L'épisode en détail
Femmes à vélo : des chiffres qui révèlent un déséquilibre persistant
Les femmes représentent environ 10 % des licenciées à la Fédération française de cyclisme, 20 % des adhérentes à la Fédération de cyclotourisme, et entre 30 et 40 % des cyclistes urbaines selon les villes. À Copenhague ou Amsterdam, le rapport s'inverse : 55 % des déplacements à vélo sont effectués par des femmes. Ophélie Lafuge, lyonnaise de 37 ans, a fondé Beyond My Bike pour comprendre et réduire cet écart. Ancienne professionnelle de l'événementiel international, elle s'est mise au vélotaf à Lyon et a rapidement constaté que l'expérience à vélo n'était pas la même pour une femme que pour un homme.
« Quand on est une femme sur un vélo, on est confrontée à des problématiques, des questions et des enjeux qui sont différents de ceux des hommes. »
Sécurité, harcèlement et espace public : les freins spécifiques
Les femmes à vélo subissent des formes de harcèlement de rue (remarques, sifflements, intimidations) qui n'affectent pas les hommes de la même manière. Le sentiment d'insécurité nocturne constitue un frein supplémentaire. Paradoxalement, le vélo offre aussi une forme de protection : la vitesse de déplacement, surtout en électrique, permet d'échapper à un agresseur potentiel et de changer de direction rapidement. Ophélie décrit ce paradoxe : c'est de nuit, seule sur son vélo le long des berges du Rhône, qu'elle a ressenti le plus intensement ce sentiment de liberté et de puissance.
« Je suis là, il fait nuit, je suis toute seule sur mon vélo. Et en fait, je suis bien. Rien ne peut m'arriver. »
Mécanique vélo : un monde encore hostile aux femmes
Le manque de compétences mécaniques freine beaucoup de femmes dans leur pratique du vélo. La peur de crever sans savoir réparer suffit à dissuader certaines de se lancer. Les ateliers de mécanique et les magasins de vélo, majoritairement tenus par des hommes, génèrent un inconfort documenté : remarques condescendantes, renvoi vers le conjoint, moqueries sur le niveau technique. Ce manque de rôles modèles féminins dans les métiers du vélo crée un cercle vicieux. Moins il y a de femmes mécaniciennes, moins les jeunes filles se projettent dans ces métiers.
« Le nombre de femmes qui racontent des expériences en atelier mécanique où on leur dit : demandez à votre mari. »
Équipements cyclistes : des innovations pensées par des femmes
L'industrie du vélo a longtemps ignoré les besoins spécifiques des cyclistes féminines. Rouler en jupe, gérer ses règles en cuissard, trouver des vêtements techniques adaptés à la morphologie féminine : ces questions restaient sans réponse. La marque française Wilma, fondée par des femmes, a lancé le premier cuissard de règles pour cyclistes. Ophélie souligne que cette innovation n'aurait jamais existé sans des femmes aux postes de décision. Son plaidoyer : intégrer des femmes à tous les niveaux des métiers du vélo, de l'ingénierie au marketing, pour que les produits répondent aux besoins réels des pratiquantes.
« C'est quand même fou de se dire que personne n'avait pensé au problème de rouler à vélo en cuissard quand on a ses règles. »
Beyond My Bike : une plateforme pour les femmes cyclistes
Beyond My Bike a démarré comme un compte Instagram avant de devenir un projet plus ambitieux. La plateforme veut rassembler l'écosystème des femmes dans le vélo : ateliers de mécanique tenus par des femmes, marques d'équipements adaptés, ressources pratiques. Le 8 mars, des femmes ont peint des queues de cheval sur les pictogrammes cyclistes dans toute la France pour rendre les cyclistes féminines visibles. Ophélie siège aussi dans une commission du Réseau Express Vélo de Lyon pour porter la voix des femmes sur les questions d'infrastructure.
« Une petite fille qui disait : sur le vélo avec une queue de cheval, on voit que ça peut être une fille. Avant, j'ai toujours pensé que c'était un garçon. »
Le vélo comme outil d'émancipation et d'inclusion
Au-delà du vélotaf, le vélo sert d'outil d'inclusion sociale. L'association Cycle Avenir en Île-de-France, fondée par Marie-Lyne, propose des programmes de plusieurs mois pour apprendre à faire du vélo à des femmes en situation précaire. Ces femmes, souvent mères de famille, ne savaient pas rouler alors que leurs enfants savaient. Le programme leur redonne confiance, fierté et une place active dans l'espace public. Ophélie encourage toutes les femmes à se lancer sans chercher la performance : adapter son trajet pour privilégier les pistes bien aménagées, accepter de tâtonner les premières semaines, et profiter de ces 20 minutes de bulle quotidienne que le vélotaf offre.





