation verticale est quasi absente sur les itinéraires cyclables : entre Saint-Maur et Paris, aucun panneau n'indique dans quelle commune on se trouve. En cas d'accident, il est impossible de communiquer une localisation précise aux secours. Elle plaide pour la peinture luminochrome sur les voies peu éclairées : des pigments qui se rechargent le jour et restituent la lumière la nuit, pour un coût minime. L'éclairage et le balisage conditionnnent directement l'usage féminin des pistes cyclables nocturnes.
« On était plusieurs cyclistes arrêtés pour appeler les secours. On était tous comme des imbéciles à ne pas savoir dire où on était. »
Le Covid et les coronapistes : un tournant pour le vélo
Marie-Xavière était déléguée générale de la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette) au moment du premier confinement. Elle rappelle un facteur souvent oublié : le printemps 2020 a été exceptionnellement beau. Sans cela, les coronapistes n'auraient pas connu le même succès. La conjonction de la météo, de la peur des transports en commun et du lobbying associatif a créé un basculement rapide. Pendant longtemps, Marie-Xavière rangeait elle-même son vélo de l'automne au printemps par peur des conditions hivernales. Les infrastructures post-Covid ont rendu le vélotaf annuel possible.
« S'il avait plu averses tous les jours, tout le monde se serait fait envoyer bouler. Le ciel nous a aidés. »
Les indispensables du vélotaf au féminin
Marie-Xavière recommande trois équipements. Le pantalon de pluie (ceux de Decathlon à 20 euros avec surchaussures remplissent parfaitement leur fonction et servent aussi de couche isolante en hiver). Le gilet jaune pour être visible, surtout sur les chemins de halage non éclairés. Et un sifflet autour du cou : il ne se décharge jamais, permet de se signaler en cas de chute, et dissuade un agresseur potentiel. Sa philosophie de conduite : rouler au milieu de la voie, occuper l'espace, ne pas se serrer contre le trottoir.
« Vous roulez au milieu. Eux, ils ont un moteur, ils ont des freins. Ils peuvent bien supporter que vous preniez un peu de place. »
Femmes en Mouvement : comment l'association fonctionne
L'association vit de ses adhésions (50 euros par an, 25 euros pour les moins de 25 ans, 250 euros pour les entreprises) et de la vente du jeu des 7 familles de la mobilité au féminin (2 200 exemplaires vendus sur 2 500 imprimés). Le jeu présente 42 femmes du secteur, de la ministre aux mécaniciennes vélo en passant par la seule astronaute française. Il est personnalisable pour les entreprises adhérentes. L'association compte 100 adhérentes individuelles et 20 entreprises membres. Marie-Xavière cite Christine Lagarde : quand on n'a pas de quotas, on trouve des excuses ; quand on a des quotas, on trouve des femmes.





