L'épisode en détail
Transformer n'importe quel vélo en vélo électrique : le concept Clip
Transformer n'importe quel vélo en vélo électrique sans acheter un vélo neuf, c'est la promesse de Clip. Clément De Alcala, cofondateur de cette startup née au MIT et basée à Brooklyn, présente dans cet épisode du podcast Vélotaf un moteur portable à friction breveté dans 45 pays. Le principe rappelle celui du Solex : un rouleau entre en contact avec le pneu avant, détecte la vitesse et propulse la roue pour réduire l'effort. L'installation prend quelques secondes, le moteur se détache aussi vite, et la recharge complète dure 60 minutes sur une prise standard.
Le prix de 549 dollars aux États-Unis se situe bien en dessous du cout moyen d'un vélo électrique complet (1 500 à 2 000 dollars). L'ambition affichée : descendre à 250 dollars pour démocratiser l'accès à l'assistance électrique.
« Le vélo électrique est en train de devenir le SUV de la micro-mobilité. La majorité des gens n'ont pas besoin d'une assistance électrique permanente. »
Du vélotaf en Tanzanie au MIT : le parcours d'un citoyen du monde
Clément De Alcala a vélotaffé sur trois continents avant de cofonder Clip. Son Erasmus aux Pays-Bas lui révèle le vélo comme outil de déplacement quotidien, par tous les temps. En Tanzanie, dans le sud du pays près du lac Malawi, il découvre le vélo comme seul moyen de connecter des zones isolées aux opportunités économiques des villes voisines. Des entrepreneurs y transportent fruits et légumes à vélo pour les vendre au village d'à côté, où les prix sont meilleurs.
À Brooklyn, le constat est différent mais convergent. New York construit des dizaines de pistes cyclables chaque année. Cambridge, près de Boston, autour du MIT et de Harvard, affiche une densité de vélos telle que les voitures y sont devenues rares. Le chiffre que Clément De Alcala cite souvent : deux milliards de vélos dans le monde, contre un milliard de voitures.
« Il y a deux milliards de vélos dans le monde. Partout où je suis allé, j'ai toujours vu des vélos. Et parfois, il n'y a que des vélos pour se déplacer. »
L'impact environnemental : diviser ses émissions par 150
Une étude menée avec l'Institut de prévention de la pollution a mesuré l'impact de Clip. Les personnes qui passent de la voiture au vélo avec Clip divisent leurs émissions de transport par 150. Celles qui quittent le bus, par 30. Celles qui abandonnent le métro, par 25. Avec 30 à 40 % des déplacements urbains en voiture solo pouvant être remplacés par le vélo, le potentiel de réduction est massif.
Clément De Alcala insiste sur un point : tout le monde n'a pas besoin d'un vélo électrique permanent. La plupart des trajets urbains se font sur terrain plat, sur des distances inférieures à 5 kilomètres. L'assistance ponctuelle suffit pour les montées ou les matins où l'on veut arriver frais à une réunion. Un moteur portable génère aussi moins d'impact à la production qu'un vélo électrique complet, et sa batterie plus petite consomme moins de lithium.
« Si on passe tout au vélo électrique demain, on est en train de se créer une dépendance et d'épuiser des ressources qui sont hyper limitées. »
Le vélo crée des sociétés différentes
Au-delà de l'environnement, Clément De Alcala défend le vélo comme créateur de lien social. À Brooklyn, il croise chaque jour les mêmes cyclistes sur son trajet. Des conversations naissent, un réseau informel se tisse. Cette proximité n'existe pas enfermé dans une voiture. Dans les quartiers isolés de New York, où la crise du transport est réelle, accéder à un vélo signifie accéder à d'autres opportunités : emploi, formation, relations sociales.
Clip travaille avec des ambassadeurs locaux à Brooklyn : des professeurs de vélo, des ateliers de remise en état de vieux vélos, des communautés qui redistribuent des cycles réparés. L'idée est d'exploiter le parc existant de deux milliards de vélos plutôt que d'en fabriquer de nouveaux.
« Le vélo crée des sociétés différentes où l'empathie est beaucoup plus importante. Tu ne peux pas rouler en vélo sans faire attention aux personnes autour de toi. »
Du prototype au marché : cinq ans de développement hardware
Clip a été fondée en 2018 par Clément De Alcala et son associé Somme, ingénieur du MIT. Les deux premières années ont été consacrées à l'étude des usages du vélo en ville. Les premiers prototypes, en 2019, tenaient avec du scotch. Le Covid a interrompu le projet : l'équipe MIT s'est retournée vers le développement de ventilateurs médicaux. La reprise en 2021 a produit le premier modèle commercial. Les premières commandes sont arrivées en 2022.
Le lancement européen était prévu pour l'été suivant, avec des tournées aux Pays-Bas, en Allemagne et en France. Clip développe aussi un modèle low cost à fixation permanente, destiné aux flottes de vélos partagés. Le brevet couvre 45 pays. L'objectif reste le même depuis le début : rendre l'assistance électrique accessible au plus grand nombre, sans reproduire les erreurs du tout-automobile.
« On n'a pas besoin de réinventer une nouvelle voiture ou un nouveau réseau. On a ce vélo partout dans le monde qui est prêt à faire le job. »






