L'épisode en détail
Créer une communauté cycliste authentique sur Instagram
Marie Ravey, connue sous le pseudo Une Particule, a rassemblé plus de 10 000 abonnés sur Instagram autour du vélo urbain et du voyage à vélo en France. Sa recette : la transparence. Partager les galères autant que les réussites, montrer ses failles plutôt que lisser une image parfaite. À 26 ans, elle revendique un contenu travaillé qui apporte une valeur concrète à sa communauté.
« Ma plus belle récompense, c'est des meufs qui m'écrivent et qui me disent : grâce à toi, aujourd'hui, j'ai fait ma première sortie de 100 km. »
Chaque publication suit une intention précise. Quand Marie documente un parcours à vélo dans le Vercors, elle ne se contente pas de belles images : elle partage la trace GPS, la gare la plus proche, les conseils logistiques. Le genre d'information qui transforme un spectateur en cycliste.
La culture du vide : pourquoi le contenu vélo doit apporter de la valeur
Marie oppose sa démarche à ce qu'elle appelle la « culture du vide », ces contenus sur TikTok et Instagram qui ne laissent rien à leur audience. Des créateurs qui se montrent sans rien transmettre, des partenariats douteux avec des produits de dropshipping, un flux permanent de bruit sans substance.
« Je ne veux pas contribuer à cette charge inutilement. Je veux qu'il y ait une vraie utilité à chaque contenu. »
Cette exigence a un coût : Marie publie moins souvent que d'autres créateurs. Mais chaque publication porte un message réfléchi, qu'il s'agisse de promouvoir le voyage local en train et vélo, de montrer le quotidien d'une coursière ou de donner confiance à d'autres femmes pour se lancer.
Collectif vélo Lyon : la naissance du Mâchon Cycling Club
Le Mâchon Cycling Club est né d'une envie simple : rouler en groupe à Lyon, chaque jeudi soir. En quelques mois, le rendez-vous hebdomadaire a pris une ampleur que Marie ne pouvait plus gérer seule. Elle a alors structuré le projet en association, avec un bureau de six personnes et un fonctionnement rodé : deux ouvreurs et deux fermeurs de parcours à chaque sortie pour ne perdre personne.
Les chiffres parlent : une vingtaine de participants en plein hiver sous la neige, entre 40 et 50 par beau temps, et un pic à 80 cyclistes lors de la sortie de rentrée. L'association se réunit une fois par mois pour faire le bilan et planifier les prochains événements.
Vélo et terroir : l'identité du collectif lyonnais
Le Mâchon Cycling Club ne se résume pas au sport. Le groupe cultive un lien fort avec le terroir lyonnais. Une sortie au moment du Beaujolais Nouveau inclut un arrêt chez un vigneron pour une dégustation. L'association prépare aussi son premier vrai mâchon, ce repas matinal typiquement lyonnais. Des ateliers mécaniques sont en préparation pour former les adhérents à l'entretien de base de leur vélo.
« On est potes et on a envie de faire des choses cool ensemble. Vélo et terroir, c'est chouette. »
L'enjeu pour 2024 : que les adhérents retirent un vrai bénéfice de leur cotisation, au-delà du simple plaisir de rouler ensemble.
Les groupes ride à Lyon : un panorama pour chaque pratique
Lyon compte plusieurs collectifs vélo réguliers. Le Team Kayllou roule le mercredi, orienté gravel. Impacted Gear propose le même soir des balades urbaines, historiquement en pignon fixe mais ouvertes à tous les vélos, avec une ambiance tricks et décontraction. Le Shop Grimpeur organise des sorties route le dimanche matin avec trois groupes d'allure pour les plus sportifs.
Chaque groupe a sa personnalité. Le Mâchon Cycling Club se distingue par son absence totale de performance : on attend systématiquement le dernier, on roule à la cool, on termine par un moment convivial.
Le pignon fixe en ville : sensations et anticipation
Marie roule en pignon fixe, un vélo sans roue libre ni dérailleur où les pédales tournent en permanence avec la roue arrière. Son conseil pour débuter : garder le frein avant par sécurité et s'entraîner d'abord hors de la route, dans un parc. La clé, c'est l'anticipation des freinages plutôt que les arrêts d'urgence.
Au-delà de la technique, le pignon fixe séduit par son minimalisme. Pas de cassette, pas de dérailleur, un vélo épuré à l'esthétique affirmée. Une pratique qui crée un lien physique direct entre le cycliste et sa roue.
Pignon Particulier : un podcast pour les cyclistes ordinaires
Grande consommatrice de podcasts, Marie ne se retrouvait pas dans l'offre existante, trop centrée sur les exploits d'ultra-distance. Elle a lancé Pignon Particulier le 30 octobre pour mettre en lumière des cyclistes ordinaires aux parcours singuliers : déménagements à vélo, créations d'associations, bike polo.
« J'ai envie de prendre des gens ordinaires pour leur faire raconter leurs histoires singulières. »
Le projet reflète la même philosophie que son compte Instagram : montrer que le vélo dépasse le sport, qu'il touche au quotidien, à la communauté, à l'identité.
Voyager local : le train et le vélo contre l'avion
Marie ne voyage qu'en train et à vélo, jamais en avion. Pas par militantisme ostentatoire, mais par conviction et par budget. Elle documente ses escapades en France pour prouver qu'on n'a pas besoin de partir loin pour vivre des aventures à vélo. Le Vercors, le Beaujolais, les routes autour de Lyon suffisent largement.
« J'ai converti mes parents en voyage à vélo. Ils prennent le train maintenant au lieu de la voiture. »
Son ambition : développer des collaborations avec des offices du tourisme et des territoires pour professionnaliser cette démarche et inciter davantage de gens à découvrir la France à vélo, gare après gare.




