Saison 3

#
102

L'essayer, c'est l'adopter ! Le vélo de fonction expliqué par Tandem avec Arthur DE JERPHANION

30.1.2026

Arthur de Jerphanion (Tandem) explique le vélo de fonction en entreprise : location longue durée, partage du loyer employeur-salarié, et accompagnement de A à Z. Il décrit les performances surprenantes dans les villes moyennes, où 80 % de la flotte est déployée, et revient sur les deux accélérateurs du vélotaf en France : les grèves de 2019 et le Covid. Un guide concret pour passer du discours à la selle.

L'épisode en détail

Le vélo de fonction : quand l'entreprise met ses salariés en selle

Arthur de Jerphanion a quitté l'agroalimentaire et un poste avec voiture de fonction pour cofonder Tandem en janvier 2020. Le déclic : des années de bouchons parisiens et le constat que ses trajets courts en voiture n'avaient aucun sens. Avec son associé Nicolas Delcourt, il a bâti un service de location longue durée de vélos d'entreprise, aujourd'hui déployé auprès de 180 entreprises et 4 000 vélos en circulation à travers la France.

Comment fonctionne le vélo de fonction

Le principe est simple : l'entreprise loue des vélos sur 24, 36 ou 48 mois. Le loyer est partagé entre l'employeur (souvent 70 %) et le salarié (30 %), prélevé directement sur la fiche de paie, à la manière d'une mutuelle ou de tickets restaurant. Chaque salarié choisit dans un catalogue : vélo urbain, VTC, longtail. Le vélo est livré au pied des bureaux, assuré (casse, vol, responsabilité civile) et entretenu par un réseau de vélocistes partenaires partout en France.

« C'est très différent de la voiture de fonction parce que ce n'est pas statutaire, ce n'est pas réservé aux cadres. C'est vraiment proposé à tous les salariés, du plus bas salaire jusqu'au grand patron. »

En fin de contrat, trois options : prolonger d'un an, racheter le vélo à environ 15 % du prix public, ou le restituer pour qu'il soit remis en circulation en seconde main via un partenaire spécialisé.

Les grèves et le Covid : deux accélérateurs en France

Arthur identifie deux moments charnières pour le vélotaf en France. D'abord les grèves de fin 2019, qui ont paralysé les transports en commun et forcé des milliers de personnes à ressortir leur vélo. Ensuite le Covid, qui a boosté la visibilité du vélo et accéléré le développement des infrastructures cyclables en deux ou trois ans autant qu'une décennie normale. Mais le confinement a aussi freiné Tandem : avec 90 % des équipes en télétravail, les entreprises reportaient les projets de mobilité de 6 à 12 mois.

« Avant le Covid, le vélo en France, c'était un peu binaire : soit je fais du vélo en lycra pour monter le Mont Ventoux, soit je fais du vélo quand je suis enfant. Il y avait très peu de pratique quotidienne de vélotaf. »

Aujourd'hui, le télétravail n'est plus un frein. Le full remote a quasiment disparu, la plupart des entreprises fonctionnent sur un modèle hybride. Et Tandem insiste : le vélo de fonction sert aussi pour les trajets personnels, les courses, aller chercher les enfants à l'école, le loisir du week-end.

Les villes moyennes adoptent plus vite que Paris

Contre-intuitif : Tandem enregistre de meilleurs taux de transformation dans les villes de taille moyenne (Angers, Aix-en-Provence) que dans les métropoles. Explication : à Paris, Lyon ou Bordeaux, les alternatives à la voiture sont nombreuses. Dans les villes moyennes, le choix se résume souvent à la voiture ou au vélo. Résultat : 80 % de la flotte Tandem est déployée en province.

« On a été hyper agréablement surpris. Quand on va s'attaquer à une ville comme Angers, il y a plein de gens qui habitent à moins de 10 km de leur lieu de travail. Et quand tu leur proposes un vélo, ils viennent deux, trois, quatre, parfois cinq fois par semaine avec. »

Les chiffres de la part modale vélo en France tournent autour de 4 à 5 % au niveau national, contre 12 à 15 % en Allemagne ou en Belgique, et 20 à 25 % au Danemark.

Le frein numéro un : la résistance au changement

Personne ne dit que l'idée est mauvaise. Le vrai obstacle, c'est l'inertie organisationnelle. Le remboursement des transports en commun est institutionnalisé, la flotte automobile a un référent identifié. Le vélo de fonction tombe entre les chaises : RH, RSE, direction financière, achats.

La méthode Tandem : sonder les salariés, construire un budget prévisionnel, lancer un pilote avec une cinquantaine de volontaires. Sur les intentionnistes, un sur deux passe à l'action à la première vague. Mais l'effet boule de neige fait le reste : 92 % des entreprises clientes ont recommandé des vélos supplémentaires.

« Les salariés entre collègues sont bien plus puissants et efficaces que nous pour défendre la pratique et la vendre à leurs collègues. »

Des gains concrets : une étude du MEDEF montre que les salariés venant à vélo sont 6 à 9 % plus productifs. Moins de stress, plus de rapidité en zone urbaine, économies sur les places de parking. Tandem affiche 90 % de satisfaction et 4,9 sur 5.

Un enjeu culturel et industriel

Arthur pointe un frein structurel : le poids de l'industrie automobile française. Sa conviction : remplacer 100 % des voitures thermiques par des électriques ne suffira pas. Il faut moins de voitures tout court. Il cite la Finlande (6 millions d'habitants, 100 000 vélos d'entreprise déployés) pour montrer que le climat n'est pas une excuse.

Rendre le vélo attractif à tous les âges

La majorité des cyclistes adultes ont arrêté le vélo à l'adolescence. Arthur y voit un problème de marketing. Les marques de vélo parlent trop en spécialistes et pas assez en plaisir d'usage.

« Pourquoi est-ce qu'un jeune de 18 ans trouve ça cool d'être en scooter et trouve ça has-been d'être à vélo ? Il faut changer ça dans les mentalités. »

Tandem poursuit sa croissance en France (flotte multipliée par 5 entre 2022 et 2024) avec l'ambition d'accompagner aussi bien des PME de 50 salariés que des grands groupes.

Questions fréquentes

L'entreprise loue des vélos sur 24 à 48 mois via un prestataire comme Tandem. Le loyer est partagé : environ 70 % à la charge de l'employeur, 30 % prélevés sur la fiche de paie du salarié. L'assurance, l'entretien et la livraison sont inclus.

Avec un partage 70/30, le salarié paie généralement entre 20 et 30 euros par mois. En fin de contrat, il peut racheter le vélo à environ 15 % du prix public.

Oui, et souvent mieux que dans les grandes métropoles. Les villes moyennes comme Angers ou Aix-en-Provence affichent de meilleurs taux d'adoption car les alternatives à la voiture y sont plus rares. 80 % de la flotte Tandem est déployée en province.

Le principal frein est la résistance au changement organisationnel, pas le rejet de l'idée. Le projet touche plusieurs départements (RH, RSE, finance, achats) et personne ne sait qui doit le porter. Un sondage interne et un pilote avec 50 volontaires permettent de débloquer la situation.

Selon une étude du MEDEF, les salariés qui se déplacent de manière active sont 6 à 9 % plus productifs que ceux qui viennent en voiture ou en transport en commun. Ils arrivent moins stressés et souvent plus rapidement, surtout en zone urbaine.

Liked what you heard?

We also make sustainability strategies. If either interests you, we should talk.

Get in touch