Saison 1

#
9

Des flottes de vélos en entreprise au lieu des flottes de voitures ?

14.12.2021

Jan De Lobkowicz dirige Skipr, une fintech belge permettant aux entreprises de distribuer un budget mobilité à leurs salariés via une carte dédiée. Jusqu'à 600 euros par an, exonérés de charges et non imposables, permettent de financer abonnements vélo, réparations, équipement, trottinettes ou covoiturage. Skipr facilite la mise en place du forfait mobilités durables, encore mal connu dans les entreprises françaises.

L'épisode en détail

Skipr, la fintech qui distribue le forfait mobilités durables

Skipr est une fintech belge qui permet aux entreprises de distribuer un budget mobilité à leurs salariés via une carte de paiement dédiée. Jan De Lobkowicz, 33 ans, est en charge du marché français. Le principe : l'employeur paramètre un montant mensuel ou annuel (jusqu'à 600 euros par an dans le cadre du forfait mobilités durables), exonéré de charges pour l'entreprise et non imposable pour le salarié. La carte permet de payer des abonnements vélo, des réparations, de l'équipement, des trottinettes en libre-service ou du covoiturage. Si le budget ne couvre pas la totalité d'un achat (un vélo, par exemple), le salarié peut compléter avec sa carte personnelle.

« 600 euros par an, exonérés de charges, non imposés. C'est plus valorisant que 2 % d'augmentation en fin d'année. »

De la voiture solo au vélo : le problème de l'autosolisme

Jan cite un chiffre parlant : le taux moyen de remplissage d'une voiture en France avoisine 1,06 personne. Autrement dit, la quasi-totalité des automobilistes roulent seuls, notamment pour les trajets domicile-travail aux heures de pointe. Ce comportement, appelé autosolisme, sature les axes urbains et périurbains. Le vélo, la trottinette, le scooter électrique et les transports en commun offrent des alternatives plus logiques en centre-ville. Jan lui-même alternait vélo (gravel musculaire) et marche pour ses trajets parisiens, jusqu'à ce qu'on lui vole son vélo, ne laissant qu'une roue attachée au poteau.

« Le taux de remplissage moyen d'une voiture en France est de 1,06. Une personne par voiture aux heures de pointe, tous les jours. »

Le forfait mobilité durable : un cadre légal encore sous-exploité

La loi d'orientation des mobilités (LOM) de décembre 2019 a créé le forfait mobilités durables, qui permet à l'employeur de financer jusqu'à 600 euros par an par salarié pour des déplacements en vélo, covoiturage ou transports partagés. Pourtant, beaucoup d'entreprises ne l'ont pas encore mis en place, par méconnaissance ou par inertie. Jan note que Skipr milite au sein d'un collectif pour rehausser ce montant, élargir la possibilité de cumul avec le remboursement des transports publics et rendre le forfait obligatoire. En attendant, les entreprises qui l'adoptent en font un outil d'attractivité et de fidélisation de leurs talents.

« Beaucoup d'entreprises pensent que c'est 50 % voitures, 50 % transports en commun. Non, pas du tout. Le vélo sort largement dans les besoins. »

Enquêtes collaborateurs : le déclencheur négligé

Avant de déployer des solutions de mobilité, Skipr recommande aux entreprises de sonder leurs salariés. L'enquête collaborateur mesure les modes de transport réels, les distances, les freins et les attentes. Skipr en a réalisé une cinquantaine en France. Les résultats surprennent souvent les directions : le vélotaf est déjà pratiqué par une part significative des salariés, et beaucoup d'autres sont prêts à passer le cap si l'entreprise installe un parking vélo ou propose un forfait mobilité. Jan souligne que cette enquête, gratuite, justifie ensuite les investissements nécessaires auprès de la direction.

« L'enquête collaborateur, c'est un outil pas coûteux qui permet d'avoir une vue très précise de ce dont ont besoin les salariés. »

Parking vélo en entreprise : convertir des places voitures

Pour Jan, le premier frein au vélotaf en entreprise n'est ni la météo ni la distance : c'est l'absence de stationnement vélo sécurisé sur le lieu de travail. Le calcul est simple : une place de voiture accueille quatre à cinq vélos. Des systèmes de stationnement verticaux permettent de gagner encore plus d'espace. Jan plaide pour que les entreprises convertissent des places de parking automobile en places vélo plutôt que d'attendre que les collectivités le fassent dans l'espace public. L'infrastructure privée est le levier le plus rapide à actionner, sans dépendre d'un calendrier municipal.

« Chaque voiture en moins, c'est quatre à cinq vélos en plus. La conversion de parking, c'est le geste le plus concret qu'une entreprise puisse faire. »

Formation vélo en entreprise : au-delà de la carte de paiement

Skipr ne se contente pas de distribuer des budgets. L'entreprise propose des ateliers de formation à la circulation en ville lors du déploiement de sa solution chez un client. Ces ateliers couvrent la sécurité routière, la cohabitation avec les voitures et même l'apprentissage du vélo pour ceux qui ne savent pas en faire. Jan rappelle que tout le monde ne sait pas rouler et que les ateliers de mise en selle sont souvent demandés par les entreprises. La formation complète l'outil financier : le budget débloque l'accès, la formation lève la peur.

Questions fréquentes

Le forfait mobilités durables permet à l'employeur de verser jusqu'à 600 euros par an par salarié pour des déplacements en vélo, covoiturage ou transports partagés. Ce montant est exonéré de charges sociales pour l'entreprise et non imposable pour le salarié. L'employeur choisit le montant et les modalités de versement.

Une carte mobilité entreprise fonctionne comme une carte de paiement dédiée aux dépenses de transport durable. L'employeur y charge un budget (forfait mobilités durables). Le salarié l'utilise pour payer des abonnements vélo, des réparations, de l'équipement, du covoiturage ou des trottinettes. La carte est bridée selon les règles définies par l'entreprise.

Réalisez une enquête auprès des collaborateurs pour mesurer la demande réelle. Présentez le calcul : une place de voiture accueille quatre à cinq vélos. Mentionnez les obligations légales (loi LOM) et le lien avec le forfait mobilités durables. Proposez de convertir quelques places auto en places vélo comme test.

Oui, sous certaines conditions. Le forfait mobilités durables peut se cumuler avec le remboursement obligatoire de 50 % de l'abonnement de transport en commun. Le montant total exonéré est plafonné. Des acteurs du secteur militent pour élargir ce cumul et rehausser les plafonds.

Plusieurs leviers : mettre en place le forfait mobilités durables, installer un parking vélo sécurisé, proposer des ateliers de formation à la circulation en ville, organiser des journées de réparation sur site et réaliser une enquête collaborateur pour identifier les besoins et montrer la demande à la direction.

Liked what you heard?

We also make sustainability strategies. If either interests you, we should talk.

Get in touch