L'épisode en détail
Du handball au vélo, une reconversion par nécessité
Serge Devillers est Bruxellois, ancien handballeur de compétition reconverti au cyclisme après deux ruptures des ligaments croisés. Le vélo l'accompagne depuis l'enfance, d'abord comme moyen de transport pour aller aux entraînements scouts et sportifs, puis comme outil de vélotaf chez Danone et Bridgestone. Aujourd'hui, il roule en vélo électrique de ville pour aller voir ses clients et prospects dans Bruxelles.
« Le vélo, c'est une forme de liberté. J'ai toujours fait ça de cette manière-là. »
Son rapport au vélotaf a évolué avec les étapes de la vie : vélo de route en tenue sportive avec douche au bureau chez Danone, vieux vélo de ville avec siège enfant pour déposer sa fille à la crèche, puis vélo électrique professionnel pour HOOBA.
HOOBA : des hubs de mobilité douce pour les entreprises
Fondée en janvier 2020 à Bruxelles, HOOBA accompagne les entreprises et collectivités dans la mise en place de hubs de mobilité douce. Le concept : installer des flottes de vélos, vélos électriques, vélos cargo et trottinettes sur les lieux de travail, accessibles aux employés via une application mobile de réservation et de déverrouillage.
« On va proposer des véhicules, fournir tout ce qui est service pour les maintenir en bon état, et une application mobile qui permet le partage, la réservation et la sécurisation de ces véhicules au sein des employés. »
L'offre couvre l'ensemble de la chaîne : véhicules, entretien, réparations, assurance vol, assistance panne, branding aux couleurs de l'entreprise, accessoires, supports de communication interne et règles d'utilisation. L'entreprise paye un forfait fixe par vélo par mois. L'utilisation est gratuite pour les salariés, ce qui supprime la barrière du coût face à la voiture de société déjà payée.
Hub de mobilité versus free floating
Contrairement au free floating (vélos et trottinettes en libre-service sur la voie publique), HOOBA déploie des flottes privées avec retour au point de départ. Deux avantages majeurs : la disponibilité est garantie puisque seuls les membres de l'entreprise y accèdent, et il n'y a pas de coût à la minute pour l'utilisateur.
Un employé peut ouvrir l'application depuis son poste de travail, voir les vélos disponibles, descendre déverrouiller un vélo et partir. Pas de clé à chercher, pas de procédure lourde. Les flottes peuvent aussi couvrir plusieurs sites d'une même entreprise, permettant aux salariés de se déplacer d'un bâtiment à l'autre.
« La difficulté du free floating, c'est que l'employé ne sait pas s'il y aura un vélo disponible quand il en aura besoin, et ça va être payant à la minute. »
Le Covid et le télétravail comme accélérateurs
HOOBA a été lancée en janvier 2020, trois mois avant le confinement. Pendant un an et demi, l'équipe a semé des graines. Le vrai décollage est venu ensuite, porté par un changement de mentalité : le télétravail a fait réaliser à beaucoup de salariés qu'ils n'avaient plus besoin d'une voiture de société pour aller au bureau tous les jours.
En Belgique, le nouveau budget mobilité rend l'utilisation du vélo plus attractive financièrement. Pour Serge, cette combinaison télétravail et incitants fiscaux change la donne. Même la météo belge n'est plus un frein absolu : on peut commencer la journée en télétravail et partir quand l'averse est passée.
« Il ne faut pas que ce soit une contrainte d'utiliser le vélo. On n'est pas là pour se faire mal. Il faut que ce soit un plaisir. »
Animer le changement en entreprise
Mettre des vélos à disposition ne suffit pas. HOOBA propose des sessions d'animation sur site : présentation des vélos dans le hall de réception, accompagnement pour télécharger l'application, premiers essais guidés. La semaine de la mobilité en septembre est un moment clé pour ces opérations.
Le constat de Serge : une fois qu'un employé a utilisé le service une première fois, il y revient systématiquement. Le vélo électrique joue un rôle déterminant, notamment à Bruxelles avec son dénivelé. Il permet d'arriver sans transpirer à 25 km/h, dans des zones souvent limitées à 30.
L'objectif final est double : assurer les déplacements professionnels en journée, et permettre aux salariés de tester le trajet domicile-travail en conditions réelles avant d'investir dans leur propre vélo.
Éduquer par l'exemple, dès l'enfance
Papa de deux filles, Serge dépose ses enfants à l'école en vélo avec une charrette. Pour lui, la promotion du vélotaf passe par l'éducation par l'exemple dès le plus jeune âge, un changement culturel où le vélo est perçu comme un mode de transport efficace et non comme un choix par défaut, et des investissements continus dans les infrastructures cyclables pour sécuriser les trajets.
« Il y a encore aujourd'hui des gens pour qui une belle voiture, c'est quelque chose de très important. Il faut arriver à voir le vélo comme un moyen de transport qui est le plus efficace dans certains cas. »
Avec HOOBA, encore petite structure de deux personnes, Serge vise une couverture de toute la Belgique à cinq ans, en s'appuyant sur des revendeurs de cycles locaux. L'ambition reste régionale : rester belge, peut-être Benelux, mais garder l'ancrage local qui fait la force du modèle.






