Saison 2

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Plus de vélos, plus de femmes sur le vélo, plus de femmes dans le milieu du vélo avec Suzon&Suzette

30.6.2024

Anne-Charlotte Péridon et Laetitia Cros ont fondé Suzon et Suzette en 2021, en pleine crise sanitaire, sans background préalable dans le vélo. Laetitia était avocate, Anne-Charlotte travaillait dans les travaux publics. Elles défient un univers souvent masculin avec une marque pensée pour les femmes. Leur trajectoire interroge : comment devenir entrepreneur dans le vélo quand on est femme, et comment utiliser ce statut pour transformer l’industrie de l’intérieur.

L'épisode en détails

Entreprendre dans le vélo quand on est une femme

Anne-Charlotte Peridon et Laetitia Cros ont fondé Suzon & Suzette en avril 2021, en pleine crise sanitaire. Avant cela, rien ne les prédestinait au monde du vélo : Laetitia était avocate au barreau de Lyon, Anne-Charlotte travaillait dans les travaux publics pour la ville de Lyon. Le confinement a servi de déclencheur. Trois mois après la création de l’entreprise, les deux cofondatrices sont tombées enceintes en même temps.

« En tant qu'entrepreneuse et enceinte, le congé mat n'existe pas vraiment. »

Le quotidien s’est transformé en exercice d’équilibrisme : négocier des contrats en changeant une couche, passer des interviews avec un bébé qui gazouille en arrière-plan, démarcher des magasins avec une poussette. Elles ne se sont pas excusées. Elles se sont imposées. Et leurs interlocuteurs ont suivi.

Moins de 3 % des femmes osent lever des fonds

Le milieu du vélo en France reste dominé par les hommes. Quand Suzon & Suzette a commencé à démarcher les magasins de vélo, tous les interlocuteurs étaient masculins. Expliquer l’intérêt d’une attache-jupette, un accessoire qui permet aux femmes de pédaler en jupe sans que le tissu s’envole ou se prenne dans les roues, relevait parfois du dialogue de sourds.

Le problème dépasse le secteur du vélo. Moins de 3 % des femmes entrepreneuses en France font des levées de fonds. Ce chiffre dit tout sur la place qu’on leur laisse dans le monde entrepreneurial. Dans le vélo, le biais est encore amplifié par l’association culturelle entre cyclisme et performance sportive, un univers codé masculin jusque dans les rayons des magasins.

« Quand on devait convaincre de l'intérêt de l'attache-jupette pour que les femmes puissent pédaler en jupe, on se sentait un peu seules. »

Des accessoires vélo pensés par des femmes, pour tout le monde

Suzon & Suzette fabrique des accessoires vélo made in France, solidaires et écoresponsables. L’attache-jupette est le produit phare, mais la gamme répond à d’autres problématiques concrètes : l’usure des pantalons, la gestion des cheveux longs sous un casque, le transport des courses et des enfants en plus du trajet domicile-travail.

Car les trajets des femmes à vélo diffèrent souvent de ceux des hommes. Une vélotaffeuse ne fait généralement pas un aller-retour direct entre la maison et le bureau. Elle dépose les enfants, récupère le pain, passe chercher les courses. Ces besoins supposent des équipements adaptés : paniers, sacs, systèmes de fixation. Sans regard féminin dans la conception, ces usages restent ignorés.

« Si on ne met pas des femmes dans le milieu du vélo, que ce soit au niveau politique, développement ou produit, on restera sur un univers masculin. »

Laetitia et Anne-Charlotte interrogent régulièrement leur communauté sur Instagram pour identifier les difficultés du quotidien. C’est cette écoute qui alimente la création de nouveaux produits.

L’apprentissage du vélo commence dès l’enfance

Le déséquilibre entre femmes et hommes à vélo ne naît pas à l’âge adulte. L’association Roues Libres a documenté un fait peu connu : l’apprentissage du vélo est moins fréquent et plus tardif chez les petites filles que chez les petits garçons. Cette inégalité précoce a des conséquences durables. Le public des vélos-écoles est à 80 % féminin, signe que de nombreuses femmes adultes n’ont jamais appris à pédaler.

Des initiatives existent pour combler ce fossé. L’association bruxelloise Ride Your Future, avec son programme Elles en Selles, travaille à lever les freins qui empêchent les femmes d’accéder au vélo : aisance sur la route, entretien mécanique, occupation de l’espace public. Mais le changement structurel passe aussi par l’éducation des garçons, pour que la présence des femmes dans le monde du vélo cesse d’être une exception.

« L'apprentissage du vélo est moins fréquent et plus tardif chez les petites filles que chez les petits garçons. »

Made in France : mettre fin à la contradiction

Suzon & Suzette ne se contente pas d’adresser la question du genre. L’entreprise porte aussi une exigence de cohérence environnementale. Faire du vélo pour réduire son empreinte carbone tout en utilisant des accessoires fabriqués à des milliers de kilomètres, c’est une contradiction que les deux cofondatrices refusent. Tous leurs produits sont fabriqués en France, dans des ateliers de réinsertion.

Pour Laetitia, le vélo est une des solutions majeures face à l’enjeu écologique. La voiture électrique ne suffira pas. Des accessoires qui rendent la pratique confortable en toute saison, sous la pluie, en hiver, en jupe, contribuent à mettre plus de monde en selle. C’est la mission de Suzon & Suzette : plus de vélos, plus de femmes sur le vélo, plus de femmes dans le milieu du vélo.

« Notre objectif, c'est de faire en sorte qu'il y ait le plus de monde possible sur les vélos. »

Questions fréquentes

Le cyclisme en France reste culturellement associé à la performance sportive, un univers codé masculin. Moins de 3 % des femmes entrepreneuses font des levées de fonds, et les magasins de vélo proposent majoritairement des accessoires pensés par et pour des hommes. L’apprentissage du vélo, moins fréquent et plus tardif chez les petites filles, renforce ce déséquilibre dès l’enfance.

L’attache-jupette est un accessoire créé par Suzon & Suzette qui permet aux femmes de pédaler en jupe ou en robe sans que le tissu s’envole ou se prenne dans les roues du vélo. Ce produit répond à une problématique quotidienne ignorée par les fabricants traditionnels d’accessoires vélo.

Les trajets des femmes à vélo sont souvent plus complexes que ceux des hommes. En plus du trajet domicile-travail, elles déposent les enfants, récupèrent les courses et enchaînent plusieurs arrêts. Ces usages nécessitent des équipements adaptés comme des paniers et des sacs, rarement proposés dans les magasins de vélo classiques.

Selon l’association Roues Libres, l’apprentissage du vélo est moins fréquent et plus tardif chez les petites filles. Résultat : de nombreuses femmes adultes n’ont jamais appris à pédaler. Les vélos-écoles accueillent un public à 80 % féminin, preuve que cette inégalité d’apprentissage persiste et freine la pratique du vélo chez les femmes.

Tous les accessoires Suzon & Suzette sont fabriqués en France, dans des ateliers de réinsertion. Les cofondatrices refusent la contradiction de promouvoir le vélo comme mode de transport écologique tout en vendant des équipements produits à des milliers de kilomètres. La fabrication locale et solidaire fait partie intégrante de leur projet.

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