L'épisode en détail
Trois ateliers solidaires pour fabriquer des accessoires vélo
Suzon & Suzette fabrique tous ses accessoires vélo en France, dans trois ateliers de couture solidaires. Chacun a un fonctionnement et un public différents. À Villeurbanne, un atelier d'insertion accompagne des personnes éloignées de l'emploi pendant six mois à un an : la couture sert de support pour redonner confiance, installer un cadre de travail et préparer un retour vers l'emploi classique.
Le deuxième atelier est une entreprise adaptée qui emploie à 80 % des personnes en situation de handicap. L'environnement de travail est conçu pour leurs besoins, mais l'exigence de rentabilité reste celle d'une entreprise ordinaire. Le troisième, à Vichy, est une entreprise à but d'emploi (EBE) : elle forme des personnes éloignées de l'emploi à la couture et leur propose un CDI à l'issue de la formation.
« On peut aujourd'hui être une entreprise rentable en faisant de la fabrication 100 % française et 100 % solidaire. »
Adapter la production à chaque atelier
Les trois ateliers n'ont pas les mêmes équipements, pas le même nombre de couturières, pas les mêmes contraintes. Suzon & Suzette adapte sa production en conséquence. À Villeurbanne, l'atelier manquait de place pour une machine pneumatique et avait des difficultés avec la pose des boutons pression. Les cofondatrices ont redistribué les tâches entre ateliers plutôt que de forcer un schéma inadapté.
La planification anticipée est une règle. Pas de pression de délais irréalistes imposée à des structures dont le bien-être des travailleurs est prioritaire. Anne-Charlotte et Laetitia programment la production à l'avance, ajustent les quantités par atelier et écoutent les retours du terrain. Le résultat est un mode de fabrication plus lent mais plus humain.
« On adapte vraiment notre production en fonction de chacun. On ne met pas en situation de stress ces personnes. »
Zéro déchet : chaque chute de tissu a une destination
La démarche éco-responsable de Suzon & Suzette commence par la conception même des produits. Le premier accessoire, les manchons vélo, génère des chutes de tissu. Ces chutes servent à fabriquer les couvre-selles impermeables. Les chutes des couvre-selles deviennent des attache-jupettes et des cache-oreilles pour adultes et enfants. Quand les morceaux sont trop petits pour la couture, ils partent en rembourrage de coussins dans les ateliers.
Aucun emballage plastique. Les produits arrivent en magasin avec une simple étiquette papier, fabriquée par un quatrième atelier solidaire. Les boutons pression viennent d'une entreprise située en face des bureaux de Suzon & Suzette. Les livraisons aux magasins lyonnais se font à vélo. L'ensemble des tissus est certifié OEKO-TEX, ce qui garantit l'absence de substances nocives.
« Tous nos autres accessoires ont été conçus à partir des chutes de tissu de notre premier produit. »
Des produits conçus pour durer
Dans un marché où la fast fashion impose le remplacement rapide, Suzon & Suzette prend le contre-pied. Les manchons vélo des cofondatrices, fabriqués avant même la création de l'entreprise, sont toujours sur leurs vélos trois ans et demi plus tard. Ils passent en machine. Le couvre-selle est équipé d'un système de cordon qui s'adapte à toutes les tailles de selle, même si on change de vélo. Le manchon bébé fonctionne sur les sièges vélo, les poussettes et les carrioles.
La logique est simple : un produit qui dure longtemps et qui sert dans plusieurs contextes n'évite pas seulement le rachat. Il réduit la production, les transports et les déchets en amont. C'est le produit le plus éco-responsable qui soit.
« Quand vous achetez votre paire de manchons, ce n'est pas pour qu'elle fasse une seule saison. C'est pour que ça dure dans le temps. »
Fabrication française : les limites et la quête d'amélioration
Toute la confection est réalisée en France, mais les matières premières ne peuvent pas toutes être sourced localement. Le coton enduit ne se cultive pas en France. Les cofondatrices en sont conscientes et travaillent à repousser les limites : Anne-Charlotte explore la possibilité de faire enduire le coton en France. Des recherches sont en cours avec des plasturgiens français pour industrialiser certaines pièces encore importées.
La démarche n'est pas de viser la perfection, mais de s'améliorer en continu. Tous les fournisseurs sont français. Le sourcing est le plus proche possible. Et quand une solution locale n'existe pas encore, Suzon & Suzette cherche à la créer. Le message aux futurs entrepreneurs est clair : une fabrication 100 % française et solidaire n'offre pas les mêmes marges qu'une production délocalisée, mais elle est viable.
« On ne sera jamais parfaits. Personne ne peut l'être de A à Z. Mais on essaie toujours de s'améliorer. »




