Saison 2

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Un mode de vie à vélo en zone semi-rurale c'est possible avec Guénaëlle des Vélotaffeurs Tressois

18.11.2024

La part modale du vélo en zone semi-rurale des coteaux bordelais plafonne obstinément à 1 % seulement, malgré que 60 % des trajets français fassent moins de 3 kilomètres faisables praticables très concrètement. Le manque criant d'infrastructures cyclables hors agglomérations denses révèle un angle mort systémique majeur des politiques publiques locales et un potentiel considérable de transformation mobilité rurale française.

L'épisode en détail

Le vélo en zone semi-rurale : un territoire oublié des politiques cyclables

Le vélo en zone rurale reste marginal : sur la communauté de communes des coteaux bordelais, la part modale du vélo plafonne à 1%. Pourtant, 60% des déplacements en France font moins de 3 kilomètres, et les zones rurales et semi-rurales représentent 80% du territoire. Guénaëlle Leroux a fondé les Vélotaffeurs Tressois à Tresses, commune de 5 000 habitants en Gironde, pour prouver que le vélo au quotidien est possible en dehors des métropoles. Son trajet : 11 kilomètres aller sur les coteaux bordelais, 22 kilomètres par jour en vélo électrique.

« 60% de nos déplacements, c'est pour faire moins de 3 km. C'est complètement anormal. On est devenu extrêmement fainéant. »

Pourquoi les zones rurales résistent au vélo

En métropole, la saturation des routes et des parkings a poussé les élus à investir dans les infrastructures cyclables. En zone rurale, le problème n'existe pas : se déplacer en voiture reste simple, rapide, avec du stationnement partout. Les élus ne voient pas de cyclistes et en concluent qu'il n'y a pas de demande. Or c'est l'inverse : c'est en créant des infrastructures qu'on crée des cyclistes.

Le principal frein cité par les habitants n'est pas le désintérêt mais la peur. Guénaëlle entend systématiquement la même réponse : "C'est super ce que vous faites, mais moi j'ai trop peur." Les statistiques le confirment : entre 60 et 80% des Français souhaiteraient utiliser le vélo pour les courses ou le trajet domicile-travail. Le blocage est infrastructurel, pas culturel.

Le vélotaf comme confort : un changement de perspective

Guénaëlle a d'abord pédalé les jours de beau temps, puis l'habitude s'est installée. Les bénéfices concrets ont fait le reste. Le temps de trajet est prévisible, quelles que soient les conditions de trafic. Le lâcher-prise est réel : fini l'œil rivé sur Google Maps pour surveiller les bouchons. Une demi-heure de vélo le matin génère des hormones positives, de l'énergie, une bonne humeur qui persiste au bureau. Le trajet du soir sert de décompression entre la journée de travail et la vie familiale.

« Quand j'arrivais en voiture, j'étais souvent très énervée. Je ne suis pas du tout dans les mêmes dispositions quand j'arrive au boulot le matin à vélo. »

Les rares jours où elle reprend la voiture, le sentiment d'emprisonnement dans les bouchons revient immédiatement. Le vélo électrique a rendu le trajet viable au quotidien malgré le relief des coteaux bordelais.

Le vélo-bus scolaire : sécuriser sans infrastructures

Sans pistes cyclables sécurisées, attendre que les aménagements arrivent revenait à ne rien faire. Les Vélotaffeurs Tressois ont créé un vélo-bus : un convoi organisé où les enfants roulent deux par deux, encadrés par des parents bénévoles à l'avant et à l'arrière. Trois lignes couvrent des distances de 1 à 2,5 kilomètres. Sur les tronçons sans aménagement, les parents arrêtent la circulation pour laisser passer le convoi.

Le succès est immédiat. Les enfants sont demandeurs, le lien social se crée entre familles, et le centre-bourg respire mieux le matin sans le ballet de voitures devant l'école. Au-delà de la mobilité, le vélo-bus répond à un enjeu de sédentarité infantile : les enfants deviennent acteurs de leur déplacement, développent leur vigilance et apprennent la collaboration.

« Quand on voit à l'arrivée leur sourire, c'est la meilleure des récompenses. Ils sont enchantés et ils réclament ce trajet à vélo. »

Plaidoyer local et résultats concrets

L'association a développé un arsenal d'actions complémentaires. Une fête du vélo annuelle (30 participants la première année, 50 la deuxième) avec un circuit sécurisé de 5 kilomètres dans Tresses. Des ateliers mécaniques pour démystifier l'entretien. Des parcours vélo pour enfants avec signalisation réelle (stops, cédez-le-passage, ronds-points). Des portraits de vélotaffeuses et vélotaffeurs pour montrer que c'est possible, avec itinéraires détaillés et conseils pratiques. Du co-vélotaf : aller bosser à plusieurs à vélo.

Le plaidoyer auprès de la mairie a porté ses fruits. Après un passage au conseil municipal pour défendre les bienfaits du concept, la commune de Tresses est passée en ville 30. L'association, membre du réseau FUB, communique régulièrement avec la collectivité pour signaler les points dangereux et proposer des améliorations de signalisation.

Convaincre les élus : six mois pour établir la confiance

L'accueil n'a pas été immédiatement enthousiaste côté mairie. Les élus se demandaient si l'association n'était pas trop revendicatrice. Il a fallu six mois de dialogue et de preuves par l'action pour installer la confiance. La communauté de communes, elle, a bien accueilli l'initiative dès le départ, un plan vélo ayant été lancé au même moment.

Le message de Guénaëlle aux futurs fondateurs d'associations cyclistes en zone rurale est direct : il ne faut pas attendre d'être nombreux. Elle a commencé à trois ou quatre personnes. La structure officielle (statuts, bureau, nom) légitime le discours auprès des élus. Les bénévoles suivent quand les résultats sont visibles.

Les enfants, adultes cyclistes de demain

Mettre les enfants à vélo dès le plus jeune âge répond à un triple objectif. Lutter contre la sédentarité : les enfants ne participent plus à leur déplacement, déposés en voiture matin et soir. Créer des souvenirs positifs liés au vélo, qui faciliteront le passage au vélotaf à l'âge adulte. Et former des automobilistes empathiques : un enfant qui a roulé à vélo dans le trafic comprendra, une fois au volant, ce que ressent un cycliste doublé de trop près.

« Tous ces enfants, ce sera nous demain. C'est dès le plus jeune âge que cette sensibilisation doit être faite. »

L'épisode s'inscrit dans le contexte du décès de Paul Varry, cycliste tué par un automobiliste à Paris. Un rappel que la sécurité des cyclistes dépend du travail de terrain mené par des bénévoles comme Guénaëlle, commune par commune.

Questions fréquentes

Trois ou quatre personnes suffisent pour démarrer. Créez une structure officielle avec des statuts pour légitimer votre action auprès des élus. Prenez contact avec la mairie, le réseau FUB et les rares cyclistes de votre commune. Les résultats concrets (vélo-bus, fête du vélo, portraits de vélotaffeurs) attirent ensuite les bénévoles et la confiance des élus.

Un vélo-bus est un convoi organisé où les enfants roulent deux par deux, encadrés par des parents bénévoles à l'avant et à l'arrière. Créez des lignes de 1 à 2,5 km en privilégiant les lotissements et voies calmes. Sur les tronçons sans aménagement, les parents régulent la circulation pour laisser passer le groupe.

En zone rurale, se déplacer en voiture reste facile : pas de bouchons, du stationnement partout. Les élus ne voient pas de cyclistes et n'investissent pas dans les infrastructures. Pourtant, 60 à 80% des habitants souhaiteraient utiliser le vélo. Le frein principal n'est pas le désintérêt mais le sentiment d'insécurité lié à l'absence d'aménagements.

Le vélotaf offre un temps de trajet prévisible (pas de bouchons), une dépense physique qui génère énergie et bonne humeur, et un sas de décompression entre le travail et la maison. Le lâcher-prise face aux aléas de la circulation est un bénéfice souvent cité par les vélotaffeurs réguliers.

Environ 60% des déplacements en France font moins de 3 kilomètres, une distance facilement réalisable à vélo ou à pied. Les zones rurales et semi-rurales, qui représentent 80% du territoire français, concentrent une grande partie de ces trajets courts effectués en voiture.

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