L'épisode en détails
Du conseil en stratégie au vélo de seconde main
Alexis Mattei vient du monde du design et de la transformation numérique pour les grandes entreprises. Pendant le premier confinement, il observe l’explosion de la demande vélo autour de lui et commence à monter des vélos chez lui, dans son 40 m² parisien, avec un pied de montage et des tutoriels. Ses amis lui demandent de les accompagner sur Le Bon Coin pour éviter les pièges : recel de vélos volés, arnaques à l’identité, vices cachés.
« Deux millions de vélos finissent à la casse chaque année en France. Une grande proportion pourrait être upcyclable, réutilisable. Et pourtant, ils finissent à la casse. »
De ce constat naît Saikle, une plateforme de vente de vélos de seconde main cofondée avec Jean, qui se positionne comme tiers de confiance entre vendeurs artisans et acheteurs.
Saikle : traçabilité et réassurance sur le vélo d’occasion
Le positionnement de Saikle tourne autour de trois piliers : authenticité, traçabilité et fiabilité de l’objet. La plateforme travaille avec un réseau d’artisans partenaires, des passionnés qui chinent, restaurent et mettent en vente des vélos vérifiés.
Saikle explore aussi la technologie blockchain pour créer une ligne de vie certifiée du vélo : historique des propriétaires (anonymisé), réparations effectuées, modifications de composants. L’objectif est de retracer l’histoire complète d’un vélo d’occasion pour rassurer l’acheteur, comme un carnet d’entretien automobile.
« On est en train de travailler sur une ligne de vie du vélo certifiée via la technologie blockchain, qui permet de remonter au fil des possesseurs du vélo. »
Le vélo, objet low-tech par excellence
Pour Alexis, le vélo incarne la philosophie low-tech : un objet simple, quasi inchangé depuis son invention, capable de remplacer des technologies énergivores pour le transport et le loisir. Il n’est pas une boîte noire. On peut le monter, l’entretenir et le réparer soi-même.
« Le vélo, c'est l'objet low-tech par excellence. Il est capable de remplir un usage de transport, un usage de loisir, en remplacement de technologies ultra énergivores. On fait mieux avec moins. »
Sa propre découverte du vélotaf à Paris l’a surpris : il s’est mis à faire des détours par l’Opéra illuminé le soir, transformant un trajet domicile-travail en moment de plaisir. Le vélo a aussi changé son rapport aux loisirs, avec des premières sorties vers la vallée de Chevreuse le week-end.
Structurer une filière du vélo reconditionné en France
La France n’a pas de filière industrielle de reconditionnement vélo, contrairement à l’Allemagne ou aux Pays-Bas où des usines sortent plusieurs milliers de vélos reconditonnés par jour. Le modèle français repose sur une myriade de petits artisans qui chinent et restaurent chacun dans leur coin.
Saikle participe à l’initiative Cycling Tech, un syndicat en formation qui réunit les acteurs tech du vélo pour structurer cette filière. L’ambition à cinq ans : devenir la plateforme de distribution d’une filière du reconditionné organisée, capable d’assurer qualité et volume.
Bien choisir son vélo d’occasion
Le conseil principal d’Alexis aux acheteurs : ne pas raisonner uniquement au prix le plus bas. Un vélo à moins de 100 euros sur une plateforme de petites annonces présente presque toujours un problème de qualité, de poids ou de fiabilité. Des composants médiocres rendent les montées pénibles, créent un inconfort qui finit par dégoûter de la pratique.
« Je vois des gens qui dépensent beaucoup pour leur décoration, leur habillement, et qui arrivent avec des vélos, des épaves. C'est dangereux. »
La seconde main reste une bonne opération financière par rapport au neuf, mais il faut regarder la qualité des composants, le poids, la légèreté (clé en usage urbain) et le confort de la selle. Son seul outil indispensable : un crank (multi-outil vélo) et une chambre à air de rechange dans le sac.
Rendre le vélo accessible sans moraliser
Alexis insiste sur un point : la promotion du vélo ne doit pas devenir moralisatrice. Beaucoup de gens vivent dans des zones sans infrastructure cyclable, comme en Corse où une habitante d’Ajaccio signalait l’impossibilité de rouler en sécurité dans une ville de 60 000 habitants.
« Il ne faut pas polariser sur ces sujets. On doit alerter, avoir des positions parfois un peu radicales pour réveiller les gens, mais il ne faut pas être moralisateur. »
Pour lui, le premier étage de la fusée reste les infrastructures. Le second est culturel : donner accès au vélo à des populations qui n’en bénéficient pas, que ce soit pour des raisons financières ou géographiques. Et pour toucher le grand public, il faudrait un accès massif et régulier aux grands médias, ce qui manque encore cruellement à la filière vélo.






