L'épisode en détail
Le vélo de fonction en entreprise : bien plus qu'un vélo en location
Alexandre Jomin est directeur technique (CTO) chez Azfalte, une startup française qui met en place le vélo de fonction en entreprise. Azfalte ne se limite pas à fournir des vélos : la société accompagne les employeurs de la conception de leur bike policy jusqu'au suivi du cycle de vie complet du vélo. Choix du vélo adapté à l'usage de chaque salarié, révisions incluses, assurance casse et vol, support technique, tout est packagé dans une offre complète.
« On n'est pas juste là pour intermédier un client avec un magasin. On est vraiment là pour accompagner les entreprises et les collaborateurs de ces entreprises. C'est une volonté forte et structurante du projet Azfalte. »
Le concept de vélo de fonction reste peu connu en France. Tout le monde sait ce qu'est une voiture de fonction, mais le vélo de fonction suscite encore des questions : sécurité, fiscalité, entretien, vol. Azfalte passe une partie significative de son temps en évangélisation, avec des délais de contractualisation plus longs que prévu.
Pourquoi un CTO dans une boîte de vélo ?
La question paraît légitime : pourquoi une équipe technique dans une entreprise qui met des vélos à disposition ? La réponse tient à la complexité cachée du vélo de fonction en entreprise. Avant de mettre un vélo à la route, Azfalte assemble six à sept contrats : financement, leasing, assurance, maintenance, support. Tout cet écosystème nécessite des outils numériques développés en interne.
« J'avoue qu'en entrant chez Azfalte, j'avais un petit peu sous-estimé la tâche que ça pouvait représenter de mettre un vélo à la route. On va assembler 6 ou 7 contrats avant de pouvoir le faire. »
Alexandre a rejoint Azfalte dès la création, en partant de la feuille blanche. Choix de l'architecture technique, des outils, des méthodologies de développement. L'équipe tech, deux personnes, livre des fonctionnalités en continu pour améliorer l'expérience des clients et des collaborateurs qui utilisent les vélos au quotidien.
Adapter le vélo à l'usage : la clé du vélotaf réussi
L'un des principes centraux d'Azfalte est que chaque salarié n'a pas besoin du même vélo. Un parent qui dépose ses enfants à l'école a besoin d'un longtail ou d'un vélo cargo. Un salarié qui habite en zone vallonnée n'aura pas le même vélo que celui qui roule sur le plat parisien. L'accompagnement personnalisé dans le choix du vélo fait partie de l'offre.
Au-delà du vélo lui-même, Azfalte travaille sur la réduction des freins à l'adoption. La pluie ? Avec le télétravail, on peut décaler son départ d'une heure. Le vol ? Des cadenas homologués par les assurances et une sensibilisation des collaborateurs. L'entretien ? Des révisions planifiées, incluses dans le forfait. Chaque irritant identifié reçoit une réponse concrète.
« On doit répondre à pas mal de préjugés autour du vélo. Le contre-argument, c'est : regardez les pays où on utilise le plus le vélo. Ce n'est pas le sud de l'Europe. On n'est pas en sucre. »
D'ingénieur du son à vélotafeur : un parcours atypique
Alexandre n'est pas un profil classique de la tech. Formé comme ingénieur du son (BTS audiovisuel, licence physique appliquée, master à Brest), il se reconvertit dans le développement web à 27 ans. Le vélo l'accompagne depuis le début des années 90, époque où le VTT explosait en France. Aujourd'hui installé près de Lille, il vélotafe régulièrement en empruntant un chemin de halage qui longe une route embouteillée.
« Systématiquement, je passe sous ce pont et je vois les gens agglutinés dans le bouchon à 8h du mat. Je me dis : ouais, c'est quand même sympa le vélotaf. »
Son conseil pratique : minimiser les irritants du quotidien. Gants, casque, vêtements de pluie toujours au même endroit. Le vélo doit répondre à l'usage réel (courses, enfants, trajet plat ou vallonné). La décision de prendre le vélo doit être la plus rapide et la moins contraignante possible.
Infrastructure cyclable : le levier manquant
Pour Alexandre, le développement du vélo de fonction en entreprise se heurte à un frein structurel : les infrastructures. Plus d'infrastructures amènent plus de cyclistes, et plus de cyclistes justifient de nouvelles infrastructures. Mais la France accuse un retard considérable. Les pistes cyclables françaises se résument souvent à un coup de peinture au sol, là où la Belgique ou les Pays-Bas proposent des voies séparées et sécurisées.
« Quand tu te fais doubler par une voiture à 90 km/h, tu as beau être sur une piste cyclable, tu ne te sens pas forcément en sécurité. »
Le problème touche particulièrement les femmes. La compagne d'Alexandre évite certains itinéraires non éclairés le soir. Le chemin de halage, agréable de jour, devient un coupe-gorge perçu la nuit. L'idée d'une cotation des pistes cyclables (sécurité, éclairage, séparation du trafic) permettrait aux cyclistes de choisir leurs itinéraires en connaissance de cause et aux collectivités d'identifier les aménagements prioritaires.






