L'épisode en détail
Ekodev, 12 ans de conseil RSE et mobilité durable
Timothée Quellard a cofondé Ekodev en 2009 avec deux associés. Ingénieur de formation, il a quitté le conseil industriel pour accompagner les entreprises sur leur politique RSE et de mobilité durable. Le déclic : la prise de conscience que la mobilité représente un tiers de l'empreinte carbone individuelle et que ses 50 000 km annuels en voiture de fonction étaient difficilement justifiables. Depuis, le vélo est devenu son mode de transport principal. Onze kilomètres, 30 minutes, chaque jour. Pour Timothée, la légitimité d'un consultant RSE passe aussi par sa propre cohérence entre discours et pratique.
« Quand j'ai fait le calcul, 120 grammes de CO2 par kilomètre, multipliés par 50 000, je me suis dit : il faut que je change. »
Le plan de mobilité, outil concret pour l'entreprise
Le coeur de métier d'Ekodev sur la mobilité repose sur les plans de mobilité employeur. La démarche est méthodique : géolocaliser les domiciles des salariés, calculer les distances, identifier les freins et attentes via des enquêtes qualitatives, puis croiser ces données pour définir des priorités. Le résultat est souvent parlant. Sur les dix dernières missions en Île-de-France, couvrant plus de 4 500 salariés, 26 à 27 % effectuaient moins de 5 km en voiture seule pour aller travailler. Un potentiel de transfert vers le vélo qui justifie à lui seul la mise en place de vélos de fonction, d'infrastructures de stationnement et d'incitations financières.
« 27 % des salariés font moins de 5 km en voiture pour aller au travail. Ce potentiel de transfert vers le vélo est énorme. »
L'argument météo démonté par les chiffres
Timothée ne nie pas les contraintes climatiques. Il les relativise avec des données. Météo France a calculé la probabilité pour un cycliste de se faire complètement tremper pendant son trajet. Le pire cas : Brest, en janvier, avec 20 % de risque. Autrement dit, même dans le scénario le plus défavorable, un vélotafeur a 80 % de chances de rester au sec. Le reste se règle par l'équipement : veste imperméable, pantalon de pluie, gants de montagne, bonnet. Plus on est équipé, moins la météo constitue un frein. Et le bénéfice est immédiat : arriver au bureau réveillé et oxygéné, plutôt qu'énervé par les embouteillages ou le métro bondé.
« Le pire cas, c'est Brest en janvier. Même là, j'ai 80 % de chances de ne pas être mouillé. »
Accompagner le changement sans imposer
Chez Ekodev, le vélotaf ne s'impose pas, il s'accompagne. L'entreprise a mis en place un forfait mobilités durables avec des montants supérieurs au cadre légal, propose de financer l'achat de vélos, met à disposition des douches et des casiers dans les locaux. Timothée applique la même logique à ses clients : la théorie des petits pas. Certains basculent en 24 heures, d'autres mettent trois ans. L'essentiel est de créer les conditions sans forcer. Il note que le Covid a accéléré la dynamique : avant la pandémie, le vélo était un sujet qu'on mettait de côté dans les plans de mobilité. Depuis, il est au centre des discussions.
« Le changement de comportement, ça s'accompagne. Chez certains, ça met 24 heures. Chez d'autres, trois ans. Il faut l'accepter. »
Greenwashing ou sincérité : la ligne de crête du consultant RSE
Timothée ne refuse pas de travailler avec des entreprises aux modèles émetteurs. Il travaille avec des personnes, pas avec des logos. Sa condition : sentir une sincérité dans la démarche. Il exige aussi un droit de regard sur la communication externe pour éviter qu'un petit projet soit survalorisé en vitrine. Son constat après 12 ans : les responsables RSE en entreprise sont quasi systématiquement engagés et militants. Le greenwashing vient plus souvent de la méconnaissance et de la maladresse que d'une volonté délibérée de manipulation. Tendre la main à ces acteurs, même imparfaits, fait plus avancer la cause que rester entre convaincus.
« Je préfère convaincre des gens qui m'envoient des tomates au début plutôt que d'être entouré de militants comme moi. »
Éducation, infrastructure, civisme : les trois leviers du vélotaf
Pour Timothée, développer le vélotaf passe par trois axes. Le premier est l'éducation, dès l'école et tout au long de la vie : apprendre à rouler, comprendre le code de la route vu du vélo, se sentir légitime dans l'espace public. Le deuxième est l'infrastructure : pistes cyclables, stationnement sécurisé, douches en entreprise. Le troisième est le civisme réciproque entre cyclistes, piétons et automobilistes. L'afflux de néo-cyclistes après le Covid a rendu ce dernier point plus visible. Timothée rappelle que la liberté du vélo ne doit pas être confondue avec l'impunité : respecter les autres est la condition pour que cette liberté dure.





