L'épisode en détail
Le vélo électrique pour le trajet domicile-travail : moins de 10 km, prenez le vélo
Mathieu Rault est le fondateur de Viraj, une entreprise bordelaise qui fournit des vélos électriques aux salariés via leur employeur. Sa conviction repose sur une statistique : 80% des trajets de moins de 10 km se font encore en voiture individuelle. Sa règle personnelle est simple. À chaque déplacement, se demander si le trajet fait plus ou moins de 10 km. En dessous, le vélo électrique pour le trajet domicile-travail s'impose comme le moyen de transport le plus efficace.
« 80% des trajets de moins de 10 km se font encore en voiture individuelle, tout seul pour aller au travail. Quand j'ai découvert cette statistique, ça a déclenché le virage. »
Mathieu a découvert le vélo électrique il y a six ans. À l'époque, ses amis le prenaient pour un vieux schnock. Aujourd'hui, il ne pourrait plus s'en passer. Le vélo est devenu son outil de déplacement principal pour tous les trajets urbains : travail, courses, école des enfants.
Viraj : convertir les salariés au vélotaf via l'employeur
Le modèle de Viraj est proche du véhicule de fonction : l'entreprise finance le vélo électrique pour ses salariés, avec un contrat de 36 mois qui ouvre droit à des avantages fiscaux. Le salarié participe à hauteur de 20 euros par mois, déduits de sa fiche de paie comme une mutuelle. Le service inclut les révisions, l'assurance casse et vol, et un accompagnement complet.
La particularité de Viraj tient à son approche commerciale : un mois d'essai gratuit pour chaque salarié. Le taux de transformation atteint 96%. Les quelques vélos retournés sont confiés à Ecocycle, partenaire installé dans le même tiers-lieu que Viraj à Darwin (Bordeaux), pour une seconde vie.
« Le mieux, c'est de dire : testez. Vous avez un mois pour vous décider. On se rend compte que ça marche super bien, que les gens sont hyper contents du vélo électrique et du service associé. »
Vélo électrique : la porte d'entrée vers le vélotaf
Pour Mathieu, le vélo électrique est le levier principal du report modal. Il permet de convaincre des personnes qui ne seraient jamais montées sur un vélo classique : celles qui n'ont pas fait de vélo depuis longtemps, celles qui trouvent les distances trop longues, celles qui transportent des enfants ou des courses. L'assistance électrique réduit l'effort au démarrage, ce qui facilite même l'apprentissage de l'équilibre pour les adultes peu à l'aise.
En période de forte chaleur, l'assistance électrique résout aussi le problème de la transpiration : en poussant l'assistance au maximum, le cycliste fournit peu d'effort tout en bénéficiant du flux d'air créé par le déplacement. Un argument que Mathieu utilise régulièrement face aux sceptiques bordelais après des étés caniculaires.
« Le vélo électrique, c'est comme mon iPhone : tu ne le quittes plus. Pour tous tes petits déplacements, c'est le moyen de transport le plus efficace que j'ai trouvé. Et en plus d'être efficace, il est bon pour toi et bon pour la planète. »
Le vélo en ville : liberté, rencontre et lenteur choisie
Bordeaux est la cinquième ville la plus cyclable de France selon le classement de la FUB. Le pont de Pierre, réservé aux mobilités douces, est devenu le symbole de cette transformation. Plus de bruit de moteur, plus de carrosserie. Les gens se parlent. Mathieu y a rencontré un journaliste de Sud Ouest lors d'un trajet ordinaire.
« Le vélo, c'est le symbole de la rencontre. Tu casses les barrières, les gens se parlent. Dans une société de plus en plus individualiste, le vélo est un espoir énorme. »
Le vélo libère aussi de la logistique automobile. S'arrêter au marché des Capucins en trois minutes, poser le vélo juste devant l'étal : un geste impossible en voiture. Mathieu utilise un anti-vol de cadre, un dispositif peu connu en France mais répandu aux Pays-Bas. Ce verrou intégré bloque la roue arrière dans les rayons et permet les arrêts rapides sans chercher de point fixe. Combiné à un U pour les stationnements longs, il sécurise efficacement le vélo.
Infrastructure cyclable : le frein principal au développement du vélotaf
Même convaincu, Mathieu reconnaît les limites. En vacances en Bretagne, sa règle des 10 km ne tient plus : les départementales sans aménagement cyclable rendent le vélo dangereux, surtout avec des enfants. Il a lancé une pétition pour sécuriser le trajet vers l'école de ses enfants à Bordeaux : 2 300 signatures en quelques jours.
« Les citoyens sont hyper demandeurs. La société est prête. Mais on est encore prisonnier de la voiture sur certains trajets parce qu'il n'y a pas le choix. »
Pour Mathieu, la promotion du vélo électrique pour le trajet domicile-travail passe par l'exemple des dirigeants. Si les élus, les patrons du CAC 40 et les chefs de PME prenaient le vélo pour leurs trajets de moins de 10 km, le changement suivrait. Pas un coup de com d'une demi-heure, mais une pratique régulière et visible. L'infrastructure doit suivre : un coup de peinture au sol ne suffit pas. Viraj, installé à Darwin, le tiers-lieu bordelais dédié à la transition écologique, travaille avec Ecocycle pour le recyclage et l'ensemble de l'écosystème local du vélo.






