Saison 2

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Du cyclisme de route à l'aventure : arrêter de se freiner et foncer - Sandra Jacques

17.3.2025

Sandra Jacques a découvert le vélo de route à vingt ans, entraînée par sa sœur après le passage du Tour de France. Son père a suivi. Cycliste en club, elle maîtrise le cyclisme de route compétitif. Mais progressivement, elle bascule vers l'aventure : voyages en bikepacking, exploration libre des territoires, déconnexion du cadre compétitif. Son évolution personnelle incarne une reconversion : passer du cyclisme fermé à l'aventure en deux roues, c'est se donner la permission de freiner moins.

L'épisode en détail

Du cyclisme en club au voyage solo : une reconversion par le vélo

Sandra Jacques a découvert le vélo de route à 20 ans, entraînée par sa petite sœur de 13 ans qui avait décidé, après avoir vu passer le Tour de France, de s'inscrire dans un club. Le père a suivi pour accompagner les entraînements, puis Sandra s'est lancée à son tour. Deux féminines dans un club masculin, des courses où elle se retrouvait larguée dès le premier tour, mais aussi deux participations à l'Étape du Tour, dont une mémorable Megève-Morzine en famille en 2016.

Puis la lassitude. Les entraînements par tous les temps, la pression de la performance. Sandra a « boudé le vélo » pendant plusieurs années. La redécouverte est venue par un tout autre angle : le voyage en solo. En 2021, en pleine remise en question professionnelle après 13 ans d'enseignement, elle a décidé de partir. Un copain lui a posé la question décisive lors d'un apéro : le manque de matériel adapté, n'était-ce pas juste une excuse ?

« J'avais ce copain qui m'a dit : mais Sandra, est-ce que ce ne serait pas une excuse ? Et je me suis dit, il a tellement raison. »

Son père lui a installé un porte-bagages sur son vélo de route avec des anneaux de serrage, un ami lui a prêté le matériel de camping, et elle est partie. Pas besoin d'un vélo spécialisé, pas besoin d'un budget conséquent. Le premier voyage a tout changé.

Roule ma Poupoule : quand l'écriture rencontre le voyage à vélo

Le blog est né « pour la blague », comme un carnet de voyage destiné aux copains. Sandra a créé un compte Instagram et Facebook sous le nom Roule ma Poupoule, un nom qu'elle a d'abord trouvé amusant avant de le voir devenir sa marque. Les textes partagés sur des groupes vélo Facebook ont trouvé leur public. Une communauté s'est construite.

La reconnaissance est venue progressivement. Sandra se fait reconnaître dans la rue, parfois en dehors de tout contexte vélo. Sur l'île de Ré, à pied, une abonnée l'a interpellée : « J'adore ce que vous faites. » Le blog a aussi ouvert une porte professionnelle. Le magazine 200, un trimestriel de référence sur le vélo, l'a contactée via les réseaux sociaux. Depuis deux ans, elle tient une chronique régulière intitulée « Sandra est en voyage », avec une liberté totale sur les sujets.

« À l'inverse de la rédaction web, qui est une écriture formatée axée sur le référencement, là j'ai la chance de pouvoir écrire librement avec une écriture plus littéraire. C'est vraiment mon petit bonbon, 200. »

Le tandem comme outil de sensibilisation urbaine

L'idée a germé pendant ses voyages solo, face aux remarques récurrentes : « J'adorerais faire ça, mais je ne peux pas. » Sandra a voulu prouver le contraire en allant à la rencontre de monsieur et madame tout le monde. Les premières tentatives avec un vélo classique n'ont pas fonctionné. Les gens n'avaient pas de vélo sous la main, n'étaient pas disponibles. Un ami lui a soufflé l'idée du tandem.

Le tandem suscite la curiosité, sert d'accroche, et résout le problème du matériel. Sandra prend les gens à leur arrêt de bus pour les emmener à la gare. L'idée lui est venue un jour où elle a traversé Fontainebleau avec la place arrière vide. Pourquoi ne pas la remplir ?

21 jours pour mettre Fontainebleau sur un vélo

Les résultats de l'expérience tandem sont modestes mais concrets. Yves, son premier passager d'arrêt de bus, a acheté un VTT à sa femme la semaine suivante. Sandra prépare une série de 21 vidéos, une par jour jusqu'au premier jour du printemps. Le format joue sur le concept des 21 jours pour changer une habitude. Son père la filme, elle arpente Fontainebleau avec le tandem à la recherche de volontaires.

Les refus sont fréquents, mais toujours accompagnés d'encouragements. Même sans monter à l'arrière, les passants sourient et l'encouragent. L'effet de surprise dans le quotidien des gens crée un impact que le discours seul n'aurait pas.

« Je ne peux pas garantir que mon action permettra de les mettre sur un vélo, mais le fait de les prendre par surprise dans leur quotidien, ça bouscule un peu. Le soir, ils auront un truc à raconter. »

Le voyage à vélo au féminin : désacraliser la pratique solo

Les retours féminins comptent parmi les plus grandes satisfactions de Sandra. Des femmes lui écrivent pour lui dire qu'elles se sont lancées grâce à elle. Les freins qu'elles se mettent (peur de se perdre, de ne pas savoir monter une tente, de crever) sont surmontables. Sandra voyage à vélo depuis 2021 et n'a pas crevé une seule fois.

Au festival du voyage à vélo au Mans, quatre femmes ont témoigné sur le voyage solo devant une salle bondée, des gens debout et assis par terre. Trois d'entre elles s'étaient retrouvées seules par accident, pas par choix initial. Toutes ont désacralisé la pratique. Pas un mot sur la performance. Le voyage à vélo, tel qu'elles le décrivent, c'est un mode de déplacement adaptable : 20 km dans la journée ou 150, selon l'envie et la forme.

« Les femmes se mettent encore plus de freins. Elles ont peur de ne pas réussir à naviguer toutes seules, peur de se perdre. Ce sont des freins qui sont facilement surmontables. »

Dépasser ses propres barrières : le fil rouge

Sandra n'était pas une sportive. Dernière choisie pour faire les équipes à l'école, aucune prédisposition. Le sport est arrivé tard, à 20 ans. C'est précisément ce qu'elle met en avant : si elle a pu le faire, n'importe qui peut le faire. Le voyage à vélo n'est pas un sport extrême.

La question revient souvent : est-ce qu'on revient transformé d'un voyage à vélo ? Sandra ne le croit pas. C'est plutôt une manière de mettre sa vie sur pause. Les problèmes sont toujours là au retour, mais on les envisage différemment. Le film « À bicyclette », qui retrace le voyage du fils de Mathias, confirmé par la réponse de Mathias lui-même : non, il n'a pas trouvé ce qu'il était venu chercher. Et c'est peut-être le point.

« Je ne crois pas que ça te transforme profondément. Mais ça te permet de voir les choses différemment. C'est vraiment une manière de mettre ta vie sur pause. »

Voyager à vélo avec son chien

Les premiers voyages, Sandra faisait garder son chien. Puis il a vieilli, et elle n'a plus voulu le laisser. Elle l'a installé dans un panier sur le porte-bagages (10-11 kg), avec une petite remorque en alternance pour les moments de repos. Le rythme change : plus de pauses, des courses à faire vite pendant que le chien attend dehors, une douche à expédier.

Cet été, Sandra et son chien ont fait Fontainebleau-Brest. Le retour en train, qu'elle redoutait (démonter la remorque sur le quai, gérer le chien et les sacoches), s'est passé sans accroc. Astuce : prendre le TER au terminus pour avoir un wagon vide, et prévoir du temps entre les correspondances.

« Je regrette de ne pas l'avoir fait plus tôt. On imagine toujours que les choses vont être plus compliquées qu'elles ne le sont. »

Questions fréquentes

Sandra Jacques a commencé avec un vélo de route classique, un porte-bagages fixé avec des anneaux de serrage et des sacoches bon marché. Un ami lui a prêté le matériel de camping. Le bikepacking rend les choses encore plus accessibles aujourd'hui. Le frein principal n'est pas le matériel, c'est la décision de partir.

Sandra voyage seule depuis 2021 et n'a jamais eu de problème majeur. Les freins les plus courants (peur de se perdre, de ne pas savoir réparer, de monter sa tente seule) sont surmontables avec un minimum de préparation. Plusieurs voyageuses témoignent que le voyage solo s'est imposé par les circonstances, pas par choix initial, et qu'elles recommenceraient sans hésiter.

Oui. Sandra a voyagé avec un chien de 10-11 kg, installé dans un panier sur le porte-bagages ou dans une petite remorque. Le rythme est plus lent et les pauses plus fréquentes. Le retour en train est faisable à condition de prévoir du temps entre les correspondances et de partir d'un terminus pour avoir un wagon vide.

Sandra utilise un tandem pour proposer des trajets spontanés aux passants et usagers des transports en commun à Fontainebleau. Le tandem suscite la curiosité et élimine le frein du matériel. L'effet de surprise dans le quotidien des gens a plus d'impact qu'un discours sur les bienfaits du vélo.

Sandra Jacques a commencé le sport à 20 ans, sans prédisposition particulière. Son premier voyage à vélo a été monté avec un budget minimal (porte-bagages bricolé, sacoches pas chères, matériel de camping emprunté). Le voyage à vélo s'adapte à chacun : 20 km par jour ou 150, selon son rythme. L'accessibilité du bikepacking rend le démarrage encore plus simple aujourd'hui.

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