L'épisode en détail
Comment le GRACQ porte la voix des cyclistes auprès des politiques bruxellois
L'année 2024 est une année d'élections en Belgique. Le GRACQ, association de défense des cyclistes, en profite pour pousser ses demandes à tous les niveaux de pouvoir. L'outil principal s'appelle le memorandum : un document de revendications remis aux candidats pour la législature suivante. Florine Cuignet, chargée de politique vélo Bruxelles au GRACQ, précise que ce travail ne se limite pas aux périodes électorales. C'est un effort quotidien, de longue haleine.
Au niveau communal, des bénévoles actifs dans chaque commune identifient les priorités locales et démarchent les candidats. Au niveau régional et fédéral, le GRACQ porte des demandes plus structurelles. Florine Cuignet note un progrès : à Bruxelles, plus aucun parti ne conteste ouvertement l'intérêt du vélo. Le problème n'est plus le principe, mais la mise en œuvre. Dès qu'il s'agit de supprimer une bande de stationnement pour créer une piste cyclable, les résistances apparaissent.
« Personne ne va dire : je suis contre les pistes cyclables. Mais le jour où on parle d'un réaménagement en particulier, c'est là que le bas blesse. »
Au-delà des memorandums : actions militantes et comptages
Le lobbying formel ne suffit pas. Le GRACQ recourt aussi à des actions de terrain : sittings, pétitions, apéros militants sur la rue de la Loi pour réclamer une bande de circulation. La Critical Mass, rendez-vous spontané chaque dernier vendredi du mois, attire un public de plus en plus large et diversifié, ce qui démontre aux élus que le vélo n'est plus un truc de militants marginaux.
Les comptages de cyclistes constituent un autre levier décisif. L'Observatoire du vélo de ProVélo et les bénévoles du GRACQ comptent les cyclistes aux carrefours clés. Les chiffres montrent une augmentation annuelle de 12 à 13 % à Bruxelles. Ces données sont indispensables pour convaincre les politiques : quand on construit des infrastructures bien conçues, les cyclistes sont au rendez-vous.
« L'intérêt de la Critical Mass, c'est de montrer le nombre de cyclistes, qui est souvent assez caché. On y voit des gens de partout, avec des vélos très différents. »
Le bois de la Cambre : un cas d'école en politique cyclable
La fermeture du bois de la Cambre aux voitures en 2020 illustre la convergence de facteurs nécessaire pour faire bouger les choses. Le Covid a créé un besoin massif d'espaces verts respirables. Des fermetures temporaires avaient déjà habitué les Bruxellois. Des associations de santé, d'urbanisme et d'environnement ont poussé dans le même sens.
Mais la presse a rapidement réduit le débat à une opposition voitures contre vélos. Florine Cuignet déplore cette simplification : le GRACQ était un acteur parmi beaucoup d'autres, et les enjeux dépassaient largement la mobilité. Le bois de la Cambre reste d'ailleurs un dossier ouvert. Pour le GRACQ, l'étape suivante serait un bois entièrement sans voiture, parce qu'une zone verte de cette qualité ne devrait pas être traversée par des flux automobiles.
« C'est un peu étrange d'avoir une zone verte d'une telle qualité qui soit traversée par plein de voitures tous les jours. »
Bruxelles convaincue, la Wallonie encore à convaincre
Florine Cuignet tempère l'optimisme. Le consensus bruxellois sur le vélo ne reflète pas la réalité belge. En Wallonie et en milieu rural, le vélo reste perçu comme marginal. La densité d'activité est moindre, les transports en commun sont moins développés, rien n'est conçu pour le cycliste. La question se pose différemment : faut-il prendre la voiture pour 500 mètres, plutôt que faut-il se séparer de sa voiture.
Même à Bruxelles, des discours datent. Certains politiques proposent encore de creuser des tunnels pour enterrer les voitures et libérer l'espace en surface. Le GRACQ rappelle que cette stratégie a déjà été essayée à Bruxelles avec les résultats que l'on connaît : des tunnels non entretenus pendant des années et des coûts de rénovation colossaux. Le changement prend du temps, mais la frustration grandit face à l'urgence climatique.
« On sait que le temps de la mobilité, c'est des temps très longs. Mais avec la crise climatique, on dit que ce temps, on ne l'a pas. »




