Saison 2

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45

Changer de vie et faire le choix du Made in France, avec ses défis et ses bénéfices

21.4.2024

Anne-Charlotte Péridon et Laetitia Cros ont quitté leurs emplois respectifs pour créer Suzon et Suzette, marque d’accessoires vélo fabriqués intégralement en France depuis 2021. Une paire de gants gelés pendant un trajet à vélo fut le déclic. Les deux fondatrices misent sur la qualité artisanale, le design et la production éthique. Ce choix du made-in-France impose des défis économiques mais affirme une alternative face au consumerisme mondialisé.

L'épisode en détails

Suzon et Suzette : des accessoires vélo made in France nés pendant le confinement

Anne-Charlotte Péridon et Laetitia Cros ont quitté leur emploi pour créer Suzon et Suzette, une marque d’accessoires vélo made in France basée à Lyon. Le déclic est venu d’un problème banal : des mains gelées malgré les gants pendant les trajets à vélo en hiver. Anne-Charlotte a cousu ses premiers manchons elle-même. L’entourage en a demandé d’autres. L’entreprise est née de là.

Le constat commercial était clair : la quasi-totalité des accessoires vélo vendus en France sont fabriqués en Chine. Seuls 3 % des vêtements et accessoires textiles sont produits sur le territoire français. Suzon et Suzette a décidé de se positionner sur ce vide, avec des produits colorés qui cassent les codes d’un univers vélo dominé par le noir et le gris.

« C'est complètement aberrant qu'aujourd'hui il y ait si peu d'équipements qui répondent à des problématiques réelles de cycliste et qui soient français. »

Des ateliers de couture solidaire à Lyon

La fabrication est confiée à des ateliers de couture solidaire en région lyonnaise. Ce choix ajoute une contrainte supplémentaire au sourcing, mais les fondatrices y tiennent. Anne-Charlotte avait découvert ces structures en travaillant pour la ville de Lyon. Elles se sont rendu compte qu’il existait davantage d’ateliers solidaires en France que ce qu’elles imaginaient.

La proximité géographique change tout dans la relation de production. Les fondatrices se rendent dans les ateliers pratiquement chaque semaine. C’est lors d’une visite qu’elles ont constaté que la pose manuelle des boutons-pression devenait trop éprouvante physiquement pour les couturières. Elles ont investi dans une machine pneumatique pour résoudre le problème. Ce type d’ajustement serait impossible avec une usine à l’autre bout du monde.

« On est pratiquement toutes les semaines dans nos ateliers. C'est vraiment un travail d'équipe. Quand on fait fabriquer à des milliers de kilomètres, il n'y a pas cette proximité-là. »

Fabriquer en France sans exploser les prix

Les manchons Suzon et Suzette se vendent à 55 euros, dans une fourchette de marché qui va de 35 à 90 euros. La compétitivité repose sur plusieurs leviers. La conception est pensée dès le départ pour simplifier la fabrication. L’approche zéro déchet permet de valoriser les chutes de tissu en produits dérivés comme le couvre-selle ou l’attache-jupette, ce qui réduit le coût matière.

Le compromis porte sur les marges. Fabriquer en France signifie marger moins que les concurrents qui produisent en Chine. Les magasins partenaires l’acceptent. Anne-Charlotte Péridon le formule sans ambages : on marge pour vivre, pas pour s’enrichir. Le modèle tient, mais il demande une discipline de conception et de gestion que toutes les marques ne sont pas prêtes à fournir.

« On marge pour vivre. On est dans une société où on s'enrichit sûrement trop quand on va faire produire ailleurs. »

De Decathlon à 100 magasins en trois ans

Trois mois après la création de l’entreprise, plusieurs Decathlon et Monoprix ont commandé les produits. Ce signal a convaincu les fondatrices de quitter définitivement leur emploi. Aujourd’hui, Suzon et Suzette est distribuée dans une centaine de magasins en France : Le Vieux Campeur, Nature et Découvertes, des indépendants comme Cycle Bleen dans la région lyonnaise, et depuis peu un point de vente à Bruxelles.

La méthode commerciale est restée artisanale. Au départ, Laetitia et Anne-Charlotte allaient frapper aux portes des magasins avec les manchons sous le bras. L’argument principal tenait en une phrase : c’est le seul manchon vélo fabriqué en France. Dans un marché où deux personnes sur trois disent accorder de l’importance à la provenance des produits, cet argument a suffi à ouvrir les portes.

« Les premiers gros enseignes qui nous ont ouvert la porte, ça a été Décathlon et Monoprix. Ça nous a fait passer de quelques paires de manchons à une vraie entreprise. »

Le Made in France dans le vélo : pourquoi si peu de marques le font

Le principal frein n’est pas le coût, c’est la complexité. En France, chaque composant doit être sourcé séparément : tissus, fournitures, ateliers. Le sourcing prend un temps considérable, surtout quand on débute sans réseau. À l’étranger, un seul interlocuteur gère tout, du prototype à la livraison. La facilité logistique de la délocalisation reste son meilleur argument commercial.

Fabriquer en France offre en contrepartie une réactivité que les chaînes longues ne peuvent pas égaler. Pas de colis bloqués en mer, pas d’aléas géopolitiques, pas de délai douanier. Les couturières elles-mêmes participent à l’amélioration des produits en suggérant des modifications techniques. Cette boucle de rétroaction courte est un avantage structurel du Made in France que les marques délocalisées ne peuvent pas reproduire.

« Nos couturières nous disent parfois : moi j'aurais plus fait ça sur votre manchon. On teste, et ça marche. »

Questions fréquentes

La marque Suzon et Suzette propose les seuls manchons de vélo 100 % Made in France, cousus en ateliers solidaires à Lyon. Ils sont disponibles dans une centaine de magasins en France, dont Decathlon, Le Vieux Campeur et Nature et Découvertes, ainsi qu’en ligne.

Les manchons Suzon et Suzette se vendent à 55 euros la paire. Ce prix se situe dans la moyenne du marché, qui va de 35 à 90 euros, tout en étant le seul produit entièrement fabriqué en France dans cette catégorie.

La complexité du sourcing en France est le principal frein. Chaque composant (tissus, fournitures, ateliers) doit être trouvé séparément, alors qu’à l’étranger un seul interlocuteur gère l’ensemble de la production. Les marges réduites du Made in France dissuadent aussi de nombreuses entreprises.

Les manchons se fixent directement sur le guidon et forment une protection intégrale contre le vent, le froid et la pluie. Contrairement aux gants, ils offrent une isolation complète des mains et permettent de conserver la mobilité des doigts pour freiner et changer de vitesse.

Un atelier de couture solidaire est une structure qui combine production textile et insertion professionnelle. Ces ateliers emploient des personnes éloignées du marché du travail et leur offrent une formation au métier de couturier. Suzon et Suzette fait fabriquer ses accessoires vélo dans plusieurs de ces ateliers en région lyonnaise.

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