L'épisode en détail
Le métier de coursière à vélo : bien plus que de la livraison
Marie Ravey est coursière à vélo chez Fends la Bise, à Lyon. Son quotidien : livrer tout type de marchandise à vélo cargo, aussi bien à des professionnels qu'à des particuliers. Un métier qui n'a rien à voir avec les plateformes comme Uber Eats. Chez Fends la Bise, une partie de l'équipe est en CDI, avec mutuelle et protection sociale. Marie a choisi le statut d'auto-entrepreneur pour garder la flexibilité sur ses horaires et pouvoir consacrer du temps à ses projets personnels.
« Uber Eats, c'est un système qui est vraiment pas respectueux du travailleur. Nous, on a une relation de confiance avec la boîte. »
La cyclo-logistique repose sur un modèle différent : des conditions de travail décentes, une relation employeur-salarié fondée sur l'écoute, et des process constamment réadaptés aux retours du terrain.
Les dangers de la route au quotidien
Pas un jour de travail sans mise en danger par un automobiliste, un chauffeur de bus ou, plus rarement, un autre cycliste. Les violences motorisées ne sont pas un mythe pour une coursière à vélo. Marie décrit un état d'hypervigilance permanente : anticiper les clignotants absents, deviner les trajectoires, rester en alerte du départ à l'arrivée.
Quand la pression monte, elle s'arrête cinq minutes au bord de la route, appelle un proche ou un collègue. Mais la passion pour le vélo l'emporte toujours sur la frustration.
« Un connard dans sa bagnole, c'est pas lui qui va m'empêcher de faire ce que j'aime faire. »
Un épisode révélateur : Marie a conduit une voiture le temps d'un week-end. Elle a détesté l'expérience. Prendre le volant après des mois à vélo rend palpable l'espace démesuré qu'occupe une automobile et la vulnérabilité des autres usagers.
Lyon, ville cyclable : un terrain de jeu privilégié
Marie reconnaît que Lyon offre des aménagements cyclables de qualité par rapport à d'autres villes françaises ou européennes. Même si certains trouvent à redire, la municipalité a investi dans des infrastructures qui rendent le vélotaf et la cyclo-logistique praticables au quotidien. Comparé à Bruxelles, par exemple, c'est un avantage considérable pour exercer ce métier dans de bonnes conditions.
Changer de carrière pour le vélo : assumer ses choix
Avant de devenir coursière, Marie a fait cinq ans d'études supérieures et travaillé deux ans dans le marketing outdoor. Le déclic est venu un hiver, quand elle a réalisé qu'elle passait ses journées derrière un écran sans voir la lumière du jour. La reconversion n'a pas été simple à expliquer, surtout à ses parents qui avaient financé ses études.
« Mes parents ont compris quand ils ont vu que ça m'épanouissait. Tout ce qu'ils veulent, c'est que je sois bien. »
Le regard de la société pèse aussi. Sur le papier, livrer des colis n'a rien de prestigieux comparé à un poste de cadre. Mais Marie revendique l'utilité de son métier et le bonheur qu'il lui procure. La question du « diplôme gâché » revient souvent dans les discussions, et elle la balaie : cinq ans d'études, c'était un passage, pas une prison.
Ce qui rend le métier addictif
Être dehors, voir le soleil même les jours gris, faire du vélo comme activité principale, rencontrer des gens différents chaque jour. Marie liste les ingrédients qui rendent la cyclo-logistique addictive. Elle ne se voit pas rester coursière toute sa vie, le métier étant physiquement exigeant et mentalement fatigant à cause des risques routiers. Mais pour l'instant, après huit mois, elle ne ressent aucune envie de partir. Objectif : au moins deux ans chez Fends la Bise.
Une communauté soudée et inclusive
La cyclo-logistique rassemble des profils variés dans une ambiance que Marie qualifie de formidable. Chez Fends la Bise, les collègues forment une vraie communauté où le genre n'est pas un sujet. Marie n'a jamais été traitée différemment parce qu'elle est une femme dans un milieu majoritairement masculin. Le secteur se montre aussi ouvert sur les questions LGBT.
« C'est un espace où je me sens en sécurité. Franchement, c'est une belle communauté que j'aime beaucoup. »
Sensibiliser par l'exemple : l'influence au quotidien
Marie utilise sa notoriété sur Instagram (plus de 10 000 abonnés sous le pseudo Une Particule) pour sensibiliser aux enjeux de la cohabitation sur la route. Son approche : pas de grand militantisme, mais une parole concrète auprès de son entourage et de sa communauté en ligne. Chacun peut contribuer à faire évoluer les comportements, même à petite échelle.
Elle évoque aussi le permis vélo qu'elle a passé enfant à l'école, une initiative d'éducation au code de la route dès le plus jeune âge. Un dispositif qui mériterait d'être généralisé, selon elle, pour donner confiance aux enfants et les préparer à circuler à vélo en toute autonomie.


