Saison 2

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Mobilité douce, financement et pouvoirs publics : Le défi des ASBL avec Mathieu de Remorquable

16.6.2024

Mathieu de Remorquable expose les défis financiers et administratifs des associations de mobilité douce. Remorquable dépend largement de subventions publiques dont le financement reste aléatoire. Les pouvoirs publics hésitent à reconnaître ces organisations comme partenaires structurels de la transition. Mathieu plaide pour un modèle de financement pérenne qui traite les ASBL vélo comme des infrastructures essentielles, au même titre que les routes ou les transports collectifs.

L'épisode en détail

Remorquable : un système de prêt de remorques à vélo à Bruxelles

Remorquable est une ASBL bruxelloise créée en 2018 qui met en place un système de prêt de remorques à vélo. Le principe est direct : des remorques sont installées dans différents points de Bruxelles, les membres paient une cotisation annuelle de 40 euros (25 euros en tarif réduit pour étudiants ou demandeurs d'emploi), réservent en ligne, empruntent la remorque pour transporter leurs affaires et la ramènent au même endroit. Mathieu François, responsable administratif et financier, présente le fonctionnement et les défis de cette association.

« Tout ce qu'on perd en confort, on le gagne en autonomie. Avec le vélo, ça s'applique tout particulièrement. »

Plus de 90 % du financement vient des subventions publiques

Avec une cotisation à 40 euros par an, Remorquable ne peut pas financer ses trois postes salariés à temps partiel. Il faudrait des milliers de membres pour couvrir ne serait-ce que la masse salariale. La réalité : plus de 90 % du financement provient du ministère de la mobilité de Bruxelles, complété récemment par une contribution de la ville de Bruxelles.

L'association cherche à diversifier ses sources de revenus sans augmenter les prix. Elle propose des prestations facturées à d'autres ASBL, communes et écoles : animations de sécurité routière à vélo, ateliers participatifs de mécanique, ludothèque et animations photo. L'excédent généré par ces prestations finance la remorquothèque, le service principal qui n'est pas rentable en soi.

« C'est une sorte de financement croisé : une partie de subventions, et une partie qu'on va chercher nous-mêmes. »

Le vélo cargo soutenu par l'Europe

Remorquable a bénéficié de la subvention européenne Cargobike, financée à 80 % par l'Europe via l'organisme UIA (Urban Innovative Action) et à 20 % par Bruxelles Mobilité. Ce programme soutient les initiatives de transport de marchandises à vélo dans les villes européennes. Urbike, autre acteur bruxellois des remorques, en a également bénéficié.

Ce type de financement s'inscrit dans le cadre plus large du Green Deal européen, qui fixe des objectifs de mobilité douce dans les grandes villes et de réduction de l'usage des véhicules thermiques. Pour les ASBL comme Remorquable, ces fonds européens ont permis un véritable changement d'échelle.

« L'Europe, via son organisme UIA, a mis en place cet appel à projet pour soutenir les initiatives visant à développer l'usage du vélo cargo à Bruxelles. »

Le défi du bénévolat et de la communauté

Le modèle idéal pour Remorquable serait de fonctionner sur le bénévolat, comme le font certains ateliers participatifs de mécanique vélo. Mais le prêt de remorque n'est pas un besoin quotidien. Contrairement à un supermarché coopératif où les membres viennent chaque semaine et trouvent un bénéfice direct, l'usage ponctuel de la remorque rend la fidélisation plus compliquée.

Mathieu est lucide : personne ne va faire de la comptabilité et de la gestion administrative bénévolement. Les trois postes structurels identifiés, administration, coordination et maintenance des remorques, sont indispensables pour inscrire l'activité dans la durée. La recherche de fondations privées et de nouveaux partenaires fait partie de la stratégie de diversification.

« Il faudrait qu'on ait une communauté beaucoup plus grande et des personnes vraiment impliquées. C'est pas évident. »

Mobilité douce : les arguments face aux pouvoirs publics

Pour convaincre les pouvoirs publics de subventionner le prêt de remorques, Remorquable met en avant plusieurs objectifs que la région bruxelloise partage : amélioration de la sécurité routière, réduction des émissions de CO2 et des particules fines, impact positif sur la santé physique et mentale des usagers.

Mathieu pointe aussi la complexité sociale du débat sur la mobilité. Le plan Goodmove bruxellois, avec ses limitations à 30 km/h et ses sens uniques, rend la circulation en voiture plus difficile. C'est voulu. Mais des populations moins favorisées, en périphérie, mal desservies par les transports en commun, avec des horaires décalés, se retrouvent pénalisées. Réduire le débat à un simple choix entre vélo et voiture serait simpliste.

L'avenir de Remorquable dépend en partie des élections et des choix politiques qui suivront. En attendant, l'association continue d'installer des remorques, d'améliorer son expérience utilisateur et de participer à l'effet boule de neige qui met de plus en plus de cyclistes sur les routes de Bruxelles.

« Nous, on essaie un peu de faire une sorte d'extension du service public. »

Questions fréquentes

Remorquable installe des remorques à vélo dans différents points de Bruxelles. Les membres paient une cotisation annuelle de 40 euros (25 euros en tarif réduit), réservent en ligne, empruntent la remorque pour transporter leurs affaires et la ramènent au même endroit. L'association propose aussi des animations de sécurité routière et de mécanique vélo.

Remorquable tire plus de 90 % de son financement des subventions publiques, principalement du ministère de la mobilité de Bruxelles. L'association complète avec des prestations facturées (animations, ateliers) et cherche à diversifier via des fondations privées et des partenariats. Les cotisations des membres ne couvrent qu'une fraction des coûts.

Cargobike est un programme de l'organisme européen UIA (Urban Innovative Action) qui soutient les initiatives de transport de marchandises à vélo en ville. Financé à 80 % par l'Europe et 20 % par Bruxelles Mobilité, il a permis à des associations comme Remorquable et Urbike de développer leurs services de remorques à vélo.

Les arguments incluent l'amélioration de la sécurité routière, la réduction des émissions de CO2 et de particules fines, et l'impact positif sur la santé physique et mentale des usagers. Le vélo réduit aussi la congestion urbaine et s'inscrit dans les objectifs du Green Deal européen de limitation des véhicules thermiques.

Non, mais le débat est plus complexe qu'il n'y paraît. Les populations en périphérie, moins bien desservies par les transports en commun et souvent à horaires décalés, peuvent se sentir pénalisées par les restrictions de circulation automobile. Des initiatives comme Remorquable ou Ride Your Future travaillent à rendre le vélo accessible à tous les publics.

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