L'épisode en détail
Vélib' vu de l'intérieur : 20 000 vélos et 400 000 abonnés
Stéphane Volant dirige Smovengo, l'entreprise qui opère le service Vélib' pour la métropole de Paris depuis 2017. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 20 500 vélos mécaniques et électriques, près de 400 000 abonnés, 100 millions de courses réalisées et 300 millions de kilomètres parcourus. Derrière ces statistiques, 500 collaborateurs travaillent chaque jour pour que les vélos soient au bon endroit, à la bonne heure, en bon état. L'ambition de Stéphane : atteindre un million d'abonnés à horizon dix ans, avec davantage de stations et de vélos pour que Vélib' devienne aussi fiable que le métro dans l'esprit des vélotafeurs.
« Vélib', c'est la plus belle vitrine du monde en matière de vélos partagés en station. On est envié aux quatre coins du monde. »
Le vélo électrique a fait sauter la frontière du périphérique
Avant l'arrivée du Vélib' électrique, les trajets restaient cantonnés d'un arrondissement à l'autre ou d'une commune de banlieue à sa voisine. Le vélo électrique a changé la donne. Les utilisateurs traversent désormais le périphérique sans y réfléchir, reliant banlieue nord et banlieue sud, Paris intra-muros et les communes limitrophes. Le vélo électrique permet aussi de s'affranchir du relief : grimper à Montmartre ou remonter les côtes de l'ouest parisien n'est plus un exploit réservé aux sportifs. Stéphane note que cette extension du rayon d'action a élargi le profil des utilisateurs, bien au-delà du cycliste urbain aguerri.
« Grâce au vélo électrique, le périphérique n'est plus un obstacle. Nos utilisateurs vont plus loin, plus vite. »
Économie circulaire : 2 300 roues refabriquées chaque semaine
Smovengo ne se contente pas d'opérer des vélos. L'entreprise a bâti une filière interne d'économie circulaire. Chaque semaine, 2 300 roues neuves sont fabriquées à partir de roues voilées ou défectueuses. Pendant l'été précédent, 550 vélos neufs ont été reconstruits à partir de vélos hors service. Une trentaine de collaborateurs travaillent exclusivement dans cette chaîne de revalorisation. Cette capacité a évité une pénurie de vélos quand les fournisseurs chinois ne livraient plus assez vite. L'économie réalisée : environ 950 000 euros par an en pièces de rechange.
« On a refabriqué 550 vélos neufs cet été à partir de vélos hors service. Sans ça, on aurait dû réduire le service. »
Batteries recyclées : objectif zéro déchet
Les vélos électriques Vélib' consomment 10 000 batteries par an, dont 1 500 arrivent en fin de vie. Smovengo développe une chaîne de recyclage intégrale avec un objectif clair : zéro batterie jetée. L'entreprise apprend à réparer ses propres batteries défectueuses et monte des partenariats avec des acteurs français du recyclage. L'enjeu dépasse la seule vertu écologique : il s'agit aussi d'autonomie industrielle. Dépendre d'un fournisseur unique en Chine pour des pièces critiques représente un risque opérationnel majeur. Recycler localement, c'est sécuriser le service tout en réduisant l'empreinte carbone de la chaîne d'approvisionnement.
« 10 000 batteries par an, dont 1 500 hors service. Notre objectif : 100 % de batteries recyclées, zéro jetée dans la nature. »
Un patron multimodal sans complexe
Stéphane Volant ne rentre pas dans la case du militant vélo exclusif. Franco-sénégalais, il prend l'avion pour Dakar où il supervise la création de la première ligne de TER d'Afrique. Il a passé 20 ans à la SNCF. Il possède une voiture pour rejoindre son village en Bourgogne, à 40 minutes de la première gare. Mais quand il est à Paris, c'est Vélib' et trottinette électrique. Son équipement : gants, casque pliable et le Code du cycliste de Ludovic Dupré chez Dalloz. Son credo : les modes de transport ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires. La coexistence entre vélo, train, trottinette et voiture partagée est l'horizon réaliste d'une mobilité décarbonée.
« Je ne suis pas un ayatollah du deux-roues. Je suis un ayatollah des modes de transport, pourvu qu'ils soient doux et partagés. »
Le jour où le vélotaf a changé de visage rue de Rivoli
Le meilleur souvenir de vélotaf de Stéphane se situe rue de Rivoli, un matin de pluie battante. Au feu rouge près de la place de la Concorde, il réalise qu'il est le seul homme dans la file. Toutes les cyclistes autour de lui sont des femmes, en imperméable ordinaire, qui vont au travail sous la pluie sans avoir transformé leur tenue. Trois ans plus tôt, cette scène aurait été impossible : la rue était pleine de voitures, les cyclistes étaient majoritairement masculins et sportifs, et la pluie suffisait à vider les pistes. Pour Stéphane, ce moment prouve que le vélotaf est devenu un mode de transport à part entière, indépendant du genre et de la météo.





