L'épisode en détail
BTwin et le vélo urbain : la mission d'Herman Van Beveren
Herman Van Beveren dirige le développement de la marque BTwin chez Decathlon, dédiée aux vélos de ville, vélos pliants et vélos enfants. Ancien directeur de Decathlon Belgique, il a demandé à changer de poste pour se consacrer entièrement au vélo urbain. Sa conviction : si tous les déplacements de moins de 5 kilomètres se faisaient à vélo, les émissions mondiales de CO2 baisseraient de 25 %. Ce chiffre, issu d'études indépendantes, fonde toute sa démarche. Dans cet épisode du podcast Vélotaf, il détaille comment Decathlon accompagne la transition vers la mobilité active et présente un vélo cargo électrique capable de porter 80 kilos à l'arrière.
Cinq kilomètres à vélo : plus rapide, moins cher, meilleur pour la santé
Herman énumère les avantages du vélotaf avec méthode. La santé d'abord : 5 kilomètres aller-retour quotidiens correspondent aux besoins humains d'activité physique. Chez Decathlon Belgique, les salariés venant à vélo étaient en meilleure santé que les autres, statistiques internes à l'appui. La rapidité ensuite : sous 5 kilomètres, le vélo est presque toujours plus rapide que la voiture en zone urbaine. Jusqu'à 10 kilomètres, il reste compétitif.
« 50 % des déplacements font moins de 5 kilomètres. On pourrait très facilement arriver à 50 % de part modale en vélo. C'est une histoire de volonté et de pistes cyclables. »
Le coût est un argument décisif. Un vélo pèse 20 kilos, une voiture 1 000 : 50 fois moins de matière, 50 fois moins d'empreinte à la fabrication. En énergie, un vélo électrique parcourt 200 kilomètres avec 1 kWh, contre 3 à 10 kilomètres pour une voiture électrique. La maintenance coûte une fraction de celle d'un véhicule motorisé.
Les pistes cyclables, premier levier de la mobilité vélo
Herman est catégorique : le premier frein au vélotaf n'est pas la météo, ce sont les infrastructures. En Belgique, il ne pleut que 7,1 % du temps. Sur un mois de vélotaf, il n'a mis des vêtements de pluie qu'une ou deux fois. L'argument climatique ne tient pas.
« Ce n'est pas la météo. En Espagne, quand il y a des pistes cyclables, il y a des cyclistes. Quand il n'y en a pas, il n'y a pas de cyclistes. »
Decathlon constate la corrélation dans ses ventes à travers le monde : les magasins situés dans des villes dotées de pistes cyclables vendent significativement plus de vélos urbains. L'entreprise travaille avec des associations européennes pour plaider en faveur de l'aménagement cyclable. Herman note que partout en Europe, des pistes se créent. Nulle part on ne les retire.
Decathlon Belgique : 70 % des salariés à vélo
Quand Herman dirigeait Decathlon Belgique, le magasin de Gand comptait 70 % de vélotafeurs. Trois mesures y ont contribué : l'installation de douches pour les cyclistes sportifs, des zones de stockage sécurisées pour les vélos, et le cadre légal belge qui indemnise les trajets à vélo à 24-25 centimes par kilomètre.
« Ceux qui viennent en vélo-ville électrique et qui ne sont pas hyper pressés, ils ne transpirent pas beaucoup. On n'a pas besoin de prendre une douche. »
Herman précise que la douche n'est pas indispensable pour tous. Le vélo électrique à allure modérée produit un effort légèrement supérieur à la marche. Pour son propre trajet de 12 kilomètres entre Grand-Bigard et Evère, il mettait 26 minutes en VAE, à la même vitesse qu'un vélo de course, sans transpirer. Le temps de trajet était identique chaque jour, ce qu'aucune voiture ne peut garantir dans le trafic bruxellois.
Le vélo cargo électrique BTwin : remplacer la deuxième voiture
Decathlon prépare un vélo cargo électrique capable de transporter 80 kilos à l'arrière. Deux enfants, un conjoint, ou un volume de courses équivalent à un caddie de supermarché. L'objectif est de couvrir les 10 % de déplacements où un vélo classique ne suffit pas : courses volumineuses, transport d'enfants en bas âge.
« Je pense qu'avec un vélo comme ça, on peut passer de deux voitures à une voiture dans une famille. »
L'assistance électrique est obligatoire sur un cargo : sans elle, la moindre pente ou le moindre vent de face rend le trajet pénible. L'électrification ouvre des possibilités que le vélo musculaire ne permet pas. BTwin complète la gamme avec des vélos de ville électriques à différents prix, des vélos pliants et des vélos enfants. Les marques Rockrider (VTT), Van Rysel (route) et Riverside (voyage/gravel) couvrent les autres pratiques.
Le vélo comme droit fondamental à la mobilité
Herman place le débat au-delà de l'écologie. La mobilité est un droit fondamental. Une voiture coûte cher. Les transports en commun ne desservent pas tous les quartiers ni tous les lieux de travail. Le vélo, lui, est accessible financièrement et ne dépend d'aucun réseau fixe. Les études néerlandaises montrent que les sociétés où la mobilité active domine sont plus heureuses, plus égalitaires, avec moins de marqueurs de statut social. Les enfants gagnent en autonomie, les parents en liberté. Pour Herman, l'État a un rôle fondamental : créer les infrastructures cyclables qui rendent tout cela possible.






