L'épisode en détail
La FUB : 45 ans de combat pour les cyclistes urbains
La Fédération des Usagères et des Usagers de la Bicyclette est née en 1980 à Strasbourg. L'idée de départ, formulée par Jean Chaumien, l'un des fondateurs : quelques cyclistes isolés sur la route vivent mal la cohabitation avec les véhicules motorisés. Il faut s'unir pour défendre ses droits et rouler en sécurité. La même personne a créé la première vélo-école et la FUB, la même année. Aujourd'hui, la fédération regroupe environ 500 associations de cyclistes urbains à travers la France.
« On n'est que deux, trois pélos à vélo sur la route et on ne vit pas très bien la cohabitation avec les conducteurs de véhicules motorisés. Il s'agirait de s'unir pour défendre nos droits. »
De l'Heureux Cyclage à la FUB : le parcours de Claire Toubal
Claire Toubal est d'abord passée par les ateliers d'autoréparation vélo. Bénévole à Strasbourg, puis salariée à Pantin en Île-de-France, elle était aussi administratrice de l'Heureux Cyclage. À 26-27 ans, en cherchant un poste dans le milieu vélo, elle décroche un job à la FUB sur l'animation du réseau des vélo-écoles. Le passage n'était pas évident : les deux structures avaient des orientations différentes, l'Heureux Cyclage ancré dans l'éducation populaire et le réemploi, la FUB en pleine montée en puissance via les programmes de Certificats d'Économie d'Énergie (C2E).
Génération Vélo : former les enfants au Savoir Rouler
Génération Vélo est un programme C2E porté par la FUB pour accompagner la massification du dispositif Savoir Rouler à Vélo (ministère des Sports et Éducation nationale). Le programme cofinance à hauteur de 50 % la facture des collectivités qui mettent en place des séances d'apprentissage du vélo dans les écoles, pour les enfants de 6 à 11 ans. Il forme aussi des intervenants capables de dispenser ces cours.
Le dispositif a déployé 16 animateurs et animatrices régionaux à travers la France, interface entre collectivités, intervenants, écoles et services de l'Éducation nationale. Claire a participé à la conception du programme et a géré le volet cofinancement avec les 16 animateurs sur le terrain.
« L'envers du décor est énormissime. Dix heures de séance d'apprentissage de la mobilité à vélo auprès des gamins, ça a l'air simple sur le papier. »
La sécurité routière : un poste réclamé par les associations
Le poste de chargée de mission sécurité routière à la FUB n'a qu'un an. La sécurité n'avait jamais quitté le viseur de la fédération (c'est le moteur des aménagements cyclables et de la formation), mais aucun poste n'y était exclusivement dédié. Le déclic : l'Assemblée Générale de Reims en 2022, où les associations ont réagi à la vision 2030 de la FUB en disant qu'il manquait un volet sécurité explicite.
Le poste de Claire couvre deux axes : agréger l'expertise (recherche académique, retours de terrain, données des programmes) et la décliner en formation (via le programme ADMA, Académie des Mobilités Actives) et en plaidoyer politique. Le programme Objectif Employeur Pro Vélo a confirmé l'urgence : la sécurité est le sujet numéro un pour convaincre les employeurs de motiver leurs salariés à vélotafer.
Violences routières : le tournant Paul Varié
Le meurtre de Paul Varié à Paris a provoqué une mobilisation sans précédent dans la communauté vélo et au-delà. La FUB a lancé la plateforme Stop Violence Motorisée pour recueillir des témoignages. Le constat récurrent : des cyclistes insultés par des conducteurs qui leur disent qu'ils n'ont rien à faire sur la route. Refuser à l'autre sa place dans l'espace public, c'est déjà une forme de violence.
Claire distingue deux mécanismes. Le premier est la méconnaissance : un automobiliste qui n'a jamais roulé à vélo en ville ne mesure pas ce que représente un frôlement pour un cycliste sans habitacle. Le second est structurel et documenté par des études psychosociales : la voiture crée un sentiment d'extension de chez soi dans l'espace public, qui génère de l'agressivité.
« Si le conducteur de la voiture n'a jamais fait de vélo en ville, il ne se rend pas compte. Le sentiment de danger est maximal pour le cycliste. Mais de l'autre côté, c'est de la méconnaissance. »
La dimension masculine de la mortalité routière
En 2023, 84 % des présumés responsables d'accidents mortels sont des hommes. Or il n'y a pas 84 % d'hommes dans la société. Claire pointe une valorisation sociale de la prise de risque liée à l'éducation masculine. Ce biais ne met pas seulement les conducteurs en danger, mais tous les usagers de la route autour d'eux, cyclistes et piétons en tête.
La vision zéro : au-delà du comportement individuel
La politique de sécurité routière française s'est longtemps concentrée sur les comportements individuels : ceinture, airbags, interdiction du téléphone et de l'alcool. Ces mesures ont fait chuter la mortalité depuis le pic des années 70. Mais 2 500 à 3 000 morts par an sur les routes françaises restent inacceptables.
La vision zéro, portée au niveau européen et par le ministère de l'Intérieur, propose une lecture holistique : les aménagements doivent intégrer l'erreur humaine dès leur conception, la vitesse reste le facteur numéro un de décès, et les véhicules doivent être régulés (notamment la course au SUV toujours plus lourd). La FUB et le CEREMA portent cette approche.
« La mortalité sur la route, ce n'est pas une fatalité et ça n'a rien de normal. Se respecter et cohabiter sur la route, c'est se permettre à toutes et tous d'éviter des drames. »
Le vélo comme levier pour repenser la ville
Claire voit dans le Savoir Rouler à Vélo plus qu'un programme de formation : c'est une première socialisation au vélo qui crée un imaginaire. Le vélo devient un alibi pour questionner l'aménagement urbain. Si faire 40 km pour voir un ophtalmologue n'a pas de sens à vélo, c'est peut-être que la ville elle-même n'est plus à taille humaine.
« Le vélo, finalement, c'est presque une espèce d'alibi pour repenser la ville et la remettre un peu à taille humaine. »





