Saison 1

#
32

Former plus de gens au vélo

24.10.2022

Charlotte Niewiadomski, éducatrice mobilité vélo à Dunkerque, enseigne une réalité souvent complètement ignorée : des millions d'adultes français ne savent pas faire de vélo ou redoutent viscéralement la circulation urbaine. Les vélo-écoles modernes forment progressivement du débutant complet au perfectionnement urbain avancé, intégrant systématiquement code cycliste, positions sécuritaires et entretien basique du vélo. C'est un besoin massif et profondément sous-estimé actuellement.

L'épisode en détail

Apprendre à faire du vélo adulte : un besoin massif et sous-estimé

Charlotte Niewiadomski est éducatrice mobilité à vélo à Dunkerque. Son parcours illustre un constat que beaucoup ignorent : des millions d'adultes ne savent pas faire de vélo ou n'osent pas rouler en ville. Les vélo-écoles existent pour combler ce manque, avec des formations progressives qui partent du débutant complet jusqu'au perfectionnement en circulation urbaine. Le programme inclut le code de la route cycliste, les positions de sécurité sur la chaussée et l'entretien de base du vélo.

« Le vélo est une solution très simple à de multiples problèmes complexes, et il faut l'utiliser. Il n'y a rien d'autre en fait. »

Charlotte forme aussi bien des enfants que des adultes et des adolescents. Sa structure, Forma Vélo, propose un espace de pratique sécurisé avec des vélos adaptés. L'objectif n'est pas seulement d'apprendre à pédaler, mais de rendre les gens autonomes dans leurs déplacements quotidiens.

Du social au vélo : quand l'insertion passe par la mécanique

Avant de créer Forma Vélo, Charlotte a travaillé douze ans au Secours catholique dans la lutte contre l'exclusion. En 2006, dans un accueil de jour du 17ème arrondissement de Paris, elle crée l'atelier Vélocypède avec un bénévole. L'idée : récupérer des vélos abandonnés, les réparer avec des personnes en très grande précarité, et les remettre en circulation.

« L'Heureux Cyclage a estimé à 1,5 million le nombre de vélos adultes jetés en France chaque année. Des vélos adultes seulement, on ne parle même pas des vélos enfants. »

Le projet se développe à Clichy-la-Garenne en 2011 sous le nom BicyclAide, un atelier d'insertion par la réparation de vélos. Trois permanents, une douzaine de personnes en insertion, du réemploi, de la vente d'occasion et des ateliers d'autoréparation inspirés du modèle de Dynamo à Nancy. Charlotte transforme ensuite l'association en SCOP (société coopérative) pour pérenniser le modèle économique tout en conservant une gouvernance démocratique.

La vélo-école : apprendre le vélo à tout âge

Le cœur de l'activité actuelle de Charlotte se concentre sur la formation. À Dunkerque, elle développe une vélo-école complète. Les cours couvrent l'équilibre pour les débutants, la circulation en ville pour les cyclistes manquant de confiance, le code de la route spécifique aux cyclistes et l'entretien mécanique de base. Les nouveaux panneaux et aménagements cyclables restent largement méconnus, y compris par les détenteurs du permis de conduire.

Charlotte intervient aussi en entreprise. Sa conviction : le vélotaf est un levier puissant. Un salarié qui commence par venir travailler à vélo finit par l'utiliser pour ses courses, le transport des enfants, le sport. L'entreprise, en encourageant le vélotaf, produit un effet domino sur l'ensemble des déplacements de ses employés.

« Une fois qu'on vient bosser à vélo, on le fait sur d'autres trajets. Je crois beaucoup dans l'effet levier qu'ont les entreprises. »

Vélotafeuse depuis 20 ans : un engagement par l'exemple

Charlotte roule à vélo depuis 2002. À Paris, elle passait du 11ème au 17ème, du 10ème au 13ème, plus vite qu'en métro. Avant le vélo, elle se déplaçait en roller, jusqu'à découvrir les limites de la combinaison roller-métro (rouler en chaussettes dans les couloirs n'est ni pratique ni hygiénique). Elle n'a jamais acheté de vélo neuf. Tous ses vélos viennent de la récupération, d'abord par pragmatisme économique, puis par conviction écologique.

« Reprendre conscience du temps et de l'espace, c'est génial. C'est complètement une autre perception de la vie. »

Élevée par des parents sans voiture à Paris, Charlotte n'a jamais eu la culture automobile. Cette absence de réflexe voiture, combinée à une sensibilité sociale forte, l'a naturellement orientée vers le vélo comme outil de transformation. Son meilleur souvenir de vélotaf : rouler de nuit entre Gravelines et Dunkerque, casque audio sur les oreilles, en chantant à pleine voix sur la piste cyclable.

Changer les mentalités : entre optimisme et réalité

Charlotte observe une évolution réelle mais non linéaire de la pratique du vélo. Les grèves de 2019, le premier confinement de 2020, la hausse du coût de l'essence en 2022 ont chacun provoqué des vagues de nouveaux cyclistes. Mais les comportements restent paradoxaux : tout le monde reconnaît l'urgence climatique, peu changent leurs habitudes de déplacement.

« Les COP se succèdent et puis qu'est-ce qui se passe en vrai, franchement ? On a énormément fait croître les modes de transport polluants et aujourd'hui ça ne s'inverse pas. »

Pour Charlotte, la solution commence par les enfants. Elle propose de mettre des draisiennes dans toutes les maternelles, un investissement modeste qui insuffle la culture vélo dès le plus jeune âge. Le programme Génération Vélo, qui développe le savoir rouler à vélo, va dans ce sens. Mais il faut aussi contraindre : interdire les dépassements de cyclistes en ville, imposer des formations régulières aux automobilistes, repenser l'urbanisme pour rapprocher lieux de vie et lieux de travail. Le courage politique manque encore pour prendre ces décisions.

Questions fréquentes

Les vélo-écoles proposent des formations adaptées aux adultes débutants. L'apprentissage commence par l'équilibre sur terrain plat et sécurisé, puis progresse vers la circulation en ville. Les cours incluent le code de la route cycliste, les positions de sécurité et l'entretien de base. Des structures comme Forma Vélo à Dunkerque accueillent des adultes de tous niveaux.

Un atelier vélo d'insertion emploie des personnes éloignées de l'emploi pour réparer et remettre en état des vélos récupérés. Ces structures combinent formation professionnelle en mécanique cycle, réemploi de vélos abandonnés et vente d'occasion à prix solidaires. BicyclAide à Clichy-la-Garenne a été un exemple de ce modèle, transformé ensuite en SCOP.

Le vélotaf produit un effet domino : un salarié qui vient travailler à vélo étend ensuite cette pratique à ses autres déplacements. Les entreprises disposent d'aides financières (forfait mobilités durables, subventions vélo de fonction) et peuvent organiser des animations de sensibilisation pour déclencher ce changement d'habitudes chez leurs employés.

Selon une étude de L'Heureux Cyclage réalisée en 2013, environ 1,5 million de vélos adultes sont jetés chaque année en France. D'autres estimations montent jusqu'à 2 millions. Le réseau des ateliers vélo solidaires travaille à récupérer et remettre en état une partie de ces vélos abandonnés.

L'éclairage est prioritaire : investir dans des feux puissants et fiables, de préférence avec dynamo intégrée pour éviter les problèmes de piles. Un blouson réfléchissant (pas simplement jaune fluo) assure la visibilité de nuit. Une cape et un pantalon de pluie rangés dans la sacoche permettent de rouler par tous les temps sans se chercher d'excuse.

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