L'épisode en détail
38 % de décès cyclistes en plus entre 2019 et 2022
Entre 2019 et 2022, les décès de cyclistes en France ont augmenté de 38 %, pour une hausse de 20 % du nombre de cyclistes en agglomération et 18 % hors agglomération. Les morts augmentent plus vite que la pratique. Yann Foreix, journaliste de la série Biclou (Le Parisien), analyse les causes et les solutions possibles pour la sécurité des cyclistes.
Biclou existe depuis quatre ans, créé par Aurélien Viers pendant le confinement Covid pour accompagner l'essor du vélo. La série filme les interviews à vélo, rencontre les acteurs de terrain et dresse un état des lieux sans manichéisme. Yann précise d'emblée : Biclou n'est pas anti-voiture, lui-même en possède une.
« On ne change pas en claquant des doigts. La société est compliquée. On n'est pas anti-voiture, c'est plus fin que ça. »
Ville et campagne : deux réalités différentes
En ville, les infrastructures cyclables se développent et l'accidentologie augmente moins vite. À Paris, c'est flagrant. Le cycliste urbain connaît désormais les zones sécurisées et celles où il entre dans la jungle routière. Le vrai point noir, c'est la campagne. Les routes rurales françaises sont encore très peu dotées d'infrastructures lourdes. Faire cohabiter un vélo à 20 km/h avec une voiture d'une tonne et demie à 80 km/h ne fait pas bon ménage.
Des initiatives locales existent. Au nord de Nantes, une collectivité a racheté une maison pour y faire passer un aménagement cyclable et construit un pont pour que les vaches ne gênent plus les cyclistes. Des dizaines de kilomètres en pleine campagne, totalement sécurisés. Mais ces exemples restent rares.
« Faire cohabiter une voiture d'une tonne cinq qui va à 80 à l'heure contre un vélo à une vingtaine de kilomètres heure, ça ne fait pas bon ménage. »
Les carrefours tuent : le cas des camions
En ville, beaucoup d'accidents mortels de cyclistes impliquent des camions qui tournent à droite et coupent la trajectoire du cycliste. Le scénario se répète : le camion tourne, le cycliste finit sous les roues. Les indications d'angle mort sur les camions ne suffisent pas, parce que le problème est structurel. Un cycliste sur sa piste cyclable qui continue tout droit ne double pas par la droite. C'est au flux automobile de s'arrêter.
Les carrefours hollandais, où les voitures sont obligées de tourner en angle droit, forcent les automobilistes à vérifier l'angle mort et à ralentir. Mais trop de carrefours restent non aménagés. À Rennes, en février 2024, Rennes Métropole a été poursuivie pour homicide involontaire pour ne pas avoir suffisamment aménagé un espace cyclable ayant mené à la mort d'une cycliste de 22 ans. C'est la première fois qu'une collectivité française est envoyée devant un tribunal correctionnel pour une infrastructure cyclable défaillante.
« Un aménagement insuffisant peut se retrouver au centre d'une attaque judiciaire. Les décideurs politiques peuvent être poursuivis. »
Une justice trop clémente face aux morts de la route
Yann pointe un paradoxe. La société tend à éliminer les morts violentes, mais la mortalité routière ne passionne personne. Un cycliste écrasé fait une petite ligne dans un journal. Les familles se battent pendant des années pour obtenir justice. Les arguments des automobilistes impliqués, soleil qui éblouissait, cycliste pas vu, reviennent systématiquement.
Les peines restent clémentes. Certaines associations communiquent sur l'idée qu'une voiture pourrait être considérée comme une arme. Yann est convaincu que dans plusieurs années, la société ne tolérera plus les morts sur la route. Les véhicules autonomes et l'évolution des mentalités rendront inacceptable qu'on puisse mourir en allant au travail à vélo.
« Dans quelques années, un mort sur la route, ça ne sera pas envisageable. On ne comprendra pas comment quelqu'un peut mourir comme ça. »
Solutions : infrastructures, éducation, micro-actions
Les pistes d'action sont multiples. D'abord, continuer à développer les infrastructures, en ville et surtout en milieu rural. Ensuite, réduire la vitesse automobile. Former les enfants au vélo dès l'école, parce qu'un enfant qui comprend ce que c'est que d'être vulnérable sur la route deviendra un automobiliste plus prudent.
Yann insiste aussi sur les micro-actions que les automobilistes considèrent comme anodines mais qui peuvent tuer : se garer 5 minutes sur une piste cyclable (135 euros d'amende, c'est un stationnement très gênant), doubler un groupe de cyclistes en se retrouvant face à un cycliste venant en sens inverse, ne pas ralentir quand la visibilité est réduite. Côté cycliste, comprendre ce qui se passe dans la tête d'un automobiliste et anticiper les situations dangereuses fait aussi partie de la survie sur la route.
« Il ne faut pas rendre anodin le fait de se garer sur une bande cyclable. C'est 135 euros d'amende. C'est grave de le faire. »






