L'épisode en détail
Happy Shifter : un mois pour tester le vélo domicile-travail
Happy Shifter est né d'un appel à projet fédéral belge lancé par le Service public fédéral Mobilité et Transport sous le nom « Shift Your Mobility ». Le principe : proposer à des pelotons de 5 à 10 collègues de tester le vélo électrique pendant un mois pour leurs trajets domicile-travail. Le projet, porté par Madeleine Dembour depuis son atelier CycloLibre à Liège, cible les salariés qui habitent à quelques kilomètres de leur lieu de travail et n'ont jamais envisagé le vélo comme option.
« Le levier qu'on veut utiliser, ce n'est pas seulement que c'est bon pour la planète ou pour la santé. On veut convaincre les personnes par le fait qu'elles peuvent y trouver du plaisir et de la joie. »
Équipement, formation et itinéraires : une solution clé en main
Le projet ne se limite pas à prêter un vélo. Chaque participant reçoit une panoplie complète : casque, sacoches, pantalon de pluie, porte-GSM, siège bébé si nécessaire. En début de session, une formation à la conduite en ville permet aux novices de prendre confiance dans le trafic. L'équipe aide également à tracer des itinéraires alternatifs, car la plupart des participants sont automobilistes et ne visualisent que le trajet en voiture.
« Les gens imaginent que le trajet à vélo est le même qu'en voiture. Ils se disent : c'est impossible. Notre rôle, c'est de leur indiquer des itinéraires bis plus compatibles avec le vélo. »
Une application complète le dispositif : les membres du peloton échangent conseils et photos, avec une émulation légère (pas de compétition) et des petits cadeaux liés à la fréquence d'utilisation.
50 % des trajets de moins de 5 km en voiture : le potentiel du vélotaf en Belgique
Les chiffres du SPF Mobilité et Transport cadrent l'enjeu : en Belgique, 50 % des trajets domicile-travail de moins de 5 km se font en voiture. Pour les trajets de moins de 15 km, ce chiffre monte à 67 %. Le potentiel de report modal est énorme, en particulier dans une ville comme Liège, très vallonnnée et historiquement construite pour la voiture.
Le projet fonctionne de septembre à juin, avec une pause en décembre-janvier : inutile de mettre en selle des non-convaincus par temps glacial. Les mois de rentrée (septembre-octobre), portés par la Semaine de la mobilité, sont les plus demandés. Les évaluations en fin de mois montrent que les freins identifiés avant le test tombent un par un. Le frein récurrent : la place de la voiture en ville, qui continue d'effrayer.
L'ambassadeur vélo : le rôle clé de l'entreprise dans le report modal
Chaque peloton a besoin d'un ambassadeur interne, un salarié motivé qui recrute ses collègues. Sans cette personne, le projet ne démarre pas. Les entreprises réticentes avancent toujours le même argument : tous ceux qui pouvaient venir à vélo le font déjà.
« On lance un sondage et boum, beaucoup de gens sortent du bois. Ils disent : tout seul, je me sens un peu perdu. Mais dans ces conditions-là, ça m'intéresse. »
Certaines organisations restent bloquées dans un discours du XXe siècle : « le vélo, c'est impossible » pour des trajets de 4-5 km que les employés font quotidiennement en voiture sur des autoroutes urbaines. Mais pour beaucoup d'entreprises, l'arrivée d'un projet clé en main répond à une envie qu'elles ne savaient pas concrétiser.
Formation mécanique vélo : un secteur en surchauffe
Madeleine observe un décalage croissant entre l'offre de formations en mécanique vélo et les débouchés réels. Formations qualifiantes, cours du soir, filières secondaires : les acteurs se multiplient, mais les stages de qualité manquent. Le caractère saisonnier de l'activité aggrave le problème : les ateliers prennent des stagiaires en haute saison (avril-juin) et personne en hiver.
« Est-ce que ces stagiaires sont considérés comme une main-d'œuvre à bon marché, ou est-ce qu'on veut vraiment leur apprendre un métier ? C'est un sujet de discussion. »
Les formations peinent aussi à trouver des formateurs qualifiés. Une concertation entre acteurs de la formation s'impose pour éviter la saturation d'un marché encore jeune.
Prime vélo en Wallonie : une aide méconnue menacée de disparition
La prime wallonne pour l'achat d'un vélo, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2024, n'a pas été renouvelée. La même tendance s'observe en France, où les aides vélo sont également remises en question. L'argument officiel : la prime est sous-utilisée, donc inutile. Madeleine pointe un cercle vicieux : la prime est sous-utilisée parce qu'elle est méconnue.
« Beaucoup de nos clients l'ignorent complètement. J'ai des collègues vélocistes qui n'en connaissaient pas l'existence. Est-ce qu'elle n'a pas été utilisée parce que méconnue ? »





