Des mains disposent des cartes illustrées reliées par des flèches sur une grande feuille, pendant un atelier de fresque

Guide

9
min de lecture

Comment créer une fresque ? Découvrez notre méthode !

Olivier De Schutter

Managing Partner chez Bleen

En bref

Une fresque est un jeu sérieux joué en équipe avec des cartes : les participant·es y relient causes, conséquences et solutions d’un enjeu de société. Pour en créer une, Bleen suit sa méthode des 10B, en dix étapes, et compte au moins 50 à 100 jours de travail. À l’animation, priorité au cadre de confiance et à la parole de chacun·e.

Comme le disait Nelson Mandela « L’éducation est l’arme la plus puissante que vous pouvez utiliser pour changer le monde ». Cette citation vous parle ? Si oui, notre article devrait vous plaire !

Utiliser des fresques a profondément transformé la manière dont nous sensibilisons, formons et mobilisons autour des enjeux de durabilité. En quelques années, nous avons pu créer cinq fresques : Fresque des déchets médicaux, Fresque de la tech, Fresque du greenwashing, Fresque de l’inclusion et la Fresque de la consommation. Notre leitmotiv ? Transformer le savoir en action.

Dans cet article, on vous donne les clés pour comprendre ce qu’est une fresque, saisir ses principes et son utilité, puis on vous partage notre méthode pour apprendre à créer les vôtres.

Au sommaire :

  1. Qu’est-ce qu’une fresque ?
  2. Pourquoi créer de nouvelles fresques ?
  3. Comment créer votre propre fresque ? Notre méthode de création de fresques chez Bleen
  4. Nos tips pour animer votre fresque
  5. Conclusion

1. Qu’est-ce qu’une fresque ?

Une fresque est un jeu sérieux collaboratif et créatif, simple sans être simplificateur, scientifique sans être indigeste et pédagogique qui permet de comprendre un enjeu de société.

En jouant aux cartes en équipe, vous découvrez un thème, ses causes, sa mécanique, ses conséquences et les solutions. Vous passez par des étapes de compréhension, de créativité, de débat et d'échanges.

Vous avez peut-être entendu parler de la Fresque du Climat. Cette fresque a été créée en 2017. Il s’agit d’un atelier de 3h ludique et collaboratif qui vise à faire comprendre les enjeux climatiques et à passer à l’action.

Mais ce n’est pas la seule ! On dénombre aujourd’hui plus de 200 fresques et ateliers similaires à travers le monde (dans 167 pays) qui rassemblent plusieurs millions de participant·es !

Les fresques reposent sur trois principes clés :

  • L’intelligence collective
  • Des cartes visuelles à visée éducative
  • Une approche ludique et participative

Le but d’une fresque est de concevoir une expérience collective qui rend la complexité accessible, favorise les échanges et développe une vision systémique des enjeux.

En effet, on ne cherche pas seulement à transmettre un savoir. Le but est de favoriser la réflexion et de créer des échanges entre les participant·es. Les participant·es, avec l’aide de l’animateur·rice, construisent leur compréhension du sujet grâce aux échanges et aux connexions qu’iels établissent entre les différentes cartes :

Chez Bleen, nos fresques ont réuni plus de 5 000 participant·es.

2. Pourquoi créer de nouvelles fresques ?

Lorsqu’on veut créer une nouvelle fresque, un frein peut nous bloquer :

Mais à quoi bon ? Il existe déjà tellement de fresques !

Pourtant, on ne dit jamais qu’il existe trop de livres ou trop de podcasts. Chaque sujet mérite son propre support pour être vulgarisé et approprié par différents publics. En ce sens, la fresque constitue simplement une manière visuelle, participative et dynamique de transmettre des connaissances et de favoriser l'intelligence collective.

Fresque réalisée sur une table en extérieur, ses cartes reliées par des flèches dessinées à la main

C'est d'ailleurs ce constat qui nous a amené à créer de nouvelles fresques thématiques, comme celle consacrée aux enjeux de consommation responsable. Face à un sujet encore peu traité sous cette forme, l'idée a émergé naturellement : créer un outil pédagogique capable d'aider les participants à comprendre les mécanismes de la surconsommation et à identifier des leviers d’action vers des choix plus responsables.

Bon, vous vous dites peut-être : « Plus facile à dire qu’à faire ».

Mais alors par où commencer ?

3. Comment créer votre propre fresque ? Notre méthode de création de fresques chez Bleen

Après avoir créé plusieurs fresques, nous avons mis au point une méthode qui s’est révélée particulièrement efficace : on vous explique notre méthode des 10B.

1. B comme… Benchmark

On commence toujours par analyser ce qui existe déjà. On regarde d’abord s’il existe des fresques sur des thématiques similaires. On identifie les formats qui fonctionnent, les mécanismes de jeu qui sont les plus engageants et les limites des outils existants.

2. B comme… Budget

Créer une fresque demande du temps. Recherche documentaire, conception des cartes, tests, animation pilote, graphisme, impression : chaque étape nécessite des ressources. Il est donc essentiel d'estimer dès le départ le budget et le niveau d'investissement nécessaires. Ce processus nous demande souvent entre 50 et 100 jours de travail minimum.

3. B comme… Browse (Rechercher)

Dans nos fresques, on cherche à allier rigueur scientifique et dimension ludique. C’est la raison pour laquelle on effectue une phase de recherche qui nous permet ensuite de construire une base de connaissances solide sur le sujet. Cette étape consiste à consulter les sources de référence : rapports scientifiques, publications institutionnelles, statistiques officielles, études sectorielles ou travaux académiques. Les ressources comme le GIEC, l'IPBES, la FAO ou les organismes statistiques nationaux constituent souvent des bases solides pour asseoir le contenu de nos fresques.

4. B comme… Brainstorm (Partage d’idées)

Lors de cette phase, on fait émerger un maximum d’idées, de concepts et de liens de causalité. Le tout n’est pas de créer des cartes : il faut que celles-ci aient des liens entre elles. On fait aussi en sorte que les cartes soient sujettes aux discussions : rien de mieux qu’un format qui facilite les échanges !

5. B comme… Blueprint (Structure du projet)

C’est ici que la fresque prend forme. On y définit la structure générale de l’atelier, la logique de progression et les séquences pédagogiques. Chaque lot de cartes doit avoir une fonction précise et contribuer à la bonne compréhension du sujet. Cette étape définit la manière dont les participant·es vont reconstruire la structure imaginée et comprendre la logique qui en découle.

6. B comme… Beta-test

Aucune fresque n’est parfaite du premier coup. Il faut la tester en conditions réelles ! C’est pourquoi on propose de la tester auprès de plusieurs groupes. Cette étape nous permet d’identifier les incompréhensions (cartes mal formulées, ambigües), les problèmes de logique (liens peu intuitifs, souci de cohérence globale) et les difficultés de facilitation (discussions qui n’émergent pas comme prévu). Cette phase nous permet d’ajuster au mieux la fresque pour la rendre compréhensible, logique et ludique.

7. B comme… Balance (Juste milieu)

Comme mentionné précédemment, la création d’une fresque s’accompagne d’un travail de recherche qui mobilise des sources de références scientifiques multiples. Mais attention : un surplus d’information perd les participants, un manque nuit à la crédibilité. Notre défi ? Réussir à trouver un juste milieu. Pour cela, on fait tester la fresque à des profils variés (pas seulement des personnes acquises à la cause : on sollicite l’avis de profils plus critiques ou moins sensibilisés aux enjeux concernés par exemple). Cette étape nous permet de s’assurer que la fresque reste accessible et pertinente.

8. B comme… Build

La forme est aussi importante que le fond. On est convaincu·es que la qualité du support influence directement l’expérience des participant·es. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on procède à la création graphique des cartes, à la mise en page du matériel et à la préparation des supports d’animation lors de cette phase.

9. B comme… Bundle

Nos fresques ne se limitent pas seulement à un jeu de cartes. Pour faciliter son déploiement, on crée des ressources pour celleux qui aimeraient l’animer : guide d’animation, supports de formation, outils de suivi, FAQ, ressources complémentaires… Le but ? Assurer une expérience cohérente, quel que soit l’animateur·rice.

10. B comme… Bravo

Youhou, notre fresque est prête ! Cette dernière étape est souvent la plus satisfaisante. Mais attention : une fresque n’est jamais complètement terminée… Nos fresques sont en constante évolution : on prend en compte les retours des participant·es, on met le contenu des cartes à jour (en créant de nouvelles cartes en fonction des nouvelles connaissances disponibles sur le sujet).

Vous avez maintenant des pistes pour créer votre propre fresque !

Pourtant, vous vous demandez peut-être : « C’est génial tout ça mais comment je m’y prends pour animer une fresque correctement ? »

Un animateur prend un selfie devant un groupe et une fresque en cours sur une table de réunion

4. Nos tips pour animer votre fresque

Commençons par le commencement.

1. Quel est le rôle de l’animateur·rice ?

L’animateur·rice est garant·e de la sécurité psychologique : iel veille à ce que chacun·e se sente respecté·e, rappelle le cadre de confiance et d’écoute active.

Iel constitue un·e facilitateur·rice de diversité des voix : iel donne la parole à tou·te·s, y compris aux plus discret·ètes, et gère les dynamiques de domination de parole.

L’animateur·rice est aussi catalyseur d’action : iel aide le groupe à transformer les prises de conscience en pistes applicables à différentes échelles.

2. Les bonnes pratiques à adopter

  • Créer un climat de confiance : poser le cadre de l’intelligence collective et inviter les participant·e·s à se tromper pour mieux retenir. On vous conseille d’imaginer un ice-breaker pour débuter.
  • Valoriser la diversité des points de vue : encourager chacun•e à contribuer. Rester en retrait et éviter qu’une seule personne monopolise la parole.
  • Garder le rythme : donner un cadre clair pour chaque activité pour éviter les discussions trop longues et recentrer les débats si besoin.
  • Dynamiser le groupe : poser des questions ouvertes pour stimuler la réflexion et relancer les discussions ou stimuler la créativité.
  • Adopter une attitude positive : garder une approche ludique et immersive pour que les participant·e·s puissent passer un bon moment.
  • Ancrer l’apprentissage : synthétiser les messages clés et interroger les enseignements après chaque partie.

3. Une fois la fresque terminée, que fait-on ?

L’animateur·rice partage les messages clés qui reviennent tout au long de la fresque. Ce sont les idées avec lesquelles les participant·e·s doivent repartir. De ce fait, il est important d’insister et de prendre le temps nécessaire pour chaque point.

Le feedback n’est pas à négliger ! N’hésitez pas à demander l’avis de vos participant·es : ce qui a marché, ce qui pourrait être amélioré, ce qu’iels ont aimé, ce qu’iels retiennent de l’atelier, ce qu’iels envisagent pour la suite…

Après avoir dispensé la fresque, on envoie un mail de suivi pour partager des ressources sur le sujet (vidéos, podcasts, livres, outils) et on invite les participant·es à faire connaître la fresque.

Conclusion

Vous l’avez bien compris : les fresques constituent un outil pédagogique et interactif qui permet de créer un espace de dialogue et de réflexion collective, et d’encourager l’engagement et les actions concrètes.

En espérant que cet article vous aura donné envie de vous lancer !

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