L'épisode en détail
De la chute libre à la reconversion professionnelle dans le vélo
Le parcours de Franck Girardot n'a rien d'un conte de fées linéaire. Ancien chef de projet, entrepreneur puis consultant en stratégie et marketing, il a connu une faillite retentissante sur un projet immobilier à Bali pesant 15 millions d'euros et impliquant plus de 200 personnes. S'en sont suivis deux séjours en prison, de cinq et dix mois respectivement. C'est pourtant derrière les barreaux, pendant le Covid, que le déclic s'est produit grâce à des reportages télévisés sur le vélo.
« En prison, je regardais des reportages sur le vélo et je me suis dit : c'est ça que je veux faire de ma vie. »
Cette reconversion professionnelle dans le vélo n'est pas un caprice passager. Franck s'inscrit au CNPC de Saint-Denis pour une formation en mécanique vélo, dans le cadre du dispositif ADMA/ROSO, sous la houlette du formateur Bruno Bonnefoy. Un choix radical, assumé, qui l'amène à repartir de zéro.
Le vélo en bambou : un projet fondateur
Avant de plonger dans la cyclo-logistique, Franck se lance dans la construction d'un vélo en bambou avec Thomas Mazurier des Vélos Brestois. Le duo réalise un périple de Brest à Chartres sur ce cadre artisanal, une aventure qui ancre définitivement le vélo comme colonne vertébrale de sa nouvelle vie professionnelle.
« Construire un vélo en bambou, c'est comprendre la mécanique dans ses tripes. Tu ne regardes plus jamais un vélo de la même façon. »
LinkedIn comme tremplin de reconversion
Partant d'un réseau professionnel réduit à néant après ses déboires, Franck utilise LinkedIn comme outil principal de reconstruction. Publication régulière, partage d'expérience sans filtre, connexions ciblées dans l'écosystème vélo. La plateforme devient son levier pour se faire connaître dans un milieu où il n'avait aucune entrée.
Sygogne et la cyclo-logistique parisienne
La reconversion prend une dimension concrète quand Franck rejoint Sygogne, une entreprise d'insertion spécialisée en cyclo-logistique à Paris, fondée par Hugues de Cargorlais. La flotte compte 12 vélos (6 modèles G4 et 6 V2 de 12 Cycles) et 8 remorques runners Flexi-Modal. L'échelle est modeste mais les enjeux sont réels : logistique du dernier kilomètre, insertion professionnelle, maintenance quotidienne.
« La cyclo-logistique, c'est de la logistique avant tout. Le vélo est un outil, pas une fin en soi. »
Franck pose un regard lucide sur le secteur. Les cassettes, chaînes et plateaux sont des consommables qui s'usent vite en usage professionnel intensif. L'immobilisation d'un vélo pour maintenance pèse directement sur la rentabilité. Les marques utilisées, 12 Cycles, Cluster/Frigone, Vuf, Omnium ou Flexi-Modal, sont choisies pour leur robustesse et leur réparabilité.
La fin de la cyclo-logistique puriste
Franck ne mâche pas ses mots sur l'avenir du secteur. Selon lui, la cyclo-logistique puriste, celle du biporteur léger piloté par des passionnés, touche à ses limites. L'évolution pointe vers des véhicules plus lourds : tricycles, motorisations plus puissantes, capacités de charge accrues. Il anticipe potentiellement 100 000 livreurs à vélo d'ici 2050, dont la grande majorité ne seront pas des cyclistes convaincus mais des travailleurs cherchant un emploi.
« Dans dix ans, le livreur à vélo type ne sera pas un passionné de vélo. Ce sera quelqu'un qui cherche un boulot. Et c'est très bien comme ça. »
L'écosystème cargo en pleine structuration
Au fil de la conversation, Franck dresse une cartographie du secteur : les Cargonautes, Tout en Vélo à Rennes, Urbike à Bruxelles, Springer Heads, Narvelo. Il mentionne le programme Ma Cyclo-Entreprise porté par Les Boîtes à Vélo, le Cargo Bike Festival de Lyon sur la place Bellecour, et son propre livre « Vélo Cargo », un polar ancré dans l'univers de la cyclo-logistique.
« Le longtail est probablement le produit à plus forte croissance dans le vélo urbain. C'est l'alternative crédible à la deuxième voiture. »
Le longtail s'impose comme le segment le plus dynamique du marché, positionné comme alternative réaliste à la voiture pour les familles urbaines. Un constat partagé par de nombreux acteurs du secteur, qui voient dans ce format le pont entre usage sportif et transport quotidien.



