L'épisode en détail
Du vélotaf quotidien à la création de UWinBike
Alexandre Ricaud roule à vélo depuis 16 ans entre son domicile et son lieu de travail à Toulouse. Ingénieur chez Airbus, il cumule environ 60 000 kilomètres de vélotaf sur un trajet de 11 kilomètres. Ce parcours personnel a nourri une conviction : le vélo comme mode de transport domicile-travail fonctionne, mais il manque un outil pour le prouver. En 2015, pendant la COP21, la France lance l'indemnité kilométrique vélo (IKV), censée rémunérer les salariés cyclistes à 25 centimes par kilomètre. Le problème : comment vérifier qu'un salarié pédale réellement ? L'État propose la déclaration sur l'honneur. Alexandre y voit une faille et une opportunité. Des entreprises toulousaines le sollicitent pour créer un vrai justificatif de pédalage. UWinBike naît de ce besoin concret.
Le forfait mobilité durable : une loi efficace mais facultative
L'IKV a été remplacée par le forfait mobilité durable (FMD), élargi au covoiturage et passé de 200 à 600 euros par an. Les chiffres parlent : dans les entreprises ayant adopté l'IKV, le nombre de vélotafeurs a bondi de 69 %. Pourtant, la loi reste facultative. Peu d'employeurs la mettent en place spontanément.
« Les gens, la population attend une incitation financière pour se mettre à faire du vélotaf de manière plus large. »
Alexandre milite pour rendre le FMD obligatoire. Il estime que cette mesure pourrait faire passer la part modale du vélo de 3-4 % à 9-10 % en France, conformément aux objectifs fixés par l'État pour Paris 2024. La masse critique de cyclistes changerait alors le rapport de force politique et accélérerait les investissements dans les infrastructures.
Comment UWinBike certifie les trajets vélotaf
UWinBike propose trois services. Le premier est le justificatif de pédalage : la plateforme identifie le mode de déplacement (vélo) et caractérise l'objet du trajet (domicile-travail). Le salarié édite un justificatif mensuel à remettre à son employeur pour toucher le forfait mobilité durable. Le deuxième service : des challenges vélotaf, individuels ou par équipe, ouverts à une communauté entière ou réservés à une entreprise. Saint-Quentin-en-Yvelines a organisé un challenge inter-entreprises via la plateforme. Le troisième service est la connexion à Ecomode, une plateforme toulousaine qui récompense les déplacements alternatifs à la voiture solo par un système de points convertibles en biens ou services.
« Nous savons justifier le mode de déplacement et caractériser l'objet du déplacement. C'est la combinaison des deux qui nous permet d'avoir une qualité de données qui n'existait pas. »
En 2021, UWinBike compte 1 500 inscrits, plus de 80 000 kilomètres enregistrés, 8 000 trajets et 15 tonnes de CO2 économisées par rapport à la voiture.
Des collectivités aux entreprises : les usages multiples de la donnée vélo
Les collectivités territoriales ont deux besoins distincts. En tant qu'employeurs, elles utilisent UWinBike pour gérer le FMD de leurs agents. En tant qu'administratrices d'un territoire, elles manquent de données fiables sur la mobilité vélo. UWinBike agrège et anonymise les données à plusieurs échelles : entreprise, intercommunalité, département, région.
« Les collectivités ont besoin de données fiables dont elles ne disposent pas aujourd'hui pour mesurer la mobilité active sur leur territoire. »
La plateforme est déployée à Toulouse, Montpellier, en région parisienne, et se développe sur Strasbourg et Lyon. Lauréate du concours « Ma solution pour le climat » de la région Occitanie, elle a aussi remporté des appels d'offres avec Tisséo (autorité organisatrice des mobilités à Toulouse) et Île-de-France Mobilités.
Vélotaf à Toulouse : chaleur, pluie et équipement
Toulouse pose des défis climatiques opposés à ceux du nord de la France. En été, la chaleur provoque la transpiration. Alexandre a la chance de disposer de douches sur son lieu de travail. Pour ceux qui n'en ont pas, il recommande le vélo à assistance électrique en mode maximal le matin, puis assistance réduite le soir pour faire du sport.
« Il n'y a pas de mauvaise météo, il n'y a que de mauvais équipements. »
En 16 ans, Alexandre a pédalé par des températures allant de moins 15 à plus 40 degrés. Les averses vraiment violentes restent rares. Le thermomètre extérieur est son outil principal : au degré près, il sait comment s'habiller. Il utilise un gravel, vélo dérivé du cyclocross, robuste pour la ville et suffisamment rapide pour rouler à 30 km/h en croisière. Il insiste sur l'antivol costaud fixé au cadre, le casque (non négociable malgré la polémique), et les éclairages adaptés en hiver.
Rendre le FMD obligatoire pour atteindre la masse critique
Pour Alexandre, la promotion du vélotaf passe par la conjugaison de plusieurs leviers : l'obligation du forfait mobilité durable, l'amélioration des infrastructures cyclables, la lutte contre le vol de vélo et le développement de l'intermodalité vélo-train-bus.
« Si on attend que les infrastructures cyclables soient parfaites, ça n'arrivera pas avant des années. Le fait de mettre des gens sur le réseau existant aura un effet bénéfique sur tout le reste. »
UWinBike fait partie de La Vélo Vallée, un regroupement d'acteurs du vélo en Occitanie. Alexandre recommande Morio, une startup toulousaine spécialisée dans les solutions connectées antivol. Son ambition reste européenne : le nom UWinBike a été choisi en anglais après des sollicitations venues d'Italie. La solution étant entièrement digitale, elle est transposable sans contrainte géographique.






