L'épisode en détails
D’un projet étudiant à 50 remorques vélo partagées dans Bruxelles
Remorquable est née d’un groupe d’étudiants de l’ULB qui a remporté la bourse Stéphane-Essel avec une idée simple : construire une remorque vélo Bruxelles et la mettre en partage sur le campus. Le constat de départ tient en une phrase : une remorque est très utile, mais personne n’en a besoin tous les jours. Le modèle du partage s’imposait.
Le concept a pris une autre dimension en 2021 quand Remorquable a décroché un financement du projet Cargobike, un programme européen porté en partenariat avec Bruxelles Mobilité. En trois ans, l’association est passée d’une remorque bricolée à une flotte de 50 remorques construites localement, avec 26 antennes de prêt actives dans la ville et plus de 600 réservations en 2023.
« Une remorque à vélo, c'est très pratique pour transporter tout plein d'affaires, mais personne n'en a besoin tous les jours. L'idée, c'était d'en mettre une à disposition dans un lieu fixe. »
Des remorques fabriquées à Bruxelles et en open source
Toutes les remorques de Remorquable ont été construites sur place, dans l’atelier de Tournevie, une bibliothèque d’outils partagés installée à Bruxelles. Hélène, ancienne constructrice de décors de théâtre reconvertie après le Covid, a chapeauté seule la fabrication de 40 remorques. Le principe est volontairement artisanal : un cadre en acier, un plateau de bois, deux roues de vélo-cargo et une tige d’attelage.
L’association publie les plans de ses remorques en open source. Mathieu François l’explique sans détour : une remorque vélo n’a rien de compliqué, et si d’autres veulent reproduire le modèle ailleurs, tant mieux. Les seuls éléments sous-traités sont les roues, la découpe CNC des panneaux de bois et la peinture antirouille réalisée à Anvers.
« On partage les plans des remorques open source sur internet. Si ça peut être répliqué ailleurs par d'autres personnes, tant mieux. »
Louer une remorque : comment ça marche au quotidien
Le système fonctionne sur abonnement. L’utilisateur s’inscrit en ligne, paie une cotisation annuelle de 40 euros, puis réserve une remorque disponible dans l’une des antennes du réseau. Les antennes sont hébergées chez des partenaires associatifs, des magasins ou des institutions, à condition que le lieu soit sécurisé et fermé la nuit. Après plusieurs vols de remorques laissées dans la rue, l’association a durci ses critères de stockage.
L’attelage se fixe sur le moyeu de la roue arrière du vélo, avec un système compatible avec la plupart des vélos. Une attache coûte 8 euros et reste en permanence sur le vélo. Mathieu François ne cache pas que tirer une remorque chargée dans les côtes bruxelloises demande de la motivation. Le trajet prend deux à trois fois plus de temps qu’à vélo seul. Mais la contrepartie est réelle : pas de location de voiture, accès aux pistes cyclables et aux parcs, et une autonomie immédiate.
« Ce que tu vas perdre en confort, tu vas le gagner en autonomie. C'est tout l'intérêt de la remorque à vélo. »
Les remorques insolites : atelier, pizza, karaoké
Au-delà du prêt, Remorquable propose des animations mobiles avec une flotte de remorques spécialisées. La plus utilisée est la remorque atelier vélo, capable de supporter 200 kilos de matériel : établi, pieds d’atelier, outils, chambres à air, câbles. L’association se déplace dans Bruxelles pour proposer des réparations ou des ateliers participatifs où les gens apprennent la mécanique de base.
La gamme ne s’arrête pas là. Une remorque photo permet de tirer le portrait avec des appareils argentiques à soufflet et de développer les clichés sur place dans une chambre noire mobile. Une remorque ludothèque transporte jeux de société, badminton et pétanque pour animer les parcs. Une remorque cuisine embarque vaisselle et plaques de cuisson. Et la dernière née, la remorque four à pizza, utilise un système rocket stove construit à partir de barils recyclés pour cuire des pizzas en plein air.
« On a aussi une remorque karaoké. C'est aussi con que ça, mais en vrai, ça marche très bien. »
Convertir les automobilistes : le vrai défi de Remorquable
Avec une centaine de membres actifs et 600 réservations annuelles, Remorquable a prouvé que le modèle fonctionne. Mais Mathieu François reconnaît que le projet reste un produit de niche. La base d’utilisateurs se compose principalement de cyclistes déjà convaincus, prêts à fournir l’effort supplémentaire de tirer une remorque dans la ville.
L’ambition de l’association dépasse ce cercle. L’objectif est de remplacer une partie des trajets automobiles, notamment pour les déménagements urbains. La majorité des déménagements à Bruxelles se font dans la ville, sur de courtes distances, avec des volumes modestes. Pour ces usages, la remorque vélo constitue une alternative crédible à la location de camionnette. Reste à simplifier le parcours utilisateur jusqu’à le rendre aussi fluide que celui d’une trottinette en libre-service.
« Le plus dur, c'est de convertir les gens qui utilisent leur voiture. Nous, c'est ça qu'on a envie de faire : remplacer au moins une partie des voitures dans Bruxelles. »





