L'épisode en détails
De WMNride au Casual Cycling Club : combler un vide à Bruxelles
Marie Hargitt roulait au quotidien à Bruxelles quand elle a rejoint WMNride, un club féminin fondé par Julie Borgers. Le niveau y était élevé, les vélos de course la norme. Malgré l’écart, elle a persisté jusqu’à atteindre le rythme du groupe. Mais c’est précisément ce fossé entre le vélo du quotidien et le vélo sportif qui l’a poussée, avec Alison Abrams, à créer le Casual Cycling Club en 2021 pendant le Covid. Leur première sortie : 12 personnes, Bruxelles-Hoeilaart, vélos de ville, pique-nique et retour. L’objectif : offrir un espace aux femmes, personnes trans et non-binaires qui ne trouvaient pas de groupe adapté à leur niveau.
Party pace, tempo, chase : des groupes pour chaque niveau
Le CCC a rapidement compris qu’un seul groupe ne suffisait pas. Les sorties dominicales (casual rides) se déclinent désormais en plusieurs allures. Le party pace accueille tous les vélos (ville, pliable, électrique) sous les 18 km/h de moyenne. Le tempo pace monte à 21 km/h pour les vélos de course et gravel. Le chase pace, le plus rapide, atteint 24 à 26 km/h lors des after-work rides du mercredi soir, d’avril à octobre, sur une cinquantaine de kilomètres au départ de Coureurs Brussels.
« On voulait créer un espace pour des personnes comme nous, qui ne se retrouvaient peut-être pas au niveau qu'il fallait pour rejoindre les autres groupes de vélo. »
Le même principe s’applique au off-road : trois groupes coexistent, du niveau débutant à l’intermédiaire, avec la forêt de Soignes à moins de 10 km du centre de Bruxelles comme terrain de jeu.
No-drop : ne jamais laisser personne derrière
Tous les rides du CCC suivent une règle stricte : no-drop. Si une participante ralentit, le groupe s’adapte. Personne ne rentre seule. Chaque sortie est encadrée par au moins un bénévole à l’avant et un à l’arrière. Le club compte aujourd’hui une vingtaine de bénévoles, recrutés individuellement parmi les participantes régulières plutôt que par appel général.
« On ne laisse jamais quelqu'un tomber par arrière. On essaye de s'adapter. C'est pour ça qu'on est no-drop sur tous nos rides. »
Ce fonctionnement tranche avec d’autres clubs bruxellois qui se disent ouverts à tous les niveaux mais où le rythme réel élimine les moins rapides. La différence se mesure dans les chiffres : depuis 2021, près de 700 personnes ont rejoint la newsletter du CCC.
Compétition, mécanique et workshops : élargir les horizons
Le CCC ne se limite pas aux sorties. Alison Abrams a monté deux équipes dans la ligue BCF à Bruxelles, une casual et une plus compétitive, contribuant à faire augmenter la présence féminine dans les courses amateurs. Côté technique, Marie a suivi une formation en mécanique vélo avant de devenir mécanicienne professionnelle. Elle anime avec d’autres des ateliers gratuits pour les membres : changer une chambre à air, remplacer des patins de frein, ou simplement se sentir à l’aise en entrant dans un magasin de vélo.
« Des fois, c'est difficile de s'imposer dans des milieux masculins. On ne se sent pas très à l'aise de demander les questions. Les workshops, c'est pour donner plus de confiance quand on rentre dans cet espace. »
Des collaborations avec Komoot ont permis d’organiser des ateliers de création d’itinéraires. Le CCC a aussi mis en place des programmes progressifs de distance : off-road de 30 à 115 km pour le Smuggler’s Path au Limbourg, et sur route de 30 à 100 km pour le Rafa 100 en septembre.
Un écosystème vélo bruxellois en réseau
Le CCC refuse de dupliquer ce qui existe déjà. Le club oriente ses membres vers d’autres initiatives quand l’offre correspond mieux à leur besoin. Les partenaires réguliers incluent Ride Your Future (workshops spécifiques en petits groupes), Les Déchaînés (ateliers mécanique et sorties engagées pour femmes, trans et non-binaires), Les Hirondelles à Molenbeek (apprentissage du vélo), et Coureurs Brussels (sorties sportives). Les ateliers mécanique du CCC tournent dans différents quartiers de Bruxelles pour rester accessibles géographiquement.
« On n'a pas trouvé nécessairement des sorties comme les nôtres. On a essayé de créer ce qui n'existait pas. Et ce qui existe déjà, on fait des promotions pour eux. »
Marie soulève une inquiétude pour 2025 : le changement de gouvernement en Belgique menace les subsides des ASBL vélo comme le GRACQ, Pro Vélo et Cyclo, dont certaines risquent de cesser leurs activités.
ASBL et cotisations : structurer la croissance
Jusqu’à récemment, Marie et Alison finançaient tous les frais du CCC de leur poche : communication, site web, logistique. Le passage en ASBL vise à pérenniser la structure et, à terme, obtenir des bourses. En décembre 2024, le club a lancé un système de cotisation annuelle de 5 à 45 euros, ajustable selon la situation économique de chaque membre. L’objectif : couvrir les frais administratifs sans créer de barrière financière.
« Le vélo reste quelque chose économiquement important. Le franchi pour rentrer dedans, c'est assez cher. On essaye de rester accessible. »
Pour l’avenir, le CCC envisage de faire intervenir des experts (nutrition sportive, récits de voyage), et rêve d’une flotte de vélos en prêt pour permettre aux membres de tester différents types de montures avant d’investir.






