Saison 2

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Tour de France des stations de ski : l’aventure, les défis et les enjeux par Guillaume de Lustrac

4.11.2024

Guillaume de Lustrac est consultant en bilan carbone et ultra-cycliste. Il a relié les 300 stations de ski françaises à vélo en 100 jours, soit 9 500 kilomètres et 200 000 mètres de dénivelé positif, toutes les liaisons entre massifs comprises. La préparation logistique a demandé de contacter plus de 500 personnes, maires, gestionnaires de domaine, offices de tourisme et moniteurs, pour un projet monté en deux mois et demi. Il raconte l’itinéraire des Vosges au lac Léman, le choix d’un cadre titane, le financement par partenariats et crowdfunding, et l’enquête environnementale qu’il a menée sur l’avenir de la montagne.

L'épisode en détails

300 stations de ski à vélo : genèse d’un défi hors normes

Relier les 300 stations de ski françaises à vélo en 100 jours, c’est 9 500 kilomètres et 200 000 mètres de dénivelé positif. Guillaume de Lustrac, consultant en bilan carbone et ultra-cycliste, a conçu ce Tour de France des stations comme un projet à double vocation : l’aventure sportive et l’enquête environnementale sur l’avenir de la montagne. L’idée est née après avoir roulé avec Maximilien Schnell, bikepackeur à temps plein qui parcourt le monde depuis plus de cinq ans et qui relevait le défi de toutes les routes d’Europe à plus de 2 000 mètres d’altitude.

« Partir trois mois juste pour que moi, je profite, je trouve ça un petit peu dommage. J'aime bien essayer de pouvoir apporter quelque chose de plus. »

Du palmarès ultra au bikepacking documentaire

Guillaume vient de la natation de fond avant de basculer vers le triathlon, puis l’ultra-cyclisme. Race Cross France, Pan Celtic Race (2 500 km), Desertus Bicus en autonomie en Espagne, Lyon-Genève de nuit : son CV de courses longues est solide. Deux Embrunman au compteur et moins de 10 heures sur Ironman. Il détient aussi le record du monde du marathon en marche arrière (3h25) et celui du plus grand dessin GPS sur Strava (les anneaux olympiques, 2 200 km en 10 jours avec Vincent Brémont).

C’est sur un trajet de 300 km entre le Vercors et la Côte d’Azur que le déclic bikepacking s’est produit. La variété des paysages, les rencontres, les spécialités locales : tout ça concentré en une journée de vélo. Il a ensuite fondé Poco Loco pour aider d’autres cyclistes à se lancer dans le bikepacking.

Logistique d’un tour de France à vélo : le casse-tête des 300 contacts

La préparation physique n’était pas le problème : Guillaume roule toute l’année. La logistique, en revanche, a failli le mettre à terre. Contacter 300 stations signifie envoyer des messages à plus de 500 personnes : maires, gestionnaires de domaine, offices de tourisme, députés, moniteurs, agriculteurs. Les trouver sur LinkedIn, par mail, un par un. Construire un tracé optimal qui respecte les contraintes d’ouverture des cols (l’Iseran n’ouvre qu’en juillet, le Tourmalet était bloqué). Quand le premier itinéraire s’est révélé impraticable, tout a été refondu : une semaine de travail perdue, tous les contacts à recontacter avec de nouvelles dates.

« Quand je suis parti, j'étais à la limite du burn-out. Je me couchais à 2h, 3h du matin. Je me suis dit : enfin, je vais pouvoir rouler et penser à autre chose que de l'organisation. »

Itinéraire : des Vosges au lac Léman en passant par le Mont Ventoux

Départ de la station la plus au nord (Vosges), puis Jura, Massif Central, Pyrénées d’ouest en est jusqu’à Font-Romeu. Transition à vélo vers les Alpes du Sud, remontée vers les Alpes du Nord, arrivée au lac Léman. Toutes les liaisons entre massifs se sont faites sur le vélo, transitions comprises.

Parmi les stations surprenantes : le Mont Serein, station de ski du Mont Ventoux, accessible par le versant Malaucène. Guillaume a fait un détour de 250 km pour aller la chercher. Le col d’Allos, dont la route s’effondre, n’a même pas rouvert cette année-là. Le Tourmalet et l’Iseran étaient également fermés au moment de son passage.

Matériel et partenaires : vélo titane et textile recyclé

Le vélo du défi est un modèle titane fabriqué par CMT, artisan alpin spécialisé dans les cadres garantis à vie. Le titane offre résistance et confort sur les longues distances, un avantage décisif par rapport au carbone initialement prévu. Max Schnell, testeur pour Decathlon et bikepackeur aguerri, a conseillé Guillaume sur le choix du matériel.

Côté textile, Vélor fournit des vêtements de vélo fabriqués à partir de déchets marins et matériaux recyclés. Deux partenaires financiers (Taker pour les bilans carbone, Belbéoc pour la gestion des arbres communaux) ont complété le budget. Un crowdfunding de 6 000 euros a couvert les frais du documentaire « Nouvelles Pistes », réalisé par un vidéaste présent un jour par massif (quatre jours pour les Alpes).

« Vu que j'autofinance mes aventures, je n'ai pas de sponsor qui me dit "ne dis pas ça". Je trouve ça important, cette liberté-là. »

Prise de conscience environnementale et ultra-cyclisme

La sensibilité environnementale de Guillaume a mûri sur huit à neuf ans. D’abord réfractaire aux injonctions sur la viande ou l’avion, il s’est retrouvé face à son propre bilan carbone : des efforts au quotidien réduits à néant par un aller-retour au Canada. La démarche a fini par toucher tous les aspects de sa vie, de l’alimentation à l’énergie en passant par les déchets.

Le vélo est arrivé tard dans son parcours sportif, d’abord comme entraînement pour le triathlon, puis comme véhicule de voyage. L’ultra-cyclisme, ouvert pendant le Covid quand les autres compétitions étaient annulées, a été la porte d’entrée. La combinaison sport d’endurance et engagement environnemental donne un sens à chaque kilomètre.

Bikepacking : l’art de voyager léger à vélo

Le format bikepacking (sacoches fixées au cadre, autonomie, pas de véhicule suiveur) offre une flexibilité que l’ultra-compétition n’a pas. Perdre une demi-journée pour attendre une sacoche ou réorganiser son itinéraire est gérable, là où en course, c’est éliminatoire. Cette souplesse a permis d’absorber les aléas d’un projet monté en deux mois et demi : Guillaume a commencé à préparer sérieusement en février pour un départ mi-avril.

« Une fois que tu choppes ce virus du vélo et du voyage à vélo, je ne sais pas s'il y a des solutions pour s'en sortir. C'est difficile de se désintoxiquer. »

Le conseil implicite : ne pas attendre que tout soit parfait pour partir. Reporter d’un an, c’est ne jamais partir. Accepter l’imperfection et faire le mieux possible avec le temps disponible.

Questions fréquentes

La France compte 300 stations de ski, réparties entre les Vosges, le Jura, le Massif Central, les Pyrénées et les Alpes. Guillaume de Lustrac les a toutes reliées à vélo en 100 jours, soit 9 500 kilomètres et 200 000 mètres de dénivelé positif, transitions entre massifs comprises.

La préparation logistique (tracé, contacts, financement) prend plus de temps que la préparation physique. Prévoyez les contraintes d’ouverture des cols, contactez les acteurs locaux en avance, et acceptez que tout ne sera pas parfait au départ. Un vélo fiable (titane ou acier pour la durabilité) et un équipement testé sont essentiels.

Pour un défi longue distance en montagne, le titane offre un bon compromis entre résistance, confort et durabilité (cadre garanti à vie chez certains fabricants comme CMT). Il absorbe mieux les vibrations que le carbone sur les longues distances. Des sacoches de bikepacking fixées au cadre permettent l’autonomie sans véhicule suiveur.

Guillaume a combiné partenariats équipement (vélo, textile), partenariats financiers avec des entreprises alignées sur ses valeurs, et un crowdfunding de 6 000 euros pour le documentaire. Autofinancer une partie de l’aventure grâce à une activité indépendante préserve la liberté éditoriale.

Oui, le Mont Serein est une station de ski située sur le versant nord du Mont Ventoux, accessible par Malaucène. C’est l’une des stations les plus méconnues de France. Guillaume de Lustrac a fait un détour de 250 kilomètres pour l’inclure dans son Tour de France des stations.

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