L'épisode en détail
Un vélo avec des matériaux écologiques : pourquoi le vélo n'est pas si vert qu'on le pense
Un vélo avec des matériaux écologiques, c'est le pari de Mobius Bike. Imane Lallali-Benberim, ingénieure mécanique (Polytechnique Algérie, Mines de Paris, MBA Oxford), a fondé cette marque après un constat : le vélo est vert à l'usage mais pas à la fabrication. Un vélo est produit toutes les 4 secondes dans le monde à partir de matériaux vierges. L'aluminium, principal matériau des cadres, provient de bauxites extraites dans des conditions environnementales lourdes.
Mobius Bike utilise du bambou pour le cadre, du cuir de raisin (inspiré de l'industrie de la mode éco-responsable), et de l'aluminium recyclé. L'idée n'est pas venue du secteur du cycle mais de la mode, où les actions d'éco-responsabilité sont plus avancées. La marque Zeta et ses baskets en cuir de raisin ont directement inspiré le choix des matériaux.
« Le vélo est vert dans l'usage, mais pas forcément sur le cycle de vie du produit. Un vélo est produit toutes les 4 secondes à partir de matériaux vierges. »
De l'industrie pétrolière à la mobilité douce : un parcours d'ingénieure
Avant de fonder Mobius Bike, Imane Lallali-Benberim a passé quinze ans dans l'industrie du gaz, à concevoir des trains de liquéfaction. Elle travaillait ensuite dans le conseil en management pour le secteur énergie. Sa prise de conscience écologique est venue avec la parentalité : quelle qualité d'air pour ses enfants ? Le confinement de 2020 a accéléré le passage à l'action.
Ses convictions écologiques ne relèvent pas de la décroissance. Elle défend plutôt un changement d'indicateurs : remplacer le PIB seul par des mesures de bien-être, de qualité de l'air et de santé, comme l'a fait la Nouvelle-Zélande. À titre personnel, elle agit sur les trois V : viande (arrêtée), vêtements (consommation réduite), voiture (abandonnée).
« Plutôt que de mettre tous les indicateurs en berne, ce serait de changer les indicateurs. Et voir ces indicateurs de bien-être croître plutôt qu'en berne. »
Trois écoles dans l'industrie du vélo : Mobius choisit la troisième voie
Imane Lallali-Benberim identifie trois écoles dans l'industrie du vélo. La première, héritée de l'automobile, pousse au suréquipement : moteurs plus puissants, batteries plus grosses, couple toujours plus élevé. La deuxième, inspirée d'Apple, mise sur l'hyperconnectivité et le design slick, mais impose souvent une application payante et une dépendance au smartphone.
Mobius Bike se positionne sur une troisième voie, inspirée de la mode éco-responsable. Le vélo est conçu pour le vélotaffeur du quotidien, pas pour l'athlète. Le cadre en bambou, le cuir de raisin et l'aluminium recyclé réduisent l'empreinte de fabrication. Le modèle économique repose sur la vente directe (site mobius.bike et Nature & Découvertes) pour maintenir un prix compétitif malgré le cout supérieur des matériaux écologiques.
« Le vélo électrique est en train de devenir le SUV de la micro-mobilité. Je ne suis pas persuadée que cette tendance au suréquipement ait un impact positif pour la planète. »
Recyclage et économie circulaire : la vision long terme de Mobius
Mobius Bike intègre la fin de vie du produit dès la conception. La marque reverse une redevance par vélo vendu aux éco-organismes Corepil et Ecologique pour le recyclage des batteries et composants. La réflexion porte aussi sur l'upcycling de certaines pièces et le démantèlement intelligent, même si ces chantiers relèvent du long terme.
L'entreprise reverse 1 % de son chiffre d'affaires à l'ONG 1% pour la Planète et participe à la reforestation via Ecotri. L'incubation aux Arts et Métiers appuie la R&D avec une approche frugale. Chaque euro est optimisé, en cohérence avec les valeurs de sobriété de la marque. Un vélo cargo éco-responsable est à l'étude, même si le bambou pose des contraintes de charge supérieures à celles d'un vélo classique.
« Chaque euro doit travailler comme si c'était mille. On n'a pas le choix, mais la frugalité et la sobriété font partie de nos valeurs. »
Diversité, inclusion et accessibilité : casser l'image du vélo pour experts
Imane Lallali-Benberim porte aussi un discours sur la diversité dans l'industrie du cycle. Seule femme de sa promotion en mécanique à Polytechnique Algérie, elle constate que le monde du vélo reste très masculin. À Eurobike, le plus grand salon du cycle en Europe, elle s'est fait demander d'où elle venait quand elle s'est présentée comme fondatrice française.
L'ambition de Mobius est de rendre le vélo accessible à tous, au-delà de l'image de produit pour baroudeurs ou cyclistes sportifs. La communication de la marque dépasse le vélo : conseils sur l'alimentation éco-responsable, la réduction des déchets, le mode de vie sobre. La vision à long terme : devenir le leader de la mobilité douce éco-responsable pour toute la famille.
« On essaye de casser cette image du vélo pour les pros, un peu pour les hommes. On veut rendre le vélo accessible à tout le monde, fun et cool. »






