L'épisode en détail
Du monde industriel au vélo de fonction
Emmanuel Vitrai a passé vingt ans dans l'industrie lourde, chez Alstom puis General Electric, à négocier des contrats de maintenance de centrales électriques à travers le monde. Pendant toutes ces années, il n'a jamais cessé de pédaler pour aller travailler. En janvier 2019, il pose sa démission pour fonder Cycl'emouv, une entreprise dédiée au vélo de fonction et aux services vélo pour les entreprises.
Le déclic vient d'une double frustration : l'envie de monter un projet entrepreneurial aligné avec ses valeurs, et le constat que les services vélo en ville ne sont pas à la hauteur des besoins des vélotafeurs quotidiens.
« Quand j'ai donné ma démission, beaucoup de collègues me prenaient pour un gentil rêveur parce qu'un gars qui quitte un poste qui n'était pas si mal que ça pour aller vendre des vélos de fonction, il y a trois ans, beaucoup de gens ne comprenaient pas. »
Le vélo de fonction : convaincre les entreprises
Le cœur de l'activité B2B de Cycl'emouv repose sur le vélo de fonction. Emmanuel propose aux entreprises des vélos fabriqués en France, avec un accompagnement complet : conseil, mise à disposition, entretien. Le dispositif s'inscrit dans le cadre du forfait mobilités durables et des programmes employeur pro vélo.
L'offre ne s'arrête pas là. Cycl'emouv développe un service de conciergerie : une remorque-atelier tractée par un vélo cargo se déplace directement dans les locaux des entreprises pour réparer les vélos des salariés. À cela s'ajoutent des sessions d'initiation au vélotaf, des ateliers d'auto-réparation et du conseil en mobilité douce.
« On vient avec notre petit atelier, notre remorque, notre vélo cargo, un atelier remorque qui répare les vélos. Et puis aussi, une autre activité pour les entreprises, c'est tout ce qui est conseil, par exemple conseil sur l'initiation au vélotaf. »
Deux ateliers de réparation à Paris
En parallèle du B2B, Cycl'emouv exploite deux ateliers de réparation ouverts aux particuliers, dans le 13e et le 16e arrondissement de Paris. L'équipe compte cinq personnes : deux chefs d'atelier, un apprenti, une alternante sur le développement entreprise, et bientôt un sixième collaborateur.
Emmanuel insiste sur la complémentarité avec les ateliers collaboratifs associatifs du quartier. Les profils ne sont pas les mêmes : un étudiant sans budget sera orienté vers l'atelier collaboratif voisin, tandis que le vélotafeur pressé qui a besoin d'une réparation immédiate trouvera sa solution chez Cycl'emouv.
Le service comme levier du vélotaf
L'expérience personnelle d'Emmanuel a forgé sa conviction : le manque de service fiable est un frein majeur au développement du vélotaf. Quand son propre magasin lui a demandé de repasser dans trois semaines pour une réparation banale, il a compris qu'il y avait un vrai besoin.
« Si on fait une analogie avec un garage automobile, on ne verra jamais un garagiste dire à son client, revenez dans trois semaines. Et puis en attendant, débrouillez-vous. »
Sa philosophie : traiter le vélo comme un véhicule du quotidien. Cela signifie réparer une crevaison dans la demi-heure, proposer un vélo de courtoisie quand l'immobilisation est inévitable, et permettre au client d'attendre sur place en télétravail si nécessaire. Un vrai service se paye, mais il doit exister pour que les gens ne décrochent pas du vélo.
Formations vélotaf en entreprise
Les sessions d'initiation au vélotaf durent environ une heure et demie. Emmanuel intervient directement dans les entreprises avec un programme structuré : règles de sécurité routière, choix du vélo selon le profil, vêtements adaptés, stratégie antivol, recherche du meilleur trajet.
« J'ai coutume de dire qu'il ne faut pas hésiter à faire 30 % de plus de chemin si vous avez un chemin sécurisé. C'est beaucoup de bon sens. N'empêche que c'est mieux quand on le dit. »
La session théorique est suivie d'un atelier pratique de réparation sur les vélos des participants. Emmanuel peut aussi venir avec quatre vélos à assistance électrique sur sa remorque pour faire tester les salariés. L'objectif est de créer un effet boule de neige : un collègue qui raconte ses 15 km quotidiens donne envie aux autres de franchir le pas.
Le vol de vélo, frein numéro un
Quand on lui demande comment développer encore le vélotaf, Emmanuel pointe un obstacle persistant : le vol. Le prix médian d'un vélo à assistance électrique atteint 1 800 euros, et l'impunité autour du vol de vélo reste un problème structurel.
« Tous les jours, on croise des clients qui disent j'aimerais bien acheter un vélo, mais je ne peux pas le garer dans la rue. »
Les solutions existent : parkings sécurisés municipaux, cadenas connectés, plateformes comme Vél'home pour le stationnement partagé. Mais Emmanuel rêve d'une ville où l'on peut simplement poser un cadenas et rentrer chez soi, comme à Amsterdam, sans que la sécurisation du vélo devienne un parcours du combattant qui rallonge chaque trajet de cinq minutes. L'application Géo Vélo complète sa panoplie quotidienne pour trouver des itinéraires sécurisés, aux côtés du poncho et des guêtres de pluie qu'il garde toujours dans son sac.






