L'épisode en détail
CosmoConnected : rendre les cyclistes visibles en ville
CosmoConnected fabrique un feu de freinage connecté destiné aux cyclistes, trottinettistes et utilisateurs de mobilités douces. Fondée en 2015 par Romain Afflelou et Frédéric Medj, la startup part d'un constat simple : les voitures sont de plus en plus hautes, notamment avec les SUV, et les usagers vulnérables de la route sont de moins en moins visibles. Le produit phare est un feu arrière intelligent qui se fixe sur un casque, une selle ou un sac à dos. Il détecte automatiquement les freinages et signale les changements de direction, ajoutant une couche de communication entre le cycliste et les véhicules qui le suivent. Pierre Lagrange, social media manager de la marque, explique la vision de l'entreprise dans cet épisode du podcast Vélotaf.
Du vélotaf étudiant à Rennes au vélotaf parisien
Pierre roule à vélo depuis 14 ans. Il a commencé à Rennes pendant ses études, sans même se poser la question : le vélo était plus rapide, plus économique, plus libre. La ville bretonne, à taille humaine, se traverse en trois quarts d'heure maximum. Son arrivée à Paris n'a rien changé à l'habitude. Il a d'abord utilisé le Vélib entre le 16e et le 10e arrondissement, puis est passé à un vélo personnel, un vieux Peugeot vintage qu'il restaure pièce par pièce.
« Le vélo, pour moi, c'est même un objet que j'aime bichonner. Réparer, optimiser. Il n'y a que le cadre qui est d'origine. »
Pierre voit le vélotaf comme un mode de vie autant qu'un mode de transport. Il souligne la liberté retrouvée par rapport au métro, la disparition du stress lié aux transports en commun, et la possibilité de redécouvrir sa ville au fil de trajets variés. Il connaît Paris mieux que beaucoup de Parisiens qui prennent le métro depuis 20 ans.
Vélotaf à Paris vs Rennes : deux réalités distinctes
La comparaison entre les deux villes révèle des écarts importants. Rennes dispose d'un centre-ville largement piétonnier, avec la place de la République entièrement fermée aux voitures. Le Vélostar, équivalent local du Vélib, a pris immédiatement. La circulation y est naturellement apaisée.
« À Paris, c'est la guerre, on ne va pas se mentir. Ça klaxonne, ça dépasse n'importe comment. »
Paris impose une conduite plus sportive, avec ses grands boulevards haussmanniens à trois voies où les voitures peuvent rouler à 70 km/h. Pierre identifie ce danger réel comme le principal frein au vélotaf parisien. Le vélo à assistance électrique compense en partie le problème : il permet de maintenir une vitesse moyenne suffisante pour ne pas subir la pression des véhicules motorisés derrière soi.
Le débat sur le port du casque à vélo
CosmoConnected vend un produit qui se fixe sur un casque, mais Pierre refuse de trancher le débat de manière catégorique. Des études montrent des effets contradictoires. Le casque protège incontestablement en cas de chute. Pierre en a fait l'expérience directe : son casque a heurté un poteau parisien à sa place.
« Il y a une étude sur la distance de dépassement : la voiture prenait moins de distance quand le cycliste était casqué que quand il ne l'était pas. »
Le cycliste casqué semble moins vulnérable aux yeux des automobilistes, qui prennent alors moins de précautions. Le cycliste lui-même peut adopter un comportement plus risqué en se sentant protégé. Ces biais existent, même s'ils ne concernent pas tous les usagers. Pierre note que la question se pose différemment pour la trottinette, où la chute projette directement la tête en avant sans aucun amortissement. Il trouve surprenant que le casque n'y soit pas obligatoire. Le feu CosmoConnected s'adapte à tous les cas : il peut se fixer sur la selle, un sac à dos ou un harnais, indépendamment du port du casque.
Promouvoir le vélotaf par l'économie et le confort
Pour Pierre, deux arguments restent sous-exploités dans la promotion du vélotaf. Le premier est économique : se déplacer à vélo coûte moins cher qu'en voiture ou en transports en commun. Dans une société où tout le monde ne gagne pas confortablement sa vie, cet argument parle à tous.
« La pénibilité du vélo est encore trop marquée. Les gens se disent que ce n'est pas aussi confortable qu'une voiture. En fait, tu peux adapter le vélo à ta pratique et à ton confort. »
Le second argument est le confort. La peur de la pluie ou de la chaleur bloque beaucoup de candidats potentiels. Pierre rappelle qu'en Belgique, il ne pleut que 7 % de l'année, et qu'à Paris, c'est encore moins. S'équiper correctement ne coûte pas une fortune. Le vélotaf peut devenir une expérience plaisante dès lors qu'on adapte son équipement à ses besoins. Pierre mentionne aussi la dimension écologique, tout en refusant le greenwashing : même un VAE s'inscrit dans une démarche responsable, malgré la question non résolue du traitement des batteries. Il regrette que le vélo soit parfois récupéré politiquement, alors qu'il devrait simplement faire partie d'une routine quotidienne, comme le tri des déchets.






