L'épisode en détail
Swapfiets : un abonnement vélo pour lever les freins au vélotaf
Swapfiets est le premier service d'abonnement vélo en Europe. Pour un tarif mensuel à partir de 12,90 euros, l'utilisateur reçoit un vélo urbain avec réparation, entretien et assurance vol inclus. Si un problème survient, Swapfiets intervient ou remplace le vélo sous 48 heures. Pas d'investissement initial, pas d'engagement longue durée, arrêt possible chaque mois avec 30 jours de préavis. Benjamin de Terssac, General Manager pour l'Europe du Sud et le Royaume-Uni, présente le modèle dans cet épisode du podcast Vélotaf. La startup néerlandaise opère dans plus de 70 villes et 9 pays européens, avec 250 000 utilisateurs depuis son lancement en 2014.
De Dubaï à Amsterdam : la conversion au vélotaf
Benjamin a passé 10 ans au Moyen-Orient entre BNP Paribas et Accenture, parcourant 250 kilomètres par jour en voiture entre Dubaï et Abu Dhabi. Un accident de la route a marqué un tournant. De retour en Europe, il s'installe à Amsterdam avec son épouse. Aucun des deux n'était cycliste.
« On s'est dit, je ne sais pas si le vélo, c'est pour nous. Du coup, on va peut-être louer un vélo au début. Ça fait 4 ans qu'on est abonné à Swapfiets et on n'a jamais acheté de vélo. »
Quatre ans plus tard, le vélo est devenu leur mode de transport quasi exclusif : 12 à 15 kilomètres par jour, matin et soir. Benjamin attribue son bon état de santé à cette activité physique quotidienne, en contraste direct avec ses années de sédentarité automobile aux Émirats. Il préfère profiter des quais de Seine quand il est à Paris plutôt que d'être enfermé dans le métro.
Le modèle économique circulaire de Swapfiets
Swapfiets ne vend pas de vélos. L'entreprise reste propriétaire du véhicule et a intérêt à le rendre le plus durable possible. Si un vélo doit être remplacé après un an, c'est Swapfiets qui en supporte le coût. Ce modèle circulaire aligne les intérêts de l'entreprise avec la longévité du produit. La gamme comprend quatre vélos : un modèle à vitesse unique à 12,90 euros, un Deluxe 7 vitesses à 14,90 euros, un vélo électrique Power One à 49,90 euros (80 km d'autonomie) et un Power Seven à 75 euros (145 km d'autonomie).
« On ne vous garantit pas d'aimer le vélo, mais par contre, on va vous garantir tout le reste. »
L'offre s'adresse à 90 % aux particuliers, mais un volet entreprise existe : l'employeur peut financer une flotte ou rembourser une partie de l'abonnement via le forfait mobilité durable. Swapfiets prépare aussi des test drives en magasin et une garantie satisfaction 30 jours.
Amsterdam vs Paris : deux cultures vélo à des années-lumière
Aux Pays-Bas, la part modale du vélo atteint 40 à 45 %. À Paris, elle plafonne sous les 3 %. Benjamin identifie un écart culturel avant tout : aux Pays-Bas, le vélo est le mode de transport par défaut, pas une alternative. Tout le monde est cycliste à un moment ou un autre, ce qui crée un respect mutuel naturel entre usagers de la route.
« Tout le monde se déplace à vélo ici. Ce n'est pas un cliché, vraiment. »
En France, les deux principaux freins identifiés par une étude sur 4 000 personnes sont le stationnement et le vol. Beaucoup de clients arrivent chez Swapfiets après s'être fait voler un ou plusieurs vélos. L'abonnement transfère ce risque à l'entreprise. La météo, souvent invoquée, est en réalité un faux problème. À Amsterdam, Benjamin roule toute l'année avec un simple K-Way et un pantalon de pluie utilisé quatre ou cinq fois par an. L'application néerlandaise Buien Alarm prévoit la pluie au quartier près.
Les étudiants Erasmus comme ambassadeurs du vélotaf
Le développement vers le sud de l'Europe repose sur un levier inattendu : les étudiants en échange. À Barcelone, les meilleures semaines commerciales coïncident avec l'arrivée des étudiants allemands et néerlandais en Erasmus. Ils connaissent déjà Swapfiets et deviennent des ambassadeurs naturels auprès de leurs camarades locaux.
« Si on commence avec les étudiants, une fois qu'on a commencé à se déplacer en vélo pendant ses études, c'est une habitude qu'un jeune actif va perdurer sur le marché du travail. »
Aux Pays-Bas, Swapfiets est intégré directement dans le processus d'inscription universitaire. L'entreprise développe aussi des partenariats avec des écoles de conduite vélo et forme ses propres mécaniciens via un programme d'apprentissage, avec 200 à 300 mécaniciens en Europe. En France, Swapfiets est présent à Paris, Toulouse, Nantes, Strasbourg et Lyon. En Belgique : Bruxelles, Anvers et Gand.
Changer les mentalités pour démocratiser le vélo urbain
Pour Benjamin, démocratiser le vélotaf passe par trois axes. D'abord, sécuriser les cyclistes par des infrastructures dédiées et un respect accru de la part des autres usagers. Ensuite, encourager financièrement la mobilité douce, via les entreprises et les collectivités. Enfin, ancrer le vélo comme mode de transport naturel, pas comme une pratique militante. Son meilleur souvenir de vélotaf : un retour sous la neige à Amsterdam, sans aucune voiture dans les rues, uniquement des vélos. Le point de non-retour.






