L'épisode en détail
Bee To Green, la plateforme qui démocratise le vélo en entreprise
Le forfait mobilité durable reste un dispositif mal connu dans beaucoup d'entreprises françaises. Antoine du Teilleul, cofondateur de Bee To Green, a construit une plateforme pour combler ce vide. Son objectif : permettre aux employeurs de proposer facilement le vélo comme alternative de trajet domicile-travail, avec un accompagnement complet qui va du choix du vélo jusqu'au suivi des trajets.
Bee To Green ne se limite pas à un catalogue en ligne. La plateforme agrège plus de 58 marques de vélos et travaille avec un réseau de 200 boutiques partenaires réparties sur tout le territoire français. Le salarié choisit son vélo, le teste en magasin, et l'entreprise finance via le forfait mobilité durable. Un circuit simple en apparence, mais qui demande une mécanique logistique et juridique solide en coulisses.
« On accompagne l'entreprise de A à Z, du cadrage juridique jusqu'à la livraison du vélo au salarié. »
Le forfait mobilité durable : 500 euros exonérés d'impôts
Le forfait mobilité durable (FMD) permet aux entreprises de verser jusqu'à 500 euros par an et par salarié pour financer des trajets domicile-travail en mobilité douce. Cette somme est exonérée de charges sociales et d'impôt sur le revenu. Malgré cet avantage fiscal, le dispositif reste sous-utilisé. Beaucoup de DRH ne savent pas comment le mettre en place, et beaucoup de salariés ignorent son existence.
« Le FMD, c'est 500 euros nets d'impôts. Aucun autre avantage salarié n'offre ce ratio coût-bénéfice pour l'employeur. »
Bee To Green prend en charge la dimension administrative : convention d'entreprise, attestations sur l'honneur, suivi des versements. L'entreprise n'a qu'à valider les dossiers. Cette simplification explique en grande partie l'adoption rapide du dispositif chez les clients de la plateforme.
Pourquoi 30 % de l'empreinte carbone tertiaire vient du trajet domicile-travail
Antoine du Teilleul avance un chiffre qui met le sujet en perspective : dans le secteur tertiaire, environ 30 % de l'impact carbone provient des déplacements domicile-travail. Les bureaux sont relativement sobres en énergie comparés aux usines, mais les kilomètres en voiture individuelle pèsent lourd dans le bilan. Le vélo, même électrique, divise cette empreinte par un facteur considérable.
« Dans le tertiaire, le premier poste carbone ce n'est pas le chauffage, c'est le trajet des salariés. »
C'est sur cette réalité que Bee To Green construit son argumentaire auprès des directions RSE. Le vélo n'est pas présenté comme un gadget bien-être mais comme un levier concret de décarbonation, mesurable et rapide à déployer. Avec une vingtaine de clients entreprises et 6 000 à 7 000 salariés adressés au moment de l'enregistrement, la plateforme commence à générer des données de terrain sur le report modal réel.
L'accompagnement plutôt que le catalogue : le modèle Bee To Green
Ce qui distingue Bee To Green d'un simple marketplace vélo, c'est le volet accompagnement. La plateforme propose des ateliers de sensibilisation en entreprise, des sessions d'essai avec des vélos de démonstration, et un suivi post-achat pour s'assurer que le salarié utilise effectivement son vélo. Le partenariat avec GeoVélo permet aussi de proposer des itinéraires optimisés pour les vélotafeurs débutants.
« On ne vend pas juste un vélo. On installe une culture vélo dans l'entreprise. »
Antoine du Teilleul insiste sur ce point : offrir un vélo ne suffit pas à changer les habitudes. Il faut lever les freins psychologiques, logistiques et pratiques. Où garer le vélo au bureau ? Comment gérer la transpiration ? Quel équipement pour la pluie ? Ces questions, triviales en apparence, bloquent le passage à l'acte de beaucoup de salariés. L'accompagnement terrain de Bee To Green vise précisément à y répondre.
Du scooter au vélo : la conversion personnelle d'Antoine du Teilleul
Avant de fonder Bee To Green, Antoine du Teilleul se déplaçait en scooter dans Paris. Sa conversion au vélo n'est pas venue d'une conviction écologique abstraite mais d'une expérience concrète : le vélo était plus rapide, moins cher et plus agréable que le deux-roues motorisé. Cette expérience personnelle nourrit la philosophie de la plateforme : le vélo se vend mieux par la preuve que par le discours.
« J'ai lâché le scooter le jour où j'ai compris que le vélo me faisait gagner du temps, pas en perdre. »
Ce pragmatisme se retrouve dans l'approche commerciale de Bee To Green. Pas de greenwashing, pas de discours moralisateur. L'argument principal reste économique et pratique : le FMD finance le vélo, le vélo fait gagner du temps, et l'entreprise améliore son bilan carbone. Un triptyque qui parle aux DRH comme aux salariés.
Les freins culturels au vélotaf en entreprise
L'épisode met en lumière un paradoxe français : le cadre légal existe (FMD, prime vélo), les infrastructures progressent, mais l'adoption reste lente. Antoine du Teilleul pointe du doigt la culture automobile encore dominante dans beaucoup d'entreprises, notamment en périphérie des grandes villes. Le vélo est perçu comme un loisir, pas comme un mode de transport professionnel.
Bee To Green tente de faire bouger cette perception en travaillant directement avec les comités de direction et les CSE. L'idée : faire du vélo un avantage salarié visible, au même titre que les tickets restaurant ou la mutuelle. Quand le vélo entre dans le package RH, il change de statut dans l'esprit des salariés.





