Saison 3

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Le vélotaf a-t-il de l'avenir dans nos campagne ? avec Charles Merlin de Vivre Moins Co*

12.8.2025

Charles Merlin a passé trois ans à réparer des vélos chez Décathlon avant de lancer Vivre Moins Con en septembre 2022 sur TikTok puis Instagram. Le concept : vulgariser l'actualité écologique avec un angle critique et engagé. Sa présence sur les réseaux sociaux crée un pont entre mécanique vélo, écologie et communication numérique. Merlin prouve qu'un ex-mécano bruxellois peut devenir la voix de l'écologie auprès d'une jeunesse en quête de discours authentiques.

L'épisode en détail

Quand un ex-mécano vélo de Décathlon devient la voix de l'écologie sur TikTok

Charles Merlin a passé trois ans à réparer des vélos chez Décathlon, dans un magasin parisien. En septembre 2022, il lance Vivre Moins Con sur TikTok, puis Instagram. Le concept : vulgariser l'actualité avec un angle engagé, en s'appuyant sur un vrai travail de revue de presse, recoupé, sourcé. Écologie, justice sociale, inégalités, droit des minorités. Aujourd'hui, c'est son métier à temps plein.

Son lien avec le vélo ne date pas d'hier. Charles a grandi à la campagne, où il passait ses journées sur deux roues avec les autres enfants du village. Arrivé à Paris, il est passé par les transports en commun, puis le Vélib', avant d'acquérir son propre vélo. Et là, changement radical.

« Le fait d'avoir mon propre vélo, ça m'a changé la vie. Il y a vraiment eu un avant et un après. Le Vélib', c'est cool, mais on n'a pas la même liberté. On est toujours rattaché aux bornes. »

Le vélo en campagne : un potentiel inexploité

Charles le constate : le vélo répond à une politique de l'offre. Les villes ont investi dans les infrastructures cyclables, et les usagers ont suivi. En zone rurale, les distances sont plus longues, certes. Mais des trajets de 10, 15 ou 20 kilomètres restent faisables, surtout avec l'essor du vélo électrique. Les Pays-Bas le démontrent au quotidien : des gens y pédalent 30 à 40 minutes matin et soir, sur des pistes sécurisées, en retrait des voitures.

Le problème n'est pas la motivation des cyclistes potentiels. C'est l'absence d'infrastructures qui leur donneraient confiance. Sans pistes protégées, le vélo en campagne reste perçu comme un loisir du dimanche, pas comme un mode de déplacement crédible.

« Je pense qu'il y a des gens qui feraient une demi-heure, 40 minutes de vélo le matin et le soir. Comme il y a des gens aujourd'hui qui font 30, 40 minutes de voiture. Il faut juste des pistes bien sécurisées, bien en retrait. »

Le lobby automobile, frein structurel au changement

Pourquoi le vélo reste-t-il si peu valorisé en France et en Belgique, comparé aux Pays-Bas ou au Danemark ? Pour Charles, la réponse est avant tout économique. Un conglomérat d'entreprises (industrie automobile, infrastructures routières, énergies fossiles) exerce une influence directe sur les politiques publiques de mobilité. Cette influence façonne aussi les imaginaires, à travers la publicité, le cinéma, les médias.

Le résultat : une culture de la voiture profondément ancrée. Charles rappelle la phrase d'Emmanuel Macron, « J'adore la bagnole », qui selon lui visait à rassurer à la fois les intérêts économiques du secteur et le puissant lobby de 40 millions d'automobilistes.

« Aujourd'hui, enclencher un changement qui sort du tout-voiture vers plus de vélo, ça sert l'intérêt général. Mais ça dessert des intérêts particuliers qui sont économiques et qui sont puissants. Les autorités n'ont pas encore eu le courage suffisant. »

L'exemple néerlandais revient souvent dans la conversation. Charles souligne que la transformation des Pays-Bas n'a rien eu de paisible : les vents contraires étaient puissants, mais les gouvernements de l'époque ont fait preuve d'un véritable courage politique, convaincus que l'intérêt général l'exigeait.

Le Covid comme accélérateur, les aides publiques comme preuve

Charles l'a vécu de l'intérieur chez Décathlon : pendant le Covid, la fréquentation des ateliers vélo a explosé. En France, une prime gouvernementale (environ 120 euros) permettait de remettre en état un vieux vélo. Des dizaines de milliers de vélos dormaient dans les garages et les caves. Beaucoup de gens ont saisi l'occasion.

La leçon est claire : quand les pouvoirs publics donnent un coup de pouce financier ou investissent dans les infrastructures, les gens suivent. Ce n'est pas un problème de demande. C'est un problème d'offre politique.

Le SUV, nouveau mainstream

Olivier de Schutter pose la question du statut social lié à la voiture, particulièrement en Belgique où la voiture de société est quasi systématique dès le premier emploi. Charles est catégorique : le SUV reste un marqueur de statut, un signe extérieur de richesse qui révèle selon lui « une faille narcissique ».

« Quand je vois un SUV, je ne suis pas impressionné. Ce que je vois, c'est que ces personnes ont suffisamment d'argent et veulent le faire savoir. On pourrait avoir des voitures presque aussi spacieuses sans que ce soit des SUV. »

Olivier nuance : en Belgique, le SUV s'est tellement normalisé qu'il n'est même plus un marqueur de pouvoir. C'est devenu le modèle par défaut. Dans les catalogues de leasing, sur 10 voitures proposées, 9 sont des SUV. L'offre conditionne la demande, et les constructeurs ont intérêt à pousser ces modèles sur lesquels leurs marges sont plus importantes.

Quand les enfants iront seuls à l'école à vélo, on aura gagné

Pour Charles, il existe un indicateur simple pour mesurer si une ville est vraiment cyclable : un enfant de 10 ou 11 ans peut-il prendre son vélo et aller à l'école seul, sans que ses parents aient peur ? Ce jour-là, le cercle vertueux sera enclenché. Les habitudes se forgent pendant l'enfance. Si les enfants roulent dès le plus jeune âge, les générations suivantes suivront naturellement.

Olivier confirme d'ailleurs qu'en Flandre, sur son trajet matinal, il croise régulièrement des enfants qui pédalent seuls vers l'école. Mais dès qu'il entre dans Bruxelles, ils disparaissent.

Sortir de la bulle : le divertissement comme arme de persuasion

Charles le reconnaît sans détour : son audience lui ressemble. Plutôt jeune, plutôt blanche, plutôt classe moyenne, déjà un peu politisée. Pour toucher d'autres publics, il a dû repenser ses formats. Son approche journalistique classique ne parlait pas aux publics éloignés de la politique.

Il a testé une parodie de MrBeast pour parler d'injustice fiscale. Résultat : 2,5 millions de vues sur TikTok, 4,5 millions sur Instagram, et surtout des commentaires de publics complètement nouveaux.

« Si nous, les gens écolos, progressistes, on n'arrive pas à s'adresser à ces publics avec des formats qui leur parlent, on n'arrivera jamais à percer le mur du son. On n'arrivera jamais à sortir de nos cercles. »

Le parallèle avec le vélo est direct. Comme le dit le slogan de Bleen : « Make the transition sexy. » Les arguments rationnels sont là (santé, économies, qualité de vie, environnement). Il manque la deuxième pièce du puzzle : les affects, le désir, le plaisir. Le cerveau droit après le cerveau gauche.

Questions fréquentes

Les distances plus longues jouent un rôle, mais le facteur principal reste l'absence d'infrastructures cyclables sécurisées. Charles Merlin souligne que le vélo répond à une politique de l'offre : quand les villes investissent dans des pistes protégées, les usagers suivent. En campagne, des trajets de 10 à 20 km seraient tout à fait réalisables, surtout avec le vélo électrique, mais il faudrait des aménagements dédiés.

Selon Charles Merlin, un conglomérat d'entreprises (industrie automobile, infrastructures routières, énergies fossiles) influence directement les politiques publiques de mobilité. Ces acteurs façonnent aussi les imaginaires collectifs via la publicité et les médias, entretenant une culture du tout-voiture qui freine l'investissement dans les alternatives cyclables.

Pendant le Covid, le gouvernement français a proposé une aide d'environ 120 euros pour remettre en état un vélo existant. Des dizaines de milliers de vélos dormaient dans les garages et les caves. Cette incitation a provoqué un afflux massif dans les ateliers de réparation, comme Charles Merlin l'a constaté chez Décathlon où il travaillait alors comme mécanicien vélo.

Le vélo porte des valeurs de décroissance, de liberté et d'émancipation qui parlent aux jeunes. Charles Merlin note qu'il représente aussi un outil de subversion face au modèle dominant du tout-voiture. Pour les femmes en milieu urbain, c'est un moyen de transport libérateur qui permet de naviguer l'espace public avec plus de sérénité.

Charles Merlin plaide pour l'adoption de formats divertissants qui dépassent les cercles déjà convaincus. Sa parodie de MrBeast sur l'injustice fiscale (7 millions de vues au total) a prouvé que des codes empruntés au divertissement permettent de toucher des publics très éloignés des enjeux écologiques. La « bataille culturelle » passe par les affects, pas seulement par les arguments rationnels.

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