Saison 3

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Du logiciel au mini-vélo belge : l’aventure entrepreneuriale de Frédéric Mertens

31.7.2026

Frédéric Mertens a fait toute sa carrière dans le logiciel avant de créer Ahooga, puis Sugg en 2021, deux marques de vélos bruxelloises. Il revient sur le 2 novembre 2014, jour où il a décidé de fabriquer des vélos, la conception d’un pliant contre quatre obstacles urbains, le choix d’une autonomie divisée par deux, l’apprentissage de la construction de cadres en Angleterre, le mini vélo à roues de 16 pouces, son cargo compact et l’état de l’industrie depuis 2022.

L'épisode en détails

Frédéric Mertens a fait toute sa carrière dans le logiciel avant de dessiner des vélos. Le 2 novembre 2014, il décide d’en fabriquer : ce sera Ahooga, qu’il quitte en 2020, puis Sugg, créée au printemps 2021, dont le mini vélo roule sur des roues de 16 pouces sans jamais se plier. Sa méthode de conception part des raisons qui empêchent les gens de rouler en ville, prises une par une.

Du software au vélo : le 2 novembre 2014

Sa carrière s’est faite dans le software, sur un poste à la fois technique et commercial qui pouvait l’envoyer une semaine au Zimbabwe, la suivante au Vietnam, puis au Nicaragua ou en Espagne. Dix ans de voyages, passionnants ; l’avion beaucoup moins.

« Mea culpa, je dois admettre que j'ai bien pollué l'atmosphère et la planète avec mon travail précédent. »

Il donne une date précise, et il y revient pendant l’entretien : le 2 novembre 2014, le jour où il s’est dit que ce qu’il voulait faire, c’était des vélos. Dans la société d’environ 600 personnes qu’il quitte cette année-là, ils sont cinq à venir à vélo, selon son souvenir. On les regarde comme des courageux, parfois comme des suicidaires. Il pense que la même entreprise en compterait un quart aujourd’hui, sans pouvoir le vérifier puisqu’elle a disparu depuis.

Ce qui le motive dépasse le produit. Il fabrique des vélos pour apaiser la rue, pour que les enfants y jouent et rejoignent l’école à vélo, pour qu’une conversation sur un trottoir ne soit pas couverte par un moteur.

« La mobilité c'est un moment de partage de l'espace public. »

Ahooga, un vélo conçu contre quatre obstacles

Avant de dessiner quoi que ce soit, il cherche ce qui freine l’adoption du vélo. Le climat, qu’il écarte en rappelant que le vélo est le plus utilisé aux Pays-Bas et au Danemark. Le relief, que l’assistance électrique efface. Le rangement, parce que la mobilité, dit-il, c’est aussi l’immobilité. Le vol, quatrième et dernier point de sa liste. De ces quatre obstacles sort un pliant électrique léger, pensé pour monter à l’appartement plutôt que dormir dans la rue.

Le pari de la demi-autonomie

Les vélos électriques de l’époque embarquaient tous 500 Wh, de quoi parcourir 70 à 80 kilomètres. Il fait un vélo qui offre la moitié de cette autonomie.

« Je ne comprenais pas pourquoi les gens voulaient absolument parcourir 70 km vu que la plupart des déplacements font moins de 5 km. »

Le raisonnement tient en deux chiffres : une dizaine de kilomètres par jour, une recharge par semaine. Le vélo obtenu est beaucoup plus léger. Les professionnels du secteur lui répondent que l’autonomie compte parmi les premières questions posées en magasin. Le vélo trouve quand même son public, chez les seniors comme chez les jeunes. Le premier pliant électrique pèse environ 15 kilos, sa version musculaire environ 11, deux chiffres qu’il donne de mémoire.

Apprendre les cadres à Lyon, puis en Angleterre

Il ne savait ni dessiner ni construire un cadre. Il apprend le dessin, suit une formation de mécanique à Lyon, cours de 9h à 16h et atelier de 16h à 21h, puis la construction de cadres en Angleterre auprès du maître soudeur de Moulton. Bloqué un vendredi sur le tube diagonal d’un cadre pliant, il trouve la solution le lendemain : deux tubes parallèles, entre lesquels la roue arrière vient se loger. Le dessin sera breveté.

La suite de l’histoire, il la raconte contre lui-même. Très jeune adolescent, il avait harcelé ses parents pendant un an pour obtenir un Raleigh Grifter essayé en vacances sur la côte belge. Des années après avoir dessiné son cadre, il en revoit un en Angleterre : le tube diagonal était déjà double. Il ignore s’il l’a copié sans le savoir.

Sugg, le mini vélo qui ne se plie pas

Il quitte Ahooga en 2020 après une mésentente, et les trois associés revendent 100 % de la société la même année. Sugg naît fin mars ou début avril 2021, mais la production ne démarre qu’en novembre 2022, après un an et demi d’attente sur les pièces.

« Un an et demi sans revenu, sans production, sans vente. Il faut être patient. »

Le premier mini abandonne le pliage. Un pliant reste compliqué à manipuler et devient plus large une fois replié ; sur un vélo déjà petit, il suffit de rentrer la selle, le guidon et les pédales pour le ranger dans un couloir. Roues de 16 pouces, pneus ballon pour encaisser les pavés, cadre acier. Les cadres viennent de République tchèque, un choix qu’il assume comme politique et idéaliste. Le nom vient de celui de sa mère, un patronyme qui allait disparaître de Belgique faute d’être transmis.

Le mini vélo électrique né d’un vol

Le vélo à assistance de sa femme disparaît à l’ULB. Or, pour elle, se déplacer à Bruxelles sans assistance électrique n’est pas concevable : le mini musculaire devient trop élitiste. Deux choses arrivent alors à peu près en même temps. Il fait fabriquer ses batteries près de chez lui, d’abord à Bruxelles puis en France, et une lettre d’information sur le Fairphone 5 lui donne le principe de la modularité, rien de complètement intégré. La version électrique du mini naît de là, et se vend probablement quatre fois plus que la version musculaire.

Le catalogue a compté une vingtaine de couleurs, il en reste seize pour l’instant.

Un cargo compact qui tient dans un couloir

Présenté quelques jours avant l’enregistrement au salon Bike Brussels, le cargo Sugg reprend la géométrie du mini avec des roues de 20 pouces. L’arrière rallongé accueille deux enfants, l’avant reçoit une plateforme extensible et pliante, le guidon se replie, pour qu’un cargo puisse lui aussi se ranger dans un couloir. Charge annoncée au-delà de 200 kilos, moteur Bosch Cargo Line annoncé à 100 Nm, courroie carbone, jantes, pneus, béquille et freins surdimensionnés. L’idée derrière ce surdimensionnement est la durée : éviter de changer les plaquettes de frein tous les trois mois, comme cela arrive ailleurs.

L’industrie du vélo depuis 2022

Le Covid a fait exploser la demande : il fallait deux fois plus de vélos, deux fois plus de réparations et deux fois plus de mécaniciens, et l’offre ne suivait pas. Puis tout s’est arrêté, les stocks sont restés, et le secteur traverse depuis 2022 une période très dure. La réparation, elle, tient : en Flandre, mécanicien vélo est classé métier en pénurie. Il défend au passage l’argent public dépensé pendant cette période, dont il juge normal de porter aujourd’hui les séquelles.

Son conseil à qui hésite tient à une durée : deux semaines de test, pas davantage, avec un bon cadenas, de vrais vêtements de pluie, un collègue si possible, et plusieurs itinéraires essayés. Le reste relève de la conviction qui lui a fait quitter son emploi en 2014.

« Les rêves de gosse c'est un truc sérieux, il faut prendre ça au sérieux, et je crois que le monde irait beaucoup mieux si chacun faisait le travail qu'il aurait bien voulu faire quand il était enfant. »

Questions fréquentes

Les vélos électriques du milieu des années 2010 embarquaient tous 500 Wh, de quoi parcourir 70 à 80 kilomètres. Frédéric Mertens a conçu pour Ahooga un vélo offrant la moitié de cette autonomie, en partant du constat que la plupart des déplacements font moins de 5 kilomètres. Son calcul : une dizaine de kilomètres par jour, une recharge par semaine, et un vélo beaucoup plus léger.

Un pliant reste compliqué à manipuler et devient plus large une fois replié. Sur un vélo déjà petit, il suffit de rentrer la selle, le guidon et les pédales pour le ranger dans un couloir. C’est le raisonnement derrière Sugg, dont le mini roule sur des roues de 16 pouces avec des pneus ballon pour encaisser les pavés.

Frédéric Mertens, après une carrière entière dans le logiciel. Il décide de faire des vélos le 2 novembre 2014, démarre seul, puis fonde la société six mois plus tard avec un ancien collègue du marketing, rejoints six mois après par une troisième personne. Il a quitté l’entreprise en 2020, année où les trois associés ont revendu 100 % de la société.

Frédéric Mertens raconte un aller de 135 kilomètres jusqu’à la mer du Nord, parti un dimanche à 8h30, à 19 ou 20 km/h de moyenne. Un étudiant en architecture a parcouru environ 1 000 kilomètres en hiver entre le sud de la Normandie et le nord de la Frise, avec 25 kilos de matériel et une tente. Les petites roues montrent surtout leurs limites sur les pavés.

Pendant le Covid, il fallait deux fois plus de vélos, deux fois plus de réparations et deux fois plus de mécaniciens, et l’offre ne suivait pas. L’arrêt a été brutal, les stocks sont restés, et la période reste très dure depuis 2022. La réparation résiste : en Flandre, mécanicien vélo est classé métier en pénurie.

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