Saison 2

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58

A quoi ressemblera la mobilité de demain avec Stein van Oosteren

21.7.2024

Stein van Oosteren résume les cinq piliers de la société cyclable sous l'acronyme RRSS : Routes, Réseau, Stationnement, Services. Ces éléments couvrent l'essentiel de ce qu'il faut mettre en place pour transformer la mobilité urbaine profondément. Ni une routes ni deux suffisent : un vrai réseau interconnecté, continu et sûr reste indispensable. Le stationnement sécurisé détermine l'adoption réelle. Les services logistiques complètent l'infrastructure pour un système cohérent.

L'épisode en détail

RRSS : les cinq piliers de la société cyclable

Stein van Oosteren, défenseur du cyclisme et auteur de « Pourquoi pas le vélo ? Envie d'une France cyclable », résume la société cyclable en un acronyme : RRSS. Cinq lettres qui couvrent l'essentiel de ce qu'il faut mettre en place pour transformer la mobilité de demain.

R comme Réseau. Pas des tronçons isolés, mais un maillage connecté. Beaucoup d'élus construisent une piste cyclable ici ou là, sans connexion. Le résultat est inévitable : personne ne l'utilise. R comme Réduire. Deux choses : la vitesse (ville à 30, pas à 50) et le volume de voitures. Aux Pays-Bas, les plans de circulation réservent le gros trafic à certains axes et libèrent les quartiers. Des rues deviennent cyclables « comme par magie ».

S comme Séparer. Les gens ne font pas de vélo parce qu'ils ne se sentent pas en sécurité face aux voitures, pas parce qu'ils n'aiment pas pédaler. La séparation physique sur les grands axes est indispensable. S comme Stationnement. Un vélo prend dix fois moins de place qu'une voiture, mais il faut le garer quelque part. Sans infrastructure dédiée, les vélos finissent sur les trottoirs. S comme Service : apprentissage (savoir rouler à vélo dans les écoles), sensibilisation aux avantages santé, budget, bien-être.

« Réseau, réduire, séparer, stationnement, service. Quand vous avez écouté ça, vous êtes expert du vélo. Tout le reste, c'est du détail. »

L'espace public n'est pas un parking : un regard inversé sur la ville

Stein pose un constat que la plupart des citadins ne voient plus : l'espace public est saturé de voitures, et cette saturation est devenue invisible. Comme l'eau pour le poisson. On se plaint d'un arceau vélo « laid » alors que des rangées entières de voitures garées ne choquent personne.

Jusqu'aux années 1950, il était interdit de garer sa voiture dans l'espace public. L'espace appartenait à tous, pas à ceux qui possédaient un véhicule. Stein invite à imaginer une rue piétonne avec une voiture garée au milieu. L'absurdité saute aux yeux. Pourtant, c'est la norme dans la plupart des rues françaises.

La société cyclable, c'est aussi un projet esthétique. Les photos du livre de Stein montrent des rues colorées, des véhicules à échelle humaine, des enfants qui se déplacent seuls. Une ville où l'espace public redevient un « deuxième salon ».

« L'espace public, c'est votre premier réseau social. C'est votre deuxième salon. Pourquoi l'utiliser comme un lieu de stockage ? »

Vélorues et véhicules intermédiaires : la frontière vélo-voiture disparaît

Pour Stein, le futur de la mobilité n'est pas le vélo ou la voiture. C'est la disparition de la frontière entre les deux. Le vélo se « voiturise » : pneus plus gros, vélos cargo, vélos électriques. La voiture se « véloise » : allègement, véhicules intermédiaires entre 50 et 600 kg. Entre un vélo classique et une voiture légère, toute une gamme de véhicules peuple déjà les pistes cyclables parisiennes.

Les pistes cyclables actuelles débordent. Il faudra les élargir, en créer davantage, et inventer de nouvelles formes d'aménagement. La vélorue en est une : une rue où le vélo est prioritaire et où la voiture est tolérée. L'équivalent pour le cycliste de ce qu'est la zone piétonne pour le marcheur. Aux Pays-Bas, le réseau principal qui traverse les centres-villes est déjà conçu pour les vélos et piétons, pas pour les voitures.

« Le futur de la mobilité, ce n'est pas le vélo ou la voiture. C'est la disparition de la frontière entre les deux. »

Le vélo à la campagne : la France des 20 minutes

L'objection classique « le vélo, c'est pour la ville » ne résiste pas aux données. L'étude « La France des 20 minutes » de BL Évolution montre que la proximité existe partout, même en milieu rural. Seulement 30 % des trajets en voiture dépassent 10 km. La grande majorité est à portée de vélo, surtout depuis l'électrification.

À la campagne, les transports en commun ne seront jamais aussi développés qu'en métropole. C'est précisément là que le vélo a le plus de pertinence : il comble un vide de mobilité que ni le bus ni le train ne peuvent remplir. Le VAE permet désormais des trajets de 15 à 20 km sans effort excessif.

Stein rappelle que le passé n'est pas forcément une régression. Les vélos des années 1940 étaient lourds et inconfortables. Ceux d'aujourd'hui sont légers, électriques, capables de transporter des charges. À Strasbourg, des pavés livrés par bateau ont été acheminés sur le chantier par des remorques vélo. Pas un retour en arrière : un bond en avant technique.

« Seulement 30 % de nos trajets en voiture dépassent 10 km. Même à la campagne, la proximité existe. »

Réseau point-nœud multimodal : connecter tous les modes de transport

Stein décrit un concept développé par la société Vizia, inspiré du modèle néerlandais des points-nœuds cyclables. Aux Pays-Bas, chaque intersection du réseau cyclable porte un numéro. Une carte affichée sur place permet de se repérer sans smartphone. Le réseau point-nœud multimodal étend ce principe à tous les modes de transport.

La méthode : analyser les flux de déplacement sur un territoire via l'INSEE, identifier les liaisons existantes (routes, voies vertes, pistes cyclables, rail), puis connecter le tout dans un réseau unique. Sur les nœuds de connexion, on installe des services : vélos en libre-service, voitures partagées, aires de covoiturage reliées aux pistes cyclables.

Le résultat visé : passer de « j'habite à la campagne, donc je prends la voiture » à « j'habite à la campagne, donc je choisis le mode de transport adapté à chaque trajet ». Le smartphone devient l'outil de navigation entre ces modes. C'est le concept de Mobility as a Service : le téléphone propose le trajet optimal en combinant marche, vélo, train, voiture partagée, selon l'heure, la météo et la destination.

« La question n'est pas à quoi va ressembler le futur. C'est : quel futur voulez-vous ? Parce que ça dépend de nous. »

Questions fréquentes

La société cyclable se résume en cinq piliers (RRSS) : un Réseau cyclable connecté, la Réduction de la vitesse (ville à 30) et du volume de voitures, la Séparation physique entre vélos et voitures, du Stationnement vélo sécurisé, et des Services (apprentissage, sensibilisation). Ce modèle s'inspire de l'expérience néerlandaise qui a transformé les villes depuis les années 1970.

Une vélorue est une rue où le vélo est prioritaire et la voiture tolérée, à l'image de ce qu'est une zone piétonne pour les marcheurs. C'est un aménagement déjà courant aux Pays-Bas, où le réseau principal en centre-ville est conçu pour les cyclistes et les piétons. Les vélorues permettent d'absorber la croissance du trafic vélo quand les pistes cyclables classiques arrivent à saturation.

Oui. Selon l'étude La France des 20 minutes de BL Évolution, seulement 30 % des trajets en voiture dépassent 10 km, y compris en zone rurale. Le vélo à assistance électrique permet désormais de couvrir 15 à 20 km sans effort excessif. En milieu rural, où les transports en commun sont peu développés, le vélo comble un vide de mobilité. Le concept de réseau point-nœud multimodal permet de connecter le vélo au train et au covoiturage.

Les véhicules intermédiaires désignent toute une gamme de modes de transport situés entre le vélo classique et la voiture légère de 600 kg. Cela inclut les vélos cargo, les vélos électriques longs ou larges, et des mini-véhicules motorisés très légers. Cette catégorie reflète l'évolution vers des véhicules plus légers et moins énergivores, où la frontière traditionnelle entre vélo et voiture tend à disparaître.

L'État français investit très peu dans le vélo comparé à ses voisins européens. Selon Stein van Oosteren, les Pays-Bas dépensent 10 fois plus par habitant et l'Irlande 30 fois plus que la France au niveau de l'État. Les 55 millions annoncés pour la filière vélo représentent une fraction du coût d'un seul contournement routier (425 millions d'euros). Cet écart d'investissement explique en partie le retard français en matière d'infrastructures cyclables.

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